Ou le poids du "facteur 2008"
L’état actuel des rapports russo-américains suscite une profonde inquiétude, écrit Sergueï Rogov, directeur de l’Institut des Etats-Unis et du Canada à l’Académie des sciences de Russie, dans la Nezavissimaïa gazeta.
Une nouvelle guerre froide n’a pas encore éclaté, mais nous n’en sommes pas loin. Compte tenu du "facteur 2008" (voir plus bas - ndlr.), cette situation ne peut pas durer longtemps, écrit Sergueï Rogov, directeur de l’Institut des Etats-Unis et du Canada à l’Académie des sciences de Russie.
La fin de la guerre froide a été considérée à Washington comme une victoire des Etats-Unis qui ont alors perdu leur adversaire géopolitique en la personne de l’URSS. Ils se sont alors fixé pour but de ne pas admettre l’apparition d’une nouvelle "puissance symétrique", ce qui est devenu l’essence de la stratégie américaine.
Le partenariat stratégique russo-américain a été proclamé dans le contexte des menaces communes : terrorisme international et prolifération des armes de destruction massive. Mais il s’est avéré, dans une grande mesure, une déclaration creuse. Ce partenariat repose sur les rapports personnels entre les dirigeants des deux pays et n’a pas d’institutions permanentes de coopération militaire et politique, à la différence du mécanisme de coopération entre les Etats-Unis et leurs alliés au sein de l’OTAN.
L’absence de base économique de la coopération est un autre défaut. Les Etats-Unis développent des rapports commerciaux et économiques avec la Chine, ce qui est un facteur de stabilité. Malgré les contradictions idéologiques et géopolitiques, une interdépendance est apparue entre l’Amérique et la Chine, ce qui n’existe pas dans les rapports entre la Russie et les Etats-Unis.
Les rapports entre Moscou et Washington s’avèrent très vulnérables en raison de divergences omniprésentes, même sur des problèmes secondaires.
Pour l’instant, les rapports personnels entre les deux leaders continuent à exercer une influence positive sur les relations entre les deux pays, mais l’année 2008, celle de la fin du mandat présidentiel de Vladimir Poutine et de George Bush, pourrait être une sorte de tournant.
Il convient de rappeler que la guerre froide n’avait pas commencé d’emblée. A présent, elle pourrait éclater après l’admission de l’Ukraine à l’OTAN. Sur le plan militaire, cela ne renforcera pas l’alliance, mais "l’atlantisation" de Kiev est une tentative d’en finir avec la Russie en tant que grande puissance et de l’isoler en Europe. Ce serait un grave événement géopolitique, en fait, une tentative de réduire la Russie à la principauté de Moscovie, pour qu’elle ne soit plus qu’un acteur de troisième ordre dans les affaires internationales.