L’ancien président irakien Saddam Hussein a été pendu samedi à l’aube à Bagdad. Il avait été condamné à mort pour crimes contre l’humanité.
Arrêté par les forces américaines en décembre 2003, l’ex-dictateur a dirigé l’Irak d’une main de fer dès 1979.
Saddam Hussein a été condamné à mort par pendaison le 5 novembre pour le massacre de 148 villageois chiites de Doujaïl (au nord de Bagdad). Ces derniers avaient été tués en représailles après un attentat manqué contre le convoi présidentiel en 1982.
Le demi-frère de Saddam Hussein, Barzan al-Tikriti, ancien chef des services de renseignement, et l’ancien président du tribunal révolutionnaire Awad al-Bandar, ont été pendus peu après, a annoncé la télévision irakienne.
La chaîne diffusait depuis 06h00 (04h00 suisses) l’image fixe de versets du Coran, sur fond de psalmodies religieuses. Vers 06h30, ces images ont laissé la place à des chants et des hymnes patriotiques.
« Tout a été filmé »
« Tout a été filmé », a raconté sur Iraqia Mariam al-Rayis, une conseillère du ministre irakien des Affaires étrangères qui a elle-même assisté aux exécutions. « Ces images seront diffusées », selon Mme al-Rayis, qui n’a pas mentionné la date de cette diffusion.
Deux magistrats, le représentant de la cour d’appel, le juge Mounir Haddad et le procureur général Mounqith Al-faroun étaient présents, ainsi qu’un médecin, un représentant du premier ministre Nouri al-Maliki et quelques journalistes.
Bagdad calme
La nouvelle a été accueillie par une multitude de tirs de joie à Najaf, ville sainte chiite du sud de l’Irak. A Bagdad, quelques rafales ont résonné brièvement, également en direction des quartiers majoritairement chiites.
La situation semblait cependant normale à l’aube dans la ville, alors que les muezzins appelaient à la prière.
Réactions à l’étranger
A l’étranger, la France a été l’un des premiers pays à réagir. Paris, « qui plaide comme l’ensemble de ses partenaires européens pour l’abolition universelle de la peine de mort, prend acte de l’exécution de Saddam Hussein », écrit le ministère des Affaires étrangères, précisant que « cette décision appartient au peuple et aux autorités souveraines de l’Irak ».
« La France appelle tous les Irakiens à regarder vers l’avenir et à travailler à la réconciliation et à l’unité nationale. Plus que jamais, l’objectif doit être le retour à la pleine souveraineté et à la stabilité de l’Irak. »
Le gouvernement britannique a estimé de son côté que l’ancien président « a payé », tout en réaffirmant son opposition de principe à la peine de mort.
« Je me félicite du fait que Saddam Hussein ait été jugé par un tribunal irakien pour au moins quelques-uns des crimes horribles qu’il a commis à l’encontre du peuple irakien », a déclaré dans un communiqué la ministre britannique des Affaires étrangères Margaret Beckett.
Bush salue une étape importante
« L’exécution de Saddam Hussein marque la fin d’une année difficile pour le peuple irakien et nos troupes », a déclaré de son côté le président américain George W. Bush dans un communiqué de son ranch de Crawford au Texas.
L’exécution « ne mettra pas fin à la violence en Irak, mais c’est une étape importante sur la route de l’Irak vers une démocratie qui peut se gouverner, être autosuffisante et se défendre, et être un allié dans la guerre contre le terrorisme », a ajouté le président.
Les autorités irakiennes ont voulu exécuter Saddam Hussein avant l’aube, qui marque le début des célébrations de l’Aïd al-Adha, la fête du Sacrifice. « La coutume veut qu’aucune exécution n’ait lieu durant les fêtes religieuses », avait souligné auparavant un responsable gouvernemental.
Le gouvernement irakien, chargé de l’application de la sentence, a gardé depuis lors un mutisme absolu sur la pendaison, son lieu et ses détails pratiques, ou encore sur le sort réservé à la dépouille du condamné. Saddam était détenu depuis près de deux ans en un endroit tenu secret, sur une base militaire américaine à Bagdad.
swissinfo et les agences