Y a-t-il une vie après l’IRA ?

publié le mercredi 24 août 2005

Fin juillet 2005, l’Armée républicaine irlandaise annonçait la fin de ses activités militaires. Avec la paix qui arrive, se pose désormais la question du devenir des dizaines d’activistes « fugitifs » de l’IRA et des quelque 600 membres actifs de l’organisation en Irlande du Nord, estime la presse irlandaise et britannique.

Le 28 juillet dernier, l’Armée républicaine irlandaise (IRA) annonçait solennellement la fin de toutes les opérations armées. Depuis, pourtant, le mouvement indépendantiste catholique nord-irlandais ne quitte pas la une des journaux irlandais et britanniques. En effet, à peine le nombre de commentaires sur cet événement commençait-il à baisser que réapparaissaient, le 5 août, trois activistes de l’IRA condamnés à Bogotá en décembre 2004 à dix-sept années de prison chacun.

James Monaghan, Martin McCauley et Niall Connolly s’étaient rendus en 2001 en Colombie avec des faux passeports irlandais et britanniques pour, selon la cour colombienne qui les a jugé coupables, former des artificiers au sein des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), le principal mouvement marxiste de guérilla du pays.

Après moult péripéties, « la plus extraordinaire saga de l’histoire du républicanisme irlandais », comme la décrit The Irish Times, de Dublin, est en quête d’un épilogue. Le gouvernement irlandais, auprès duquel se sont rendus les « trois de Colombie », ne sait que faire. Les conditions de détention en Colombie étant plus que douteuses, selon diverses organisations de droits de l’homme, Dublin ne souhaite pas y renvoyer ses propres citoyens, même si les plus ardents détracteurs de l’IRA, autant à Dublin qu’à Belfast, demandent leur extradition.

Reste, remarque The Irish Times, que « ce retour des trois de Colombie semble être une confirmation indirecte que le mouvement républicain a définitivement choisi d’avancer sur le terrain de la politique. Et même si James Monaghan a prétendu dans une interview que son retour sur le sol irlandais ne fait partie d’aucun accord lié au processus de paix, il est difficile de croire que les trois militants réapparaissent ainsi huit jours seulement après l’annonce de la fin de la guerre par l’IRA. En se rendant ainsi, les trois républicains cherchent à forcer le gouvernement à les laisser vivre tranquillement en Irlande. »

En forçant la main au gouvernement, l’IRA tente de tirer les dividendes de son pari sur la paix. L’organisation républicaine pousse les pouvoirs publics, tant irlandais que britanniques, à amnistier l’ensemble de ses membres en fuite à l’étranger pour leur permettre de revenir sur l’île. Ainsi, le Sinn Féin, bras politique de l’IRA, a-t-il lancé la semaine dernière une campagne pour l’amnistie de Leonard Hardy, qui vient d’être appréhendé en Espagne, explique The Irish Examiner, de Cork. Hardy est l’auteur de plusieurs attentats contre des intérêts britanniques en Allemagne dans les années 1970 et 1980 et il est, depuis, recherché par la police allemande. Comme lui, souligne le Sunday Life, de Belfast, « 55 autres fugitifs pourraient bientôt être ‘pardonnés’, grâce à une loi qui pourrait être passée à l’automne prochain au Parlement britannique », sur la demande insistante du Sinn Féin.

Dans le même temps, écrit The Irish Times, le bras politique de l’IRA demande au gouvernement britannique d’« effacer des casiers judiciaires de ses [600] membres les infractions terroristes commises dans un contexte que le Sinn Féin qualifie de ’conflit politique en Irlande du Nord’ ». Cependant, reprend aussitôt le quotidien de Dublin, « à la chambre des Communes, les deux partis unionistes de l’extrémiste Ian Paisley et du modéré Reg Empey ainsi que le Parti conservateur devraient s’opposer vivement à une telle initiative ».

Elle permettrait pourtant aux anciens membres actifs de l’IRA d’entrer dans les conseils qui supervisent en Irlande du Nord le travail de la police, ce qui pourrait finalement pousser le Sinn Féin à reconnaître officiellement la police d’Irlande du Nord. Un pas que les gouvernements britanniques et irlandais veulent voir franchir au mouvement catholique, explique The Guardian. Un pas d’autant plus nécessaire que « des systèmes de police parallèles, arbitraires et brutaux, menés par les paramilitaires tant républicains que loyalistes [protestants] » fonctionnent toujours dans un grand nombre de quartiers déshérités de la province. De fait, ajoute The Guardian, « malgré l’annonce de la fin de l’IRA, beaucoup de catholiques continueront à considérer les membres de cette milice comme leur recours légitime en cas de problème ».


La reconversion de certains membres de l’IRA s’annonce tout de même comme un problème majeur, analyse The Irish Times, qui a interrogé plusieurs anciens de l’organisation républicaine qui ont connus les geôles britanniques. « Il existe beaucoup de barrières, particulièrement pour les ex-taulards. Trouver un emploi ou décrocher une licence de taxi est extrêmement difficile, vu leur casier... » Cependant, explique un autre, « nous sommes moraux et disciplinés. Quelques-uns ont peut-être fait des conneries, mais la majorité des républicains resteront fidèles à la cause politique ».

Pour aider ses militants, explique The Sunday Business Post, de Dublin, l’IRA aurait mis à disposition de chacun de ses membres des sommes suffisantes pour lancer un commerce ou une activité. Ces fonds proviendraient en partie du casse de 38 millions d’euros commis à la Northern Bank en décembre 2004. Ensuite, l’organisation aurait mis un terme à ces attaques de banque et à l’ensemble de ses trafics (contrebande de cigarettes et d’essence) et aurait revendu ses cafés, bars, discothèques, compagnies de taxi, sociétés de construction, etc. « Les membres sont tout seuls, maintenant, nous ne gérons plus rien », explique une « source » au Sunday Business Post.

Si l’IRA se transforme en club d’anciens combattants, le retour à la normalité, sept ans déjà après l’accord de paix du vendredi saint, prendra semble-t-il encore un peu de temps. En témoigne l’interrogation en cours dans les milieux républicains. The Irish News, le quotidien catholique modéré de Belfast, annonce en effet un grand débat, ce 25 août, pendant l’université d’été de l’association des anciens prisonniers républicains, pour répondre à la question : « Le républicanisme irlandais peut-il être militant sans être militariste ? »

-  Courrier International

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