Rêves de paix, rêves de guerre, le siècle olympique est déjà un bon cru

Comment faire cohabiter nos valeurs et accepter de faire la fête avec ses pourfendeurs ? Les jeux sont au planning du temps. « On » a estimé qu’ils se dérouleraient au meilleur endroit.


Je me souviens d’un temps ou le parcours de la flamme olympique soulevait les hourras et préparait à la grande fête du sport, de la jeunesse et de la fraternité. C’était bien, c’était grand, c’était solennel, c’était le bon temps ; souvenirs de gosse. Mais... ca n’était pas tout à fait ça.

On se battait, oui, mais c’était pour avoir l’honneur de la porter, cette flamme du courage ; pas pour l’éteindre. Bien naïves illusions du souvenir, j’en conviens. Ne nous trompons pas nous même, l’esprit des cinq anneaux de l’olympisme n’a rien d’exemplaire, chaque anneau lié aux autres et représentant chacun un continent par sa couleur, ne défendra rien d’autre que ses intérêts. Les jeux de 2008 ne feront pas exception.

Illusion de paix


Par Jacques Trappler

Né pile au milieu du siècle, je suis contemporain de 14 Jeux et chacun de ces jeux s’il a marqué son époque par des exploits sportifs, porte aussi la marque et les stigmates de l’Histoire.

Il arrive que les jeux soient otages de maîtres, d’intérêts, de doctrines et autres vilénies. Tout le monde a en mémoire combien Berlin 1936 était un modèle du genre (...) Quant à Munich, ce fut un cauchemar. D’autres jeux, noyés dans la trêve olympique, occultèrent, dans la liesse artificielle, des éléments mouvementés, tragiques et dramatiques se nouant aux mêmes moments dans le monde. Les claquements des pistolets des starters, tout habillés de blanc, ont trop souvent claqués pour des causes dont l’Olympisme servait surtout de faire valoir.

JO 2008 : otages de la nation organisatrice

Le piège du fait accompli en quelque sorte. La prime à l’oppresseur qui devient la victime. Il aura suffit d’une échauffourée à Paris pour victimiser le dragon. L’organisateur, dans cette affaire, ne trompe que les siens et les naïfs. Epaisse manipulation. Ce n’était certes pas de vertueuses images que cette athlète handicapée bousculée, mais c’était la flamme qui était visée, pas la jeune femme. Encore moins l’agression d’une nation par une autre. Il se passe décidemment de drôles de trucs derrière le paravent de la censure et de la manipulation des collègues du grand timonier ; mais ça, nous le savions… Alors que personne n’en rajoute, nous risquons de gâter une fête qui, de toute façon n’en sera pas une. Et puis, nos excuses, nous les avons bien données, non ? En brandissant l’arme de la rétorsion pour laver un affront qui n’existe que dans la partie médiatique des cerveaux des propagandistes, les organisateurs ne brillent pas par leur lucidité.

Enfin, maintenant, il n’y aura plus d’affaire de flamme. Bien planquée au fond de sa coupelle blindée, protégée par des cerbères zélés et empruntant des voies ultra sécurisées, elle se promène en cachette. Et toujours, de petits hommes bleus, agressifs et nerveux pour veiller à ce qu’elle ne s’enrhume pas.

JO 2008 : les Jeux de l’orgueil

Les Jeux chevauchent l’histoire de leurs cinq anneaux pas toujours irréprochables. Propagandistes, grands équipementiers sportifs et autres docteurs Mabuse lorgnent les podiums avec avidité. Jeux de l’orgueil et de la démesure. Ils retomberont comme un soufflet, une fois replié le drapeau aux cinq anneaux. Il ne restera que le souvenir d’une troublante manifestation de puissance et d’une stérile démonstration de grandeur à usage unique dans un pays dont la force est d’être la plus grande usine du monde dans le plus grand pays communiste du monde dont les rêves ne seront jamais que les pires de nos cauchemars. Sii nous apprécions l’expertise de ses petites mains sous-payées, nous en paierons le prix fort.

Hallucinant - le drill, façon prussienne, des jeunes gymnastes de 3 ans

Une autre façon de bafouer les droits de l’homme. Souvenons-nous d’athlètes féminines de l’ex « bloc de l’Est » aux carrures impressionnantes suant la testostérone. Croyons-nous la pratique terminée ? Quelle différence, dans la préparation et les objectifs visés hier par les anciens « pays de l’Est » et celle, aujourd’hui pratiquée par dans les écoles chinoises de gym féminines ou les très jeunes petits corps subissent une préparation infernale afin de rafler la mise aux épreuves de gymnastiques. Je vous invite à visionner ce reportage et d’imaginer les séquelles.

Politique et olympisme ont toujours été mêlés. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ? Comment faire porter la parole toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus vite que par le truchement de l’hyper médiatisation du mouvement olympique ? Alors ne soyons pas surpris de voir le Tibet se réveiller pour l’occasion. Ne soyons pas non plus abasourdis de découvrir que les gentils organisateurs des prochains jeux font montre de poigne jusque sur les trottoirs parisiens ou ils sont, somme toute, invités ?

Ou ont lieu ces jeux ? Comme si nous venions de le découvrir. Dans la plus grande démocratie du monde ou dans le plus grand espace communiste planétaire au régime de fer ? Que cette fête, ne soit pas à la gloire de ce régime, point. Détail : les retransmissions ne seront pas du direct absolu mais seront diffusées avec un décalage de quelques secondes dans l’intention de permettre à la censure d’opérer au cas ou le direct ne conviendrait pas aux organisateurs.

(Mes) Souvenirs des Jeux d’été

1952 – Helsinki : rien…

1956 – Melbourne : la silhouette d’un homme, le visage grimaçant de souffrance, Alain Mimoun, le plus grand de nos champions, je me souviens de ses larmes et j’ai compris, bien plus tard qu’il les offrait à la France, lui l’ancien adjudant de la coloniale. C’était en noir et blanc… Nasser nationalisait le canal de Suez.

1960- Rome : une guerre civile au Congo, un Katanga en feu, qui se souvient encore de l’internalisation du conflit et des tensions américano russes ? De la vague d’indépendance touchant l’Afrique ? Niger, Haute-Volta, Côte d’Ivoire, Tchad, Centrafrique, Congo français, Gabon, Mali pour la seule période estivale des jeux… Il y eut Michel Jazy qui nous fit vibrer au 1500 mètres, une deuxième place qui valait de l’or.

1964- Tokyo, un bolide aux 100 mètres, Bob Hayes. Un désespéré sur 5000 mètres, Michel Jazy. Le destroyer US Maddox est attaqué dans le golfe du Tonkin, vigoureuse riposte américaine. Bombardements turcs à Chypre, colère des Russes.

1968- Mexico. Sur les podiums, des poings gantés de noir nous rappellent que l’apartheid, aux USA, ravage encore les cœurs et esprits. Martin Luther King reçoit le prix Nobel de la paix. Bob Beamon, en longueur, saute près de 9 mètres.

Munich 1972, les jeux du cauchemar, un bain de sang.

1976- Montréal, Guy Drut monte sur le podium. VGE venait de déclarer la possibilité pour la France de participer à « la bataille de l’avant » sur les frontières orientales de la RFA

1980- Moscou, jeux du boycott. Marasme économique, on accuse le pétrole de tous les maux… et l’Etat providence, en France.

1984- J’ai beau faire un effort de mémoire, je ne me souviens de rien.

1988- Séoul, des jeux pas sympas, un été marqué par la montée en puissance des intégristes en Egypte. Massacres et affrontements en Afghanistan, les Russes ne sont pas à la fête. Israël, lance un satellite d’observation et inquiète les pays arabes. Morne année.

1992- Barcelone, hormis la magnifique Marie-José Perec, je ne me souviens de rien. Le dollar plonge, les places boursières européennes toussent.

1996- Je ne retrouve pas la ville des jeux. Ah si, Atlanta. Pas de souvenir. Eté de la vache folle et de l’affaire Dutroux.

2000- Sydney puis Athènes en 2004, un début de siècle difficile, loin des fantasmes, des espérances et de la liesse. L’humanité, se recompose en pansant ses plaies. Les attentats du 11 septembre 2001 sont en filigrane de toutes les actions et pensées occidentales. Comment se dépêtrer du terrorisme. Comment finir les guerres engagées.

Rêves de paix, rêves de guerre, le siècle olympique s’annonce gratiné.

2008 - Comment faire cohabiter nos valeurs et accepter de faire la fête avec ses pourfendeurs ? Les jeux sont au planning du temps. « On » a estimé qu’ils se dérouleraient au meilleur endroit. Il devait manquer des pages au cahier des charges, mais qu’importe. Assumons. Les jeux se dérouleront sous haute surveillance, c’est bon pour la sécurité de tous, on se sentira en confiance, à n’en point douter.

Les troupes sauront faire régner l’ordre.

La Chine, pour se protéger, on ne sait jamais - elle est entourée de puissances belliqueuses - construit la plus grande base navale que l’on puisse imaginer. A deux pas de ses stades Secret pas longtemps gardé. Base navale capable d’abriter 20 sous-marins lanceurs d’engins (engins = bombes nucléaires) et 2 porte-avions sous les voûtes célestes de la plus grande caverne aéronavale jamais inventée par l’homme et entièrement démagnétisée s’il vous plaît. La paix clé en mains !

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