VIH et hépatite C en hausse fulgurante chez les toxicomanes
Les nouveaux cas d’hépatite C ont doublé chez les utilisateurs de drogues injectables à Montréal. Les nouveaux cas de VIH ont aussi augmenté. Ces épidémies « ne sont définitivement pas sous contrôle », écrit la Direction de santé publique dans une lettre envoyée le mois dernier aux hôpitaux, aux centres de santé et aux organismes communautaires, obtenue par La Presse.
Avec l’aimable autorisation de l’auteur, Caroline Touzin
Cette situation pousse la Direction de santé publique (DSP) à remettre en question ses stratégies de contrôle des infections chez les utilisateurs de drogues injectables (UDI). La distribution de seringues doit être augmentée de façon importante, indique-t-elle.
La DSP a reçu les analyses préliminaires de son réseau de surveillance de la situation du VIH et de l’hépatite C chez les UDI, nommé SurvUDI, cet été. Inquiète, elle a sonné l’alarme trois mois avant la publication de ses analyses finales prévue en octobre.
Selon les plus récentes données, un UDI sur deux à Montréal contracte l’hépatite C par année, soit au moins 6000 personnes. Entre 1997 et 2003, c’était un sur quatre. L’hépatite C est une infection du foie qui peut avoir des conséquences très graves, telles que la cirrhose et le cancer du foie.
« Nos analyses ne sont pas encore complètes, mais je ne pouvais pas attendre pour informer le réseau de la santé. Ça veut dire que ce qu’on a mis en place ne marche pas », explique le médecin-conseil de l’équipe vigie et protection de la DSP de Montréal, Carole Morissette.
« On ne réussit même pas à maintenir l’incidence déjà élevée du taux de VIH et d’hépatite C », ajoute-t-elle. L’augmentation est moins marquée pour le VIH, mais tout de même préoccupante pour la DSP. Le taux d’incidence était de 3,5 par 100 personnes-année entre 1998 et 2002, ce qui signifie que 3,5 sujets de l’étude sur 100 sont devenus séropositifs au cours de l’année suivant son inclusion dans l’échantillon. Depuis 2003, le taux est passé à 4,9.
Plus de 15 millions de seringues seraient nécessaires chaque année, alors que la distribution actuelle correspond à moins de 10% des besoins actuels, affirme la DSP. La Dre Morissette cite l’exemple de Toronto qui n’hésite pas à livrer des seringues à domicile et à installer des machines distributrices pour éviter que les drogués s’injectent avec du matériel souillé. Ces deux mesures sont parmi les meilleures pour contrôler les infections, selon un comité d’experts ontarien qui vient de publier un rapport de 266 pages sur le sujet.
15 millions de seringues
« Actuellement à Montréal, on ne semble pas se conformer aux meilleures pratiques de distribution de seringues », dit la Dre Morissette. La pression populaire est si forte sur les organismes distributeurs de seringues qu’ils préfèrent en limiter la distribution, déplore le médecin. Les organismes, mais surtout la population en général, doivent comprendre qu’une plus grande distribution de seringues n’est pas nécessairement synonyme d’une augmentation de seringues souillées dans les rues de la ville, dit-elle.
La DSP fait face à un autre problème de taille. De plus en plus de consommateurs de crack fréquentent les lieux d’échange de seringues, sauf que les programmes ne sont pas adaptés pour eux. « Le mixage des clientèles n’est pas facile. Les programmes sont faits pour les UDI. C’est eux qu’on veut rejoindre en priorité, mais l’arrivée d’usagers de crack pourrait les faire fuir. On a un petit problème d’ajustement » a observé la Dre Morissette qui souhaite documenter le nouveau phénomène.
Pour s’attaquer à ce problème, la DSP a mis sur pied un comité de travail sur lequel siègent huit organismes communautaires. « On ne peut pas accroître les services aux usagers de crack au détriment des services aux UDI, alors que nos programmes actuels ne permettent pas de contrôler les épidémies chez les UDI], explique le médecin. Les consommateurs de crack ne peuvent pas être laissés à eux-mêmes, non plus, ajoute-t-elle. Surtout que certains UDI consomment aussi cette drogue qui a la forme de petites roches dont on inhale la fumée après l’avoir chauffée. De 1995 à 2004, le pourcentage d’UDI qui consomment du crack est passé de 51% à 62%. La DSP songe à distribuer du matériel sécuritaire comme des embouts de plastique et des filtres à l’usage du crack. »
Les épidémies en chiffres
Taux d’incidence du VIH et de l’hépatite C chez les toxicomanes de Montréal.
Hépatite C
>Depuis 2003 : 55 par 100 personnes-année
>Entre 1997 et 2003 : 26 par 100 personnes-année
VIH
>Depuis 2003 : 4,9 par 100 personnes-année
>Entre 1998 et 2002 : 3,5 par 100 personnes-année
Nombre d’utilisateurs de drogues injectables à Montréal : 12 000
(Source : Direction de la santé publique de Montréal)
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