Une fois la miniaturisation de nos armées effectuée nous aurons atteint le point de non retour ; puissions-nous ne jamais devoir à le regretter.
Modernisation. Fermetures. Clefs sous les portes. Dissolutions d’unités. Réductions d’effectifs. La Défense réussira-t-elle à se restructurer sans heurts ? Les conséquences, pour certaines villes et garnisons auront des répercussions économiques majeures.
Une bataille serrée avec les élus
Par Jacques Trappler
Un élément important échappe à la justification économique pour légitimer une dissolution, c’est l’attachement d’une population à ses soldats, surtout dans l’Est de la France ou cet attachement est gravé dans le marbre du souvenir des monuments aux morts. Considérer le maintien de leur présence dans ces villes comme des dépenses à trancher, c’est difficile à accepter, presque une offense.
Même si la nécessité doit l’emporter sur la raison – et c’est bien le cas, malheureusement – il sera impossible de chiffrer la perte réelle pour ces villes de garnison. Même si, cette fois, c’est au patriotisme économique que l’on fera appel, ce sera encore et toujours aux mêmes régions à qui l’on demandera de faire des efforts sans compensation durable.
Quelles sont les chances, pour Dieuze de garder son 13°RDP devant celles de Bordeaux et de son puissant maire, de garder son école de santé ? Les chances et conséquences sont inégales et pourtant, chacun des maires revendiquera la tradition et l’attachement à ses soldats . De l’insoluble en perspective...
Ce n’est pas en miniaturisant nos forces qu’elles seront plus adaptées aux menaces de demain
Attendons les résultats et préconisations des spécialistes en charge de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et de la sortie du Livre blanc sur la Défense pour connaître le contrat opérationnel des armées. Gageons que la partie consacrée à son format en terme d’effectifs correspondra bien à un besoin stratégique d’emploi des forces et non à un dégraissage qui pourrait affecter notre crédibilité même si, encore une fois, les économies sont nécessaires.
La mutualisation des moyens est une réponse crédible. La réduction des formats d’unités opérationnelles l’est - peut-être - moins. Ce n’est pas en miniaturisant nos forces qu’elles seront plus adaptées aux menaces de demain. Les conflits en cours, dans lesquels nous sommes engagés, demandent de considérables moyens, en hommes surtout. Preuve en est de l’engagement de nos forces en Afghanistan.
On peut cependant spéculer sur notre réintégration dans l’OTAN et, à ce titre, estimer moins nécessaire de disposer d’un soutien surdimensionné et coûteux (force est d’admettre que c’est, aujourd’hui, la réalité) puisque nous bénéficieront du soutien de ce dernier. Il y a de bonnes raisons qui justifient cette réorganisation, mais attention, celles qui justifiaient l’abandon de la conscription étaient de même nature : réduction des coûts au profit d’un format professionnalisé plus opérationnel.
Une fois la miniaturisation de nos armées effectuée nous aurons atteint le point de non retour ; puissions-nous ne jamais devoir à le regretter
. La Défense est intemporelle, sa mission, permanente, justifie le maintien de forces terrestres d’un niveau élevé et à moins de considérer que le pire est derrière nous, rien ne justifie la relâche engagée.
Un effort supérieur à celui accompli pour professionnaliser les armées dans la période 1997-2002
Il y aura des conséquences sociales et ce n’est pas commode, pour Hervé Morin, d’en fixer les contours. La réorganisation signifie outre la mise sur le marché – déjà tendu - du travail, de milliers de personnels.
Cette réorganisation – dixit le ministre - va entraîner « une modification considérable des implantations territoriales des unités », qui va exiger des personnels civils intéressés une mobilité géographique et fonctionnelle « inédite dans son ampleur » et de rappeler que le plan prévoit une suppression annuelle de 6000 emplois durant les 7 prochaines années.
Les militaires et civils de la défense touchés par cette réorganisation seront surtout ceux qui, aujourd’hui affectés en soutien des forces ne retrouveraient pas leur fonction dans le nouveau déploiement. Ce sera aussi les plus « fragiles » puisque il s’agit des plus anciens qui, en général et en deuxième partie de carrière font partie de ces unités de soutien.
Difficiles reconversions en perspective malgré l’esquisse de solutions envisagées par Hervé Morin et proposées au Premier Ministre notamment une intégration dans la fonction publique.
Une des mesures pourrait prendre la forme d’un pécule conditionné à la reprise d’une seconde carrière pour les moins de 50 ans, ce qui paraît être une gageure, connaissant le marché du travail en France et les tristes statistiques de l’emploi des seniors en poste, et pire, ou l’on sait qu’un senior licencié a 10% de chances de retrouver un emploi. C’est-à-dire aucune.
Autre mesure envisagée, faire de ces personnels des chefs d’entreprise par création ou reprise ; là, ce n’est plus une gageure mais une utopie. Engagés pour servir la nation, ces personnels sont formatés pour produire de la performance dans un milieu encadré, hiérarchisé et non pour gagner des parts de marché dans un monde concurrentiel dont on ne peut imaginer la férocité que lorsqu’on y est confronté. Cela ne diminue en rien leur valeur puisque, journellement confrontés au manque de moyens, ils parviennent à faire des miracles. Etre responsable d’un atelier de réparation de chars de combat, exige des qualités et expertises fortes mais qui ne sont pas forcément transposables, en terme de métier, vers la direction d’une entreprise et réciproquement.
Reste la pension de retraite majorée pour les plus de 50 ans, autre perspective évoquée, au profit des sous-officiers de carrière notamment.
Des informations pour le 19 juin
Regroupements, mutualisation des moyens, logistique interarmées, les réponses sont attendues avec beaucoup d’inquiétude. Il ne faudra pas trop traîner pour en définir les contours, et, communiquer simultanément les moyens d’accompagnement pour ceux qui en seront exclus sous peine de détérioration d’un climat social déjà très affecté par le projet.