6 juin 1944 : le jour le plus long

6 juin 1944. D-Day. Le premier épisode de la libération est en réalité le fruit d’une guerre beaucoup plus longue, basée sur une large campagne de désinformation pour tromper les nazis sur le lieu et la date du débarquement. Une page d’histoire héroïque, mais aussi un véritable massacre, où 10.000 hommes ont perdu leur vie. Récit du jour le plus long .

RTL Info Olivier Aubrée (avec l’AFP)

Acte 1 – La bataille des espions

L’opération Overlord doit en grande partie son succès à l’effet de surprise qui a dérouté les Allemands en juin 1944. Jusqu’au dernier moment, les états-majors anglo-saxons ont en effet travaillé d’arrache-pied pour brouiller les pistes et perdre les espions nazis dans un dédale d’armées fantômes et de faux messages. Faisant jouer son performant réseau d’agents doubles, les services secrets britanniques ont ainsi multiplié les faux indices pour faire croire à un débarquement ailleurs qu’en Normandie : dans le Pas-de-Calais surtout, mais aussi au Danemark, en Norvège, en Belgique et même dans les Balkans.

Pendant un temps, une soi-disant armée de 250.000 hommes basés en Ecosse semblait ainsi prête à envahir la Norvège. Plus impressionnant encore, une armée 100% artificielle faite de soldats de plomb, de navires en toc, de planeurs en contreplaqué, de mitrailleuses en caoutchouc et de blindés gonflables a amené quelques avions de la Luftwaffe(armée de l’air allemande) en mission de reconnaissance dans le Kent, au sud-est de l’Angleterre. Une incroyable imposture créée par des architectes et techniciens du cinéma pour faire croire à un débarquement dans le Nord-Pas-de-Calais. Une illusion si crédible que même après le 6 juin, Hitler, persuadé que la Normandie n’était qu’un prélude au “vrai” débarquement, dans le Pas-de-Calais, bloquera sa XVème armée sur la Côte d’Opale. Autre tour de force destiné à semer le doute sur la date du débarquement : la création d’un faux chef d’état-major, double du général Bernard Montgomery. Le 26 mai 1944, soit douze jours avant D-Day, un lieutenant dénommé Meyrick Clifton-James qui se fait passer pour “le patron” est envoyé avec peu de discrétion depuis Londres vers Alger via Gibraltar, ce qui pour les Allemands, excluait de facto l’imminence d’un débarquement dans la Manche.

Acte 2 – L’erreur allemande

Au printemps, la Wehrmacht attend “l’invasion” alliée. Le 20 mars 1944, Hitler a lancé l’alarme devant son état-major : “Il est bien évident que le débarquement anglo-américain à l’ouest est inévitable et qu’il aura lieu. Mais nous ignorons où et quand…”. Les divisions allemandes s’abritent sous le béton des milliers de fortins qui hérissent le littoral de la Manche et de la mer du Nord. Mais le Mur de l’Atlantique, cet immense chantier ouvert dès 1942, est une forteresse fragile, d’autant plus vulnérable que l’état-major allemand fonde de plus en plus sa stratégie sur une hypothèse erronée alimentée par le contre-espionnage allié : l’idée d’un débarquement dans le Nord-Pas-de-Calais. Un homme, pourtant, tente d’équilibrer les lignes de défense en direction de l’Ouest : le maréchal Erwin Rommel, alias le “Renard du désert”, décide de dépêcher sur les côtes normandes par milliers des rails d’acier destinés à éventrer les chalands de débarquement. Sur les plages, il fait construire des mines et fossés antichars, envoie une division supplémentaire de Panzer au sud de Caen, mais à quelques heures du premier coup de feu, le camp allemand est numériquement plus faible : étirés du Mont-Saint-Michel au Havre, 150.000 soldats épaulés par quelques dizaines de navires et moins de 500 avions de combat s’apprêtent à “accueillir” 156.000 soldats alliés, 7.000 navires et 11.000 avions. Pour les Alliés, la bataille n’est pourtant pas jouée d’avance, et les combats seront acharnés…

Acte 3 – En coulisses, l’armée des ombres

Il est à peine minuit quand les premières explosions déchirent le bocage normand, à l’arrière des plages encore désertes. Par dizaines, des voies ferrées sont coupées, des lignes téléphoniques sabotées, des dépôts de munition incendiés… La Résistance normande frappe dans l’ombre et les maquis se multiplient, tandis que depuis Londres, le général de Gaulle appelle à l’insurrection générale sur les ondes de la BBC. Peu avant, alors qu’à Londres, les parachutistes alliés commençaient à monter dans les avions, Radio-Londres a donné le signal à chaque groupe de la résistance française en diffusant les messages devenus célèbres : “les sanglots longs des violons de l’automne… blessent mon coeur d’une langueur monotone”, “Les carottes sont cuites”, “Les dés sont sur le tapis”… Pour “l’armée des ombres”, c’est l’épilogue d’un travail de longue haleine. Depuis quatre ans, bravant les « uniformes noirs » de la Gestapo, ils ont glané toute information susceptible d’intéresser les alliés : localisation des dépôts de munitions, connaissance des mouvements de troupes, plans d’ouvrages militaires… Pour l’heure, les résistants poursuivent leur œuvre, profitant des dernières instants de pénombre.

Acte 4 – La nuit des paras

Peu après minuit, les premiers avions survolent la côte de Nacre. Pour le jour tant attendu, les plages été rebaptisées : “Utah” et “Omaha” pour le secteur américain, puis vers l’est, les trois plages du secteur anglais et canadien : “Gold”, “Sword” et “Juno”. En quelques heures, les parachutistes sont largués, par vagues successives, avec plus ou moins de bonheur. Beaucoup se noient dans les marais artificiels fabriqués par les Allemands. A Sainte-Mère l’Eglise (Manche), des Américains tombent sur la place du village sous le feu des batteries anti-aériennes allemandes. Certains sont tués avant même de toucher terre. Ailleurs, d’autres sont capturés, massacrés. Une première victoire est pourtant acquise dès 00H20 : Dans le Calvados, les Alliés s’emparent d’un pont stratégique, le “Pegasus Bridge”, qui permettra de commencer méthodiquement à contrôler les voies de communication vers les plages du débarquement avant la vaste offensive maritime. ers 4H30, d’autres paras largués dans la région s’empareront de Sainte-Mère-Eglise par voie de terre, accrochant sur la mairie un drapeau étoilé. C’est le premier village libéré. Du sud du Cotentin aux rives de l’Orne et du canal de Caen, 23.000 hommes parviennent en moins de six heures à tenir les voies de communication vers les plages du débarquement. Au petit matin, les plages normandes s’apprêtent à devenir le théâtre d’un vrai massacre…

Acte 5 – A l’aube, la plus grande armada du siècle

Au petit matin, les Alliés disposent encore d’une avance sur les Allemands. Pendant la nuit, pour faire diversion, des dizaines d’avions ont survolé la région de Boulogne-sur-Mer et des centaines de poupées en caoutchouc ont été parachutées sur le Nord-Pas-de-Calais. Quand sonne 5H, l’entourage d’Hitler, qui accorde peu de crédit aux informations venues de Normandie, décide de ne pas réveiller pas le führer. Le soleil se lève à 05H58, l’heure H est fixée à O6H30 sur Utah et Omaha, à 7H30 sur le secteur Est, pour tenir compte du décalage des marées. A 6H30, la plus grande armada de l’histoire commence à déferler sur Utah Beach. Arme à l’épaule ou en bandoulière, les Américains de la 4ème division d’infanterie se jettent dans l’eau glacée. La plage est rapidement sous contrôle. Dès 7H, les troupes progressent vers l’intérieur des terres. 23.250 hommes ont été débarqués, 200 tués ou blessés.

Acte 6 – La boucherie à Omaha

Il n’en sera pas de même à Omaha Beach, où dès 6h45, les ligne de défense allemandes sont entrées en action : Mortiers, canons antichars, mitrailleuses, les premières vagues de soldats s’écroule sous les attaques. Cadavres et blessés jonchent les plages. Mais de nouvelles lignes partent à l’assaut. La matinée est une boucherie : sur total de 34.000 hommes débarqués, 2.500 hommes sont tués ou blessés. Au même moment, quelque 200 rangers partent alors à l’assaut de la Pointe du Hoc, point névralgique surplombant Omaha et Utah. Ils escaladent les parois de falaises de 30 mètres à l’aide d’échelles de cordes lancées par des roquettes, sous le feu de l’ennemi. Ils s’emparent du site une heure plus tard, après de lourdes pertes et des combats au corps à corps.

Acte 7 – L’assaut britannique et canadien

Côté britannique, l’assaut est donné vers 7h30. Leur objectif : faire la jonction avec les Américains. Depuis Gold et Juno Beach, la 50e division d’infanterie britannique accoste sur huit kilomètres de côte, face aux villages de Courseulles, Bernières et Saint-Aubin-sur-mer. Simultanément à Sword Beach, des dizaines de milliers de soldats débarquent. Ils sont suivis un quart d’heure plus tard par quelque 14.000 soldats des 3ème division d’infanterie et 2ème brigade blindée canadiennes. Débarqués sur Juno avec une demi-heure de retard, beaucoup d’entre eux sont des agriculteurs, des pêcheurs, des ouvriers. Sans aucune expérience du combat, ils débarquent la peur au ventre, sur un rivage arrosé d’obus. Bon nombre de péniches n’atteignent même pas la côte. La lutte est rude, un milliers de soldats tombent, mais au bout de deux heures, Courseulles-sur-mer est libérée, la résistance allemande faiblit.

Acte 8 – Hitler se réveille… à 10 h !

A 9h30, Eisenhower lance un communiqué annonçant le déclenchement de l’opération “Overlord”. Pendant ce temps, à Omaha, l’ordre est hurlé de quitter la plage et de foncer sur le plateau qui la domine. La conquête de l’intérieur des terres a commencé. Vers 15h, l’avance des Alliés progresse près des côtes. A son réveil (à 10h passées !), Hitler, toujours persuadé que ce débarquement n’est qu’un coup de bluff, décide de n’y envoyer qu’une division supplémentaire. Vers 20h, peu après un nouvel appel du général de Gaulle au soulèvement des Français, les Américains bombardent en masse les grandes villes normandes . les bombes britanniques à partir de minuit. Au soir du “jour le plus long”, 156.000 alliés ont pris pied sur le sol français, mais 10.000 autres ont été tués, sont blessés ou portés disparus. 5000 tonnes de bombes ont été déversées du Havre à Cherbourg. Les Britanniques tiennent Ouistreham, les deux rives de l’Orne et menacent Caen. A l’Ouest, Canadiens et Britanniques contrôlent une zone de 35 km de large sur 15 de profondeur. La situation est plus délicate du côté américain où les hommes ont eu du mal à se regrouper. Une nouvelle étape les attend, la bataille de Normandie.