Sur les traces de l’« Eira »

Le Neuchâtelois Milko Vuille veut retrouver l’épave d’un navire anglais disparu en 1881 dans les terres russes de l’Arctique. Il crée sa société et lance une expédition scientifique

Retrouver l’épave d’un navire anglais coulé en 1881 au large de la Terre François-Joseph : c’est le pari un peu fou d’un Neuchâtelois, Milko Vuille, qui entend bien prendre la mer en août 2006 sur la route du pôle Nord. Ceci dans le cadre d’une expédition à laquelle participeront des scientifiques russes et, peut-être, des chercheurs suisses. Mais qui sera également ouverte à des touristes passionnés, histoire de financer, du moins en partie, l’opération. Car le principal écueil que devra franchir cet aventurier moderne, s’il veut réaliser son rêve, est d’ordre budgétaire...

« Si je vous racontais ma vie, on serait encore là demain matin », plaisante le Neuchâtelois, qui a créé ce printemps sa société, Acarsa Sàrl, dans le but d’organiser des expéditions scientifiques en Fédération de Russie. Pilote, plongeur, ingénieur

Ingénieur de formation, mais aussi pilote, coureur automobile ou encore plongeur professionnel, Milko Vuille a aussi travaillé dans l’industrie du luxe et fut même l’un des premiers participants du cours d’entrepreneurship de l’Université de Neuchâtel. Et aujourd’hui, de retour d’un séjour d’un an à Saint-Pétersbourg, où il a travaillé pour le compte du Seco (Secrétariat d’Etat à l’économie), le voilà chasseur d’épave.

« En Russie, j’ai noué des liens avec des chercheurs de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, raconte Milko Vuille. Et j’y ai rencontré un ingénieur russe, Igor Pliusnin, qui m’a parlé de l’épave de l’« Eira », un navire anglais, coulé alors qu’il tentait d’approcher le pôle Nord. »

De fil en aiguille, les deux hommes se sont découvert des passions communes. « Et nous avons décidé de lancer une expédition scientifique vers la Terre François-Joseph, un archipel russe de l’Arctique, où se trouvent les îles les plus au nord du globe. » « C’est une expédition à but scientifique, pas juste un truc d’aventurier... »

« Mais il s’agira véritablement d’une expédition scientifique », insiste le fondateur d’Acarsa, qui se refuse à parler simplement d’aventure : « Les scientifiques qui nous accompagneront feront du monitoring d’icebergs. Il y aura aussi des biologistes, glaciologues et climatologues. Mon idée est même d’organiser chaque année une expédition dans cette région, pour mesurer l’impact sur le pôle du réchauffement de la planète. »

Le bateau qui s’élancera sur les traces de l’« Eira » comptera 45 places, dont 15 membres d’équipage et une dizaine de scientifiques russes. « Il me reste une vingtaine de places à disposition de mon côté, pour des scientifiques suisses ou des touristes passionnés qui souhaiteraient participer activement à l’expédition ». Moyennant le paiement de leur ticket, bien sûr, ce tourisme scientifique étant aussi une manière de boucler une partie du budget. « Car c’est un voyage vraiment extraordinaire, qui serait impossible à organiser sans l’appui de nos partenaires russes : ceux-ci ont obtenu du gouvernement les autorisations nécessaires, très difficiles à obtenir. »

Reste à Milko Vuille à trouver d’autres sponsors, ainsi qu’un réalisateur pour tourner le film de l’expédition. Du boulot, c’est sûr, avant de pouvoir lever l’ancre du 3 au 19 août 2006. Et, qui sait, lancer ensuite d’autres aventures avec sa société Acarsa, surtout en Fédération de Russie : « Il y a tellement de territoires qui ne demandent qu’à être explorés... » /FRK

www.acarsa.com Françoise Kuenzi

Et 320 bouteilles de rhum...

La Terre François-Joseph, archipel russe de l’Arctique, était un lieu de passage privilégié, à la fin du XIXe siècle, des explorateurs à la conquête du pôle Nord. Lequel - les gosses l’apprennent à l’école -, fut finalement atteint par l’Américain Robert Peary en 1909.

En 1881, « l’« Eira » était propulsé à la vapeur, relève le Neuchâtelois. Il a été pris dans les glaces avant de couler, mais l’équipage a eu le temps de quitter le navire et a été sauvé l’année suivante par une expédition anglaise envoyée à sa recherche. Il existe des documents qui relatent cette aventure et donnent de manière assez précise la position du navire lorsqu’il a coulé. Mais l’« Eira » a sans doute dérivé depuis lors, en raison des courants sous-marins », estime Milko Vuille.

Dénichée sur internet, cette énumération des biens « sauvés » par l’équipage, contraint de passer l’hiver dans les glaces arctiques : 320 litres de rhum, 36 bouteilles de champagne, 60 de bière, 18 de whisky et quelques-unes de sherry... De quoi réchauffer un brin les soirées glaciales ! /frk

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