On les a beaucoup vus au Vatican, autour de la dépouille de Jean-Paul II. On les verra à nouveau garder les portes du Concile, ces Gardes suisses, qui sont « l’armée du Pape » - très petite armée. Une des plus petites du monde pour justifier la célèbre apostrophe : « Le Vatican, combien de divisions ? ». Aucune division, si l’on excepte « l’armée » des Jésuites, commandée justement par un général ! Mais les vrais militaires du Vatican, c’est cette « Garde suisse pontificale », qui ne compte que 110 hommes - et pas de femmes, comme chez les prêtres !
L’équivalent donc d’une compagnie. 6 officiers, seuls autorisés à vivre avec leurs familles - 6 sous-officiers, et 98 hommes du rang, dits « hallebardiers » - puisque c’est l’arme d’apparat de ces soldats, qu’on aura vus comme jamais, ces jours-ci, avec leurs pourpoints jaunes à bandes rouges et bleues - un uniforme hérité de l’époque des Médicis -, avec hauts de chausses assortis, et sur la tête un « morion » - le petit casque à bords relevés - surmonté d’un casoar écarlate. Une troupe qu’on dirait sortie tout droit d’une fresque de Raphaël.

Mais, ne pas se fier à l’apparat : ces soldats, qui assurent le service d’honneur du Souverain pontife, sont également chargés de sa protection rapprochée. Depuis qu’un jeune Turc, surgi de la foule sur la place Saint-Pierre en 1981, avait tiré sur Jean-Paul II, et plus encore depuis les attentats de New York en 2001, les mesures de sécurité sont draconiennes : détecteurs, contrôles, entraînement des Gardes à la self-défense, aux sports de combat, ou au FAS 90 - le fusil d’assaut de l’armée suisse.
Car cette Garde suisse est bien suisse : la création d’une formation militaire permanente de gardes originaires de ce pays remonte au pontificat de Jules II - c’était en 1505 , à une époque où la Suisse était pour toute l’Europe un réservoir de mercenaires réputés valeureux et invincibles. En 1527, leur bravoure lors du sac de Rome - ils avaient perdu 147 gardes pour protéger le Pape Clément VII - avait achevé de forger leur réputation.
Aujourd’hui encore, les gardes doivent être de nationalité suisse, ne jouissant de la citoyenneté vaticane que le temps de leur engagement. Ils sont aux deux tiers allemaniques, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes de recrutement, puisque cette communauté est en majorité protestante, alors que la confession « catholique romaine » est bien sûr exigée pour les recrues - tout comme il faut être célibataire, âgé de 19 à 30 ans, de taille égale ou supérieure à 1 m 74, et de réputation irréprochable ... et accepter de dormir en dortoir, et d’être mal payé.
Toutes conditions qui expliquent que les quatre cinquièmes des gardes partent, à l’issue de leur contrat de deux ans, et qu’un sur dix seulement reste après cinq ans. Le drame qu’avait connu la Garde, un certain 4 mai 1998, n’y est peut-être pas étranger non plus : le jour même où le colonel Esterman était nommé Capitaine-commandant de la Garde suisse, le vice-caporal Cédric Tornay le tuait, dans son appartement, ainsi que son épouse, avant de se suicider. Officiellement, un ressentiment dû à un retard d’avancement, mais comme sa famille réclame en vain au Vatican la réouverture de l’enquête, un certain mystère continue de planer...
RFI
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