Les Canadiens se sont offert, au début d’octobre, un long week-end de congé pour célébrer « L’Action de Grâce ». C’est l’équivalent du week-end de la « Thanksgiving » célébrée par les États-Uniens, un peu plus tard au cours de l’automne (les récoltes se faisant plus tard au Sud ?). Cette fête initiée par les premiers colons américains a pour but de remercier la divinité pour ses bontés exprimées à travers la générosité du sol. Chez eux, elle donne lieu, selon la tradition illustrée par de nombreux longs-métrages, à des retrouvailles familiales et au repas dont la dinde est le met principal. Les Canadiens, et les Québécois, se contentent plutôt de profiter de ce long congé pour amorcer les préparations de l’hiver : ramasser les feuilles mortes, ranger le mobilier de jardin et… mettre la piscine en dormance.
D’ailleurs les Canadiens pourraient se demander de quoi ils pourraient bien remercier la divinité. La mondialisation entraîne, à chaque semaine, des délocalisations et des fermetures d’usines. Au cours des derniers mois, le dollar canadien s’est envolé par rapport à la devise états-unienne, rendant les produits canadiens moins attrayants pour leurs voisins. Le gouvernement central s’est embourbé dans l’aventure afghane, répétant l’erreur de Washington et envoyant ses soldats se faire tuer sans avoir le courage politique de dire aux Canadiens qu’il faudrait donner à ces soldats toutes les ressources nécessaires pour gagner ce qui est – sans qu’on ne le dise officiellement – une vraie guerre. Bref, cela ne va pas très bien au pays de « l’été indien ».
Même pour un pays où l’hiver fournit des occasions de sports d’hiver exaltants, l’arrivée prochaine de cette saison représente aussi la réduction des heures d’ensoleillement (même si le ciel d’hiver québécois a plus souvent qu’autrement une pureté d’un bleu étonnant pour la plupart des visiteurs), l’enfermement dans des maisons et bureaux surchauffés, le poids des nombreuses « pelures » vestimentaires pour lutter contre le froid et le proche et lancinant « magasinage » (shopping) des Fêtes pour trouver le cadeau… introuvable.
Alors, si vous rencontrez des Canadiens ou des Québécois en ces semaines de la mi-octobre à la mi-novembre, ne leur en voulez pas trop d’avoir l’air moins convivial que durant le reste de l’année. Ils voudraient bien remercier leur dieu pour ses bonnes grâces. Mais quand ils les cherchent, ces bonnes grâces, ils ont parfois l’impression d’en avoir moins dans leur quotidien que dans l’esprit de ceux qui les regardent de loin.
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