Plus de soixante ans de dissuasion nucléaire : Bilan et perspectives

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Il y a, dans la brève histoire de la bombe atomique, quatre tournants.
Le premier est l’invention de l’arme thermonucléaire. Avec elle, l’arme nucléaire connaît un saut qualitatif. La fusion nucléaire permet d’atteindre des niveaux d’énergie sans commune mesure avec les bombardements de la Seconde Guerre mondiale - y compris celui d’Hiroshima. L’arme nucléaire la plus puissante jamais réalisée, la « Tsar Bomba » testée par les Soviétiques le 30 octobre 1961, dégage une énergie approchant l’équivalent de 60 mégatonnes de TNT.
Bruno Tertrais Maître de recherche
Avec de telles armes, il devient techniquement possible, pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, de rayer de la carte un pays entier tel que la Belgique ou le Danemark avec une seule bombe. Avec la Bombe H, la futilité d’une guerre nucléaire apparaît pleinement. C’est d’ailleurs précisément pour cela qu’Andreï Sakharov avait conçu la formule de 1961 - qui pouvait théoriquement permettre d’atteindre les 100 mégatonnes.
Deuxième tournant : celui de 1962. On le sait maintenant avec l’ouverture des archives soviétiques, le monde est passé tout près de la catastrophe nucléaire. C’est le moment de la prise de conscience des dangers de la guerre nucléaire, de l’inévitabilité de la détente voire de la coexistence pacifique, et de la nécessité de la maîtrise des armements. C’est également à la même époque que le statut de l’arme nucléaire comme instrument de dissuasion commence à être conforté avec la doctrine de riposte graduée.
Troisième tournant : celui du désarmement nucléaire initié en 1987. Avant cette date, on était dans une logique de simple maîtrise des armements. Aujourd’hui, à l’exception notable de la Chine, toutes les puissances nucléaires officielles sont dans une phase de contraction ou de stabilisation de leurs armements nucléaires.
Enfin, dernière rupture : l’émergence d’une vision nouvelle de l’arme nucléaire dans les années 1995-1996, qui a consacré l’idée de ce que l’on pourrait appeler une « exception nucléaire ». C’est l’époque de l’accession de l’ensemble des membres non nucléaires de l’ONU au TNP, de la prorogation du Traité pour une durée indéterminée, de la conclusion du TICE, et enfin de l’avis consultatif de la Cour internationale de justice sur la licéité de l’emploi de l’arme nucléaire (qui a eu un impact politique non négligeable). En parallèle, il est procédé au déciblage des forces et à la dénucléarisation complète des forces terrestres occidentales, ainsi que des marines de surface (la France étant de ce point de vue une exception).
Aujourd’hui ce qu’il est convenu d’appeler le « tabou nucléaire » se renforce de plus en plus.
Soixante ans sans emploi de l’arme nucléaire, cela mérite d’être souligné et peut-être même fêté. La tragédie d’Hiroshima ait eu pour effet de nous immuniser. Sans doute aussi avons-nous eu de la chance, notamment en 1962. A moins qu’il ne faille y voir dans l’absence de conflit Est-Ouest l’intervention de la « Divine Providence » que Jean-Paul II mentionnait dans son testament. (L’Encyclique « Pacem in Terris » avait d’ailleurs été suscitée par la crise de Cuba.)
Mais les faits sont là. L’arme nucléaire n’a pas été employée alors que les tentations n’ont pas manqué. Or plus le temps passe, plus le tabou nucléaire se renforce. C’est une bonne nouvelle : contrairement à ce que l’on pouvait penser, les nouveaux détenteurs de l’arme nucléaire ont adopté une logique de dissuasion. L’évolution des rapports indo-pakistanais depuis la fin des années 1980 est d’ailleurs parfaitement conforme à la théorie de la dissuasion !
C’est l’une des raisons pour lesquelles je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui un « affaiblissement du seuil nucléaire ». Contrairement à ce qui est régulièrement colporté, il n’y a pas d’évolution de la doctrine nucléaire américaine vers une « doctrine d’emploi ». Aucune déclaration, aucun texte officiel ne permet de dire que la doctrine américaine a évolué dans ses fondements. En particulier, l’idée selon laquelle les États-Unis auraient désormais adopté une logique de « frappe préventive nucléaire » ne repose sur aucun fondement. (En revanche, la préemption a toujours fait partie des options américaines.) Quant aux soi-disant nouvelles armes nucléaires américaines - qui n’existent aujourd’hui qu’à l’état de projet - elles ne seront pas nécessairement de faible puissance, contrairement à ce que l’on a pu lire ici ou là, et surtout, elles sont destinées à une logique de dissuasion.
C’est une forme de paradoxe : en Amérique, la peur du nucléaire reste intacte (même si elle ne se présente pas de la même manière qu’au temps de la Guerre froide), mais jamais l’arme nucléaire n’a eu aussi peu d’importance dans la stratégie américaine.
Qu’en est-il de la distinction entre armes conventionnelles et armes nucléaires du point de vue technique ?
Aujourd’hui, on peut dire que les deux catégories se sont rejointes. En effet, la plus puissante bombe conventionnelle jamais testée, la fameuse Massive Ordnance Air Blast américaine (« Mother of All Bombs »), est d’une énergie équivalente à la plus petite arme nucléaire jamais réalisée - c’était dans les années 1960 - c’est-à-dire une énergie équivalente à 10-15 tonnes de TNT. Mais cette arme miniature (qui équipait notamment le mortier Davy Crockett, ainsi que les Special Atomic Demolition Munitions, « le nucléaire dans un sac à dos ») n’est plus en service depuis longtemps, et les armes nucléaires les plus petites en service aujourd’hui ont une énergie bien supérieure. Surtout, ce qui me semble important c’est que ce n’est pas le nucléaire qui a rattrapé par le bas le conventionnel, c’est le contraire : c’est le conventionnel qui a rattrapé par le haut le nucléaire. Et c’est une bonne nouvelle. Car dès lors que l’on est dans une logique d’emploi, à effets équivalent, un chef d’État occidental préférera toujours le conventionnel au nucléaire.
La stratégie nucléaire est une « langue morte ». En matière de dissuasion nucléaire, tous les concepts ont été formulés avant 1975.
Avant même Hiroshima l’essentiel était dit. Les physiciens américains - au premier rang desquels Joseph Rotblat, qui fut le seul à quitter le projet Manhattan - avaient déjà conceptualisé l’idée de la dissuasion nucléaire dès le début de la Seconde Guerre mondiale. Et les débats de 1944-1945 sur l’emploi de l’arme future avaient déjà fait apparaître les principaux éléments (dissuasion, démonstration, coercition...) et les principaux débats (faut-il délibérément cibler les populations civiles ?). Rien de nouveau n’est apparu après le milieu des années 1970.
En outre, hormis le cas extrême d’un affrontement militaire total entre deux puissances nucléaires majeures, les crises de demain ne se prêteront guère à la mise en oeuvre des grilles conceptuelles développées au cours de la Guerre froide.
Ainsi peut-on dire que si l’arme nucléaire est moderne, parce qu’elle continue à empêcher la guerre entre deux de ses détenteurs, la stratégie nucléaire, en revanche, est une « langue morte », alors que la fin du conflit Est-Ouest a permis la redécouverte des guerres de manoeuvre - la stratégie conventionnelle est aujourd’hui redevenue une « langue vivante ». La prolifération nucléaire est à la croisée des chemins.
On peut voir le phénomène de la prolifération de deux manières.
La première consiste à considérer que le verre d’eau est à moitié plein. Le TNP a permis de confondre les sombres pronostics des années 1960 ; il n’y a aujourd’hui que huit ou neuf États détenant des armes nucléaires, soit grosso modo un pays sur vingt.
Mais on peut aussi le voir à moitié vide : les crises iranienne et nord-coréenne comme avant-garde d’une nouvelle vague de prolifération nucléaire, par des États cherchant non seulement à affirmer leur identité nationale mais aussi à se prémunir contre la supériorité militaire occidentale.
Quoi qu’il en soit, le fait est que l’attrait du nucléaire reste intact. La prolifération nucléaire a des causes profondes, à la fois politiques et stratégiques. La France en sait quelque chose : le nucléaire rend les nations libres, pour le meilleur ou pour le pire. Mais l’ordre international est contesté par l’arme nucléaire. Cela a été le cas dès les origines. L’ONU est une organisation pré nucléaire, la Charte de l’ONU est un document pré nucléaire. C’est en partie (en partie seulement) une coïncidence si les cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont aussi les cinq puissances nucléaires au sens du TNP. L’ordre actuel est aujourd’hui contesté. D’abord, la notion de puissance nucléaire a volé en éclat en 1998 avec les essais indien et pakistanais, qui révélaient au grand jour une capacité acquise une dizaine d’années auparavant. Ensuite, des pays non nucléaires revendiquent un statut de membre permanent au Conseil. Enfin, certains (l’Inde) ont espéré que leur statut nucléaire leur ouvrirait les portes du Conseil.
L’avenir de l’arme nucléaire se joue en Asie.
Sur ce continent (au sens large du terme, c’est-à-dire comprenant le Moyen-orient) que se joue l’avenir de l’arme nucléaire. C’est là que se trouvent les arsenaux nucléaires en croissance, les principaux risques de prolifération, et les risques d’emploi. Le problème nucléaire aujourd’hui n’est plus la région du monde qui va de Vancouver à Vladivostok, mais la région qui va de Tamanrasset à Tokyo. Les autres régions du monde sont aujourd’hui, du point de vue des équilibres stratégiques, pacifiées ou dénucléarisées.
L’avenir de l’arme nucléaire semble assuré. D’autres armes sont destructrices. D’autres armes font peur. Le nucléaire n’a pas le monopole de la dissuasion. Mais aucune technologie envisageable aujourd’hui n’a les mêmes effets physiques et psychologiques. L’avenir de l’arme nucléaire semble donc assuré, peut-être même trop bien assuré. Mais l’arme nucléaire restera sans doute le monopole des États. Le risque du terrorisme nucléaire est souvent surévalué - heureusement, car le désastre de la Nouvelle-Orléans nous donne une idée assez précise de la vulnérabilité des villes occidentales à une catastrophe de grande ampleur. Qu’un tel fiasco puisse avoir lieu dans une ville américaine en dépit de toutes les réformes effectuées depuis le 11 septembre en matière de sécurité civile donne matière à réflexion.
Et la France ?
Il y a un certain nombre d’idées reçues sur le nucléaire français. D’abord, nous aurions une doctrine originale, très différente de celles de nos alliés. Il n’en est rien, et nous partageons avec Américains et Britanniques un accord sur les « fondamentaux » de la dissuasion. Par ailleurs, les éléments conceptuels de la doctrine française ont tous été importés. On ne saurait nier le rôle considérable de penseurs tels que le général Gallois ou le général Beaufre.
Mais en matière de stratégie nucléaire, la France n’a pratiquement rien inventé - à une ou deux exceptions près : l’idée de dissuasion « tous azimuts » (expression qui n’a plus cours aujourd’hui, mais le concept reste d’actualité) ; et surtout la notion d’ultime avertissement, sorte de compromis parfait entre le « tout ou rien » et l’infinité de degrés d’escalade. Deuxième idée reçue : nous aurions une doctrine fossilisée et donc obsolète. (On notera que cette idée est parfaitement contradictoire avec une autre que l’on entend fréquemment, comme quoi la France aurait changé de conception de la dissuasion et élargi les missions des armes nucléaires.) Ce n’est pas exact. Les éléments fondamentaux de la doctrine française n’ont pas changé mais que ses modes d’application ont changé.
Le rôle des armes nucléaires n’a pas évolué dans sa substance. Il s’agit toujours de protéger nos intérêts essentiels, nos « intérêts vitaux » tels qu’ils sont définis par le Président de la république, face à une menace étatique grave, quels que soient les moyens qu’emploierait l’adversaire. Certes, la définition de ces intérêts vitaux est mouvante. Mais c’est surtout la nature de la menace qui a changé. (En paraphrasant Edgar Faure, l’on aurait pu dire que la girouette reste fixe, mais que si elle change de direction c’est que le vent a tourné...) Par ailleurs, il faut rappeler que notre doctrine nucléaire a été par deux fois depuis la fin de la Guerre froide « remise sur le marbre ». La dernière révision nucléaire date du tournant du siècle. Elle s’est produite en période de cohabitation, avec la pleine participation du Premier ministre de l’époque. Elle a permis la « refondation » du consensus nucléaire autour de quelques idées forces : le refus de toute dérive vers une stratégie d’emploi ; la confirmation du rôle de l’arme nucléaire face à des menaces régionales ; le maintien de l’option de l’emploi en premier et de celle de l’exercice, si nécessaire, de l’ultime avertissement ; enfin l’affirmation implicite du caractère « tous azimuts » de la dissuasion, même face à une éventuelle menace géographiquement très éloignée.
Cela dit, il y bien eu quelques évolutions notables, avec une plus grande souplesse donnée aux moyens, et une adaptation du mode opératoire de la dissuasion face aux puissances régionales, dont les « centres de pouvoir » seraient en priorité menacés. Ainsi l’arme nucléaire française est-elle d’une part, une assurance-vie contre d’éventuels retournements négatifs du contexte stratégique global, et, d’autre part, un moyen de neutraliser les arsenaux de puissances régionales désireuses de changer le statu quo à leur profit, ou d’empêcher une intervention militaire européenne.
Les critiques de la politique nucléaire française portent aussi sur la dimension budgétaire. Pourtant il ne semble pas y avoir de gisement d’éco-nomies dans le budget nucléaire français. Toute décision programmatique lourde aurait un impact majeur sur la cohérence de l’édifice, alors que les économies réalisées seraient incertaines. On évoque parfois un soi-disant exemple anglais, la Grande-Bretagne ayant supprimé sa composante aéroportée. On pourrait démontrer facilement pourquoi cette décision n’est pas transposable à la France, ne serait-ce que pour deux raisons : les performances exceptionnelles du missile Trident-2 D5, et l’intégration de la dissuasion britannique à celle de l’OTAN (qui dispose toujours d’une composante aéroportée, collective). Mais surtout, la composante aéro-portée a sans doute le meilleur rapport coût/bénéfice de la dissuasion.
Quant à l’arrêt du 4ème SNG ou du M51, ce seraient des décisions financièrement, technologiquement et stratégiquement absurdes. Enfin, si des économies étaient faites sur le nucléaire, ce serait vraisemblablement dans le cadre d’un effort global d’ajustement du budget de l’État. Les éventuelles économies réalisées n’iraient pas à l’Hôtel de Brienne, mais à Bercy.
Ceci ne signifie pas que tout va bien pour la dissuasion nucléaire française. Un certain nombre de défis existent : la place du nucléaire français au sein de l’Alliance atlantique alors que se profile le développement des défenses antimissile en Europe ; l’articulation de notre force nucléaire avec la PESD dans une Europe élargie ; ou encore le maintien du consensus national alors qu’une nouvelle génération de responsables politiques et militaires, qui n’ont pas connu la Guerre froide et sont moins convaincus des bienfaits du nucléaire, arrive aux commandes. Enfin, nous devrions sans doute revoir et adapter notre langage public, qui contient des expressions difficilement compréhensibles (comme les « intérêts vitaux ») voire totalement absurdes (comme celle d’arme de « non-emploi »).
Le langage dissuasif doit pouvoir être compris par les responsables politiques, par l’opinion publique, mais aussi, et avant tout, par tout adversaire potentiel.
Les opinions exprimées ici n’engagent que la responsabilité de leur auteur
Bruno Tertrais, maître de recherche
Les campagnes d’essais nucléaires français Entre 1960 et 1996, la France a procèdé à 210 essais nucléaires dans le désert algérien, puis en Polynésie. De Reggane à Fangataufa en passant par Mururoa, retour sur 36 années de mise au point de l’arme atomique. Par Julien PEYRON (texte) Sur le même sujet
* Les victimes des essais nucléaires devraient être indemnisées * L’héritage nucléaire français en Algérie en images * France-Inde : le nucléaire sans risque ? * Centrales nucléaires : danger ?
13 février 1960 : La première bombe atomique française, surnommée "Gerboise bleue", explose dans l’atmosphère au dessus de Reggane, dans le Sahara algérien. Sa puissance est quatre fois supérieure à la bombe d’Hiroshima.
18 mars 1962 : Accords d’Évian, qui mettent fin à huit années de conflit entre la France et l’Algérie. Une clause précise que Paris peut continuer à utiliser les sites de tirs dans le désert algérien pendant cinq ans.
1er mai 1962 : Incident lors de l’essai souterrain de Béryl, à proximité de Reggane. Une rupture de confinement entraîne un rejet de radioactivité dans l’environnement.
16 février 1966 : Dernier essai en Algérie. Les deux sites de tirs sont rendus aux autorités algériennes en 1967.
2 juillet 1966 : Premier essai nucléaire français en Polynésie.
24 août 1968 : La première bombe H (bombe à hydrogène) française explose au-dessus de l’atoll de Fangataufa, en Polynésie. Sa puissance équivaudrait à environ 170 fois celle d’Hiroshima.
6 août 1985 : Signature du traité de Rarotonga, qui déclare le Pacifique-Sud zone dénucléarisée. La France ne le ratifie pas.
8 avril 1992 : Moratoire d’un an décidé par François Mitterrand, qui suspend les campagnes d’essais nucléaires. Il sera ensuite reconduit.
13 juin 1995 : Jacques Chirac annonce que la France va effectuer une ultime campagne d’essais.
27 janvier 1996 : Dernier essai nucléaire français à Fangataufa. Six tirs sont effectués lors de cette dernière campagne.
25 mars 1996 : La France signe le traité de Rarotonga.
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Abramhs 12 août 2009 20:42
Energie nucléaire
Soixante ans de dissuasion nucléaire controversée Par : Y.Mérabet
La dissuasion nucléaire, dans les relations internationales, terme qui désigne une stratégie visant à décourager toute possibilité d’action hostile de la part d’une puissance ennemie. Une stratégie de dissuasion réussie implique qu’on puisse mettre l’agresseur potentiel dans un certain état d’esprit.La fin de la dissuasion nucléaire
Avec elle, l’arme thermonucléaire nucléaire qui connaît un saut qualitatif, la fusion nucléaire permet d’atteindre des niveaux d’énergie sans commune mesure avec les intenses bombardements de la Seconde Guerre mondiale, y compris ceux d’Hiroshima et de Nagasaki. L’arme nucléaire la plus puissante jamais réalisée, la « Tsar Bomba » testée par les Soviétiques le 30 octobre 1961, dégage une énergie approchant l’équivalent de 60 mégatonnes de TNT. Avec de telles armes, il devient techniquement possible, pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, de rayer de la carte un pays entier tel qu’Israël, la Belgique, le Danemark ou de moins importance Israël, seulement avec une seule bombe. La Russie pourrait fabriquer à nos jour la bombe ‘H’, une arme nucléaire de plus de 100 mégatonnes de TNT pouvant rayer pour l’éternité l’Allemagne, la France et l’Angleterre à la fois, une dissuasion qui a fait frémir l’humanité pendant plus de soixante années. On le sait maintenant avec l’ouverture des archives soviétiques, le monde est passé tout près de la catastrophe nucléaire. C’est le moment de la prise de conscience des dangers de la guerre nucléaire, de l’inévitabilité de la détente voire de la coexistence pacifique, et de la nécessité de la maîtrise des armements. C’est également à la même époque que le statut de l’arme nucléaire comme instrument de dissuasion commence à être conforté avec la doctrine de riposte graduée. Alors les Etats-Unis doivent mesurer les conséquences d’une attaque suicidaire israélite sur le ‘bourbier nucléaire iranien’, l’Iran maitrise et manipule le nucléaire depuis 59 ans, bien avant les français et les russes, alors les américains et les juifs savent à qui ils ont à faire. Avant la date du soit disant le désarmement nucléaire en 1987, on était dans une logique de simple maîtrise des armements. Aujourd’hui, à l’exception notable de la Chine, toutes les puissances nucléaires officielles sont dans une phase de contraction ou de stabilisation de leurs armements nucléaires, mais nulle personne ne sait ce qui se passe en douce. La rupture de l’émergence d’une vision nouvelle de l’arme nucléaire dans les années 1995-1996, qui a consacré l’idée de ce que l’on pourrait appeler une « exception nucléaire ». C’est l’époque de l’accession de l’ensemble des membres non nucléaires de l’ONU au TNP, de la prorogation du Traité pour une durée indéterminée, de la conclusion du TICE, et enfin de l’avis consultatif de la Cour internationale de justice sur la licité de l’emploi de l’arme nucléaire (qui a eu un impact politique non négligeable). C’est à partir de cette date que les signataires du TNP se sont scindés en deux groupes ; en EDAN et en ENDAN, ces derniers n’auront pas droit à la dissuasion nucléaire pour se protéger, ni même à l’accès de la technologie du nucléaire, ils doivent rentre compte aux premiers par le biais de l’AIEA. D’autres Etats comme Israël, le Pakistan et l’Inde non signataires du traité de non prolifération nucléaire ont créé un groupe rebelle violant la réglementation internationale. Le TNP a été signé par tous les États du monde sauf par l’Inde, le Pakistan et Israël qui, entre-temps se sont dotés d’un arsenal nucléaire sans réaction significative des puissances nucléaires reconnues et des instances onusiennes. Il apparait injuste de menacer l’Iran de sanctions plutôt que d’essayer de l’intégrer dans le concert des États œuvrant pour une plus grande stabilité dans cette région, qui a grand besoin. Au moment où de nouvelles sanctions contre l’Iran sont envisagées par le Conseil de Sécurité, les événements de ces dernières années sous le règne de Bush et de Sharon illustrent bien les paradoxes de cette lutte contre la prolifération nucléaire. Une attitude paradoxale des pays de l’EDAN qui laisse à désirer, Sarkozy le premier opposant du programme nucléaire iranien adopte l’arsenal nucléaire français aux nouveaux missiles, laboratoires d’essais de nouvelles armes, modernisation des sous-marins lance-engins etc. La Russie qui n’a pas de position claire envers le nucléaire iranien pour des raisons économiques, vient d’annoncer non seulement un effort de 145 milliards d’euros dans le domaine de la défense, mais aussi la construction de 50 nouveaux missiles intercontinentaux. Le Royaume-Uni estime aujourd’hui indispensable l’amélioration de sa force nucléaire. La Chine fait un effort considérable dans le domaine de la maîtrise de l’espace. Quant aux Etats-Unis, les leaderships de la compagne anti-iranienne et anti-musulmane n’abandonnent pas le projet de faire de leur pays un "sanctuaire" et la pierre angulaire du néo-colonialisme, ce qui est un facteur déstabilisateur de la dissuasion. Aujourd’hui ce qu’il est convenu d’appeler le « tabou nucléaire » se renforce de plus en plus. Soixante ans sans emploi de l’arme nucléaire, est un record, cela mérite d’être souligné et de s’assurer d’une ‘paix nucléaire’ même si chaque Etat de la planète est doté de sa propre bombe nucléaire, l’évènement des 60 années mérite d’être fêté. Pour rappel la tragédie d’Hiroshima ait eu pour effet de nous immuniser contre la ‘phobie du nucléaire’ pendant 60 ans, mais si les menaces d’Israël persistent alors là le contrat d’assurance sera résilié et notre monde disparaitra, y compris les Etats-Unis et Israël. Il est temps que ces derniers prennent conscience d’une éventuelle catastrophe nucléaire et de mesurer l’intensité et le potentiel de riposte Iranien, une attaque suicidaire d’Israël sur l’Iran telle quelle est conçue par le Pentagone est à écarter définitivement, il se pourrait que les Etats-Unis soient pulvérisés bien avant qu’Israël lâchera sa première bombe sur l’Iran, ces deux pays se sont fait trop d’ennemis. Sans doute aussi avons-nous eu de la chance, notamment en 1962. A moins qu’il ne faille y voir dans l’absence de conflit Est-Ouest l’intervention de la « Divine Providence » que Jean-Paul II mentionnait dans son testament. (L’Encyclique « Pacem in Terris » avait d’ailleurs été suscitée par la crise de Cuba.) Mais les faits sont là. L’arme nucléaire n’a pas été employée alors que les tentations n’ont pas manqué. Or plus, le temps passe, plus le tabou nucléaire se renforce. C’est une bonne nouvelle : contrairement à ce que l’on pouvait penser, les nouveaux détenteurs de l’arme nucléaire ont adopté une logique de dissuasion. L’évolution des rapports indo-pakistanais depuis la fin des années 1980 est d’ailleurs parfaitement conforme à la théorie de la dissuasion ! C’est l’une des raisons pour lesquelles, la dissuasion nucléaire a été toujours plus efficace que la bombe atomique elle-même, il y ait aujourd’hui un « affaiblissement du seuil nucléaire ». Contrairement à ce qui est régulièrement colporté, il n’y a pas d’évolution de la doctrine nucléaire juive vers une « doctrine d’emploi de l’arme nucléaire » contre le monde musulman, sans exclure l’Egypte et l’Arabie Saoudite les deux principaux alliés de la cause israélite. Aucune déclaration, aucun texte officiel ne permet de dire que la doctrine américano-israélite a évolué dans ses fondements. En particulier, l’idée selon laquelle les États-Unis auraient désormais adopté une logique de « frappe préventive nucléaire » ne repose sur aucun fondement. (En revanche, la préemption a toujours fait partie des options américaines.) Quant aux soient-disant nouvelles armes nucléaires américaines, qui n’existent aujourd’hui qu’à l’état de projet, elles ne seront pas nécessairement de faible puissance, contrairement à ce que l’on a pu lire ici ou là, et surtout, elles sont destinées à une logique de dissuasion sans aucune efficacité. Mais c’est une forme de paradoxe : aux Etats-Unis, la peur du nucléaire reste intacte même si elle ne se présente pas de la même manière qu’au temps de la guerre froide, la population américaine sous tension du 11 septembre vivent dans une appréhension continuelle et comme sous la menace d’un épouvantable ouragan, capable de se déchaîner à tout instant par une attaque nucléaire sur leur sol ou une attaque spectaculaire et conventionnelle, il sont devenus vulnérables, leur dissuasion de puissance n’a pas réussi. Et non sans raison, puisque l’armement est toujours prêt.... Suite
....Le Pakistan pose plus de problèmes pour le Club, mais comme il est devenu un allié des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme international, il est aujourd’hui considéré comme un acteur "responsable" dans le concert des puissances nucléaires. Voilà pourtant un Etat qui non seulement n’a pas signé le TNP est en outre le seul, connu à ce jour, à avoir fait commerce de technologies nucléaires avec... la Corée du Nord ! Et voilà que le Premier ministre pakistanais qui estime, bien entendu, que l’Iran ne désirait pas posséder d’armes nucléaires à l’avenir. Il pense quand même qu’une action militaire contre l’Iran serait catastrophique pour la région et il prône le dialogue entre les parties, comme si le Pakistan avait des leçons de sagesse et retenue à donner aux autres comme Israël. Et c’est ainsi que ces trois États nucléaires entourant l’Iran bénéficient eux de l’amicale compréhension, si ce n’est l’appui total, des membres du Club nucléaire départagé sur la question iranienne. L’avenir de l’arme nucléaire se joue en Asie et au Moyen-Orient. C’est là que se trouvent les arsenaux nucléaires incontrôlables en puissance et en nombre (Israël possède plus de 300 têtes nucléaires) ainsi que les principaux risques de prolifération, et les risques d’emploi (Israël un Etat rebelle au TNP, menace l’Iran signataire du TNP), c’est dans ces pays qu’on peut s’approvisionner en produit nucléaire à bon prix, sans emmerdement. La prolifération nucléaire est assuré par la vulgarisation des armes nucléaires sans risque d’être utilisées quant à la dissuasion elle a tendance de disparaitre. D’autres armes sont beaucoup plus destructives que le nucléaire et qui font peur. Le nucléaire n’a plus le monopole de dissuasion, bien qu’aucune technologie envisageable aujourd’hui n’ait les mêmes effets physiques et psychologiques.
Conclusion L’arme nucléaire reste le monopole des Etats, quant à la dissuasion elle deviendra la propriété du terrorisme.
Expert en énergie
Déposé sur presse le 05/08/2009
Algerian Society For International Relations




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