Les Québécois pratiquent, ces jours-ci, une forme particulière de « pont » entre les deux visages de leur janus national.
Le 24 juin, c’est la fête « nationale » du Québec, anciennement célébrée sous le vocable de fête du Canada français, en ce jour de la Saint-Jean (saint patron de ce peuple u’un pape avait vu comme le « précurseur » du christianisme romain en terre d’Amérique).
Une semaine plus tard, ils vont célébrer, le 1er juillet, la fête du Canada dont ils font encore partie. Le 24 juin est obligatoirement une journée fériée alors que le congé du 1er juillet peut être déplacé selon les besoins de l’employeur et de la bonne volonté de ses employés. (Il est intéressant de remarquer que les retombées économiques d’un Grand Prix de Formule 1, ayant lieu à Montréal ce week-end du 24 juin ont amené le gouvernement québécois à « autoriser » l’ouverture des commerces installés dans le quartier touristique de la ville. Si l’argent n’a pas d’odeur, il semble que les dollars n’aient pas, quant à eux, d’appartenance nationale.
C’est la semaine au cours de laquelle les oppositions fédéralistes/souverainistes s’expriment sans s’exclure. On ne va quand même pas refuser un congé sous prétexte qu’il donne lieu à des discours avec lesquels on n’est pas d’accord !
Les Québécois ont dépassé, depuis un bon nombre d’années, les limites du débat sur les droits du sang ou du sol. Vous êtes au Québec ? Vous venez fêter !
Si la centralisation et la médiatisation des expressions musicales a réduit, comme pour le 14 juillet en France (remplacé par la Fête de la musique) les fêtes de village ou de quartier, on trouve toujours pour les deux fêtes, dans la plupart des villes, un grand spectacle devant lequel les citoyens des différentes générations peuvent avoir, pendant deux à trois heures, l’illusion de pouvoir oublier leurs divergences citoyennes.
Le 24 juin, ils s’imagineront être conformes à l’image que l’on se fait encore d’eux. Cela ressemble un peu à cette description écrite par Myriam Brough dans « Afrique Magazine » de juin 2006 : « Tout comme Astérix et les Gaulois défendaient leur petit bout de terre contre les Romains, il existe quelque part, sur le continent américain, un territoire appelé Québec, qui lutte, lui aussi, contre l’invasion - anglophone celle-ci. Une petite goutte dans une grande bulle appelée Canada. »
Le 1er juillet, ils mangeront leurs hot-dogs ou leur BBQ cuit sur le grill mobile installé sur le balcon de ville ou à côté de la piscine de banlieue, en se disant qu’après tout, ils habitent la terre d’Amérique. Leur goutte de différence proclamée le 24 juin peut se laisser porter, le 1er juillet, par les courants de la mer canado-américaine, d’un rivage à l’autre de leur histoire et de leur destin.
Après tout, on leur a dit que le grand historien Arnold Toynbee aurait affirmé qu’il n’y aurait, à la fin du monde, que deux peuples : les Chinois... et les Québécois. Pour cela, il faudrait renverser le passage actuel de la « revanche des berceaux » (démographie galopante des paysans abandonnés par leur mère-patrie et « motivés » par des curés voulant protéger la « race » des tentations anglo-protestantes) à la « revanche des berçantes » (« rocking chair » des générations vieillissantes ayant oublié de « se multiplier »). Peut-être que, sous le ciel étoilé, après les spectacles nocturnes du 24 juin et du 1er juillet, la « vitalité » de leurs ancêtres va peut-être semer, chez les Québécois, les germes d’une renaissance démographique !
En attendant, ils ouvriront les portes de leur pays à tous ceux qui veulent partager leur destin. Car, au-delà du droit du sang dont on hérite, du droit du sol qu’on peut acheter à coups de dollars, il y a le droit du destin qu’on choisit de partager. C’est, à mon sens, le droit fondamental de toute prétention à la citoyenneté d’un pays, même si, comme le Québec, ses citoyens n’arrivent pas à décider s’ils veulent faire partie d’un pays (le Canada) ou en devenir un !
C’est, somme toute, c’est une ambivalence qui a toujours bien servi les Québécois... ou, du moins, qui leur vaut deux congés en l’une des plus belles semaines de l’été !
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