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RIA Novosti
Conformément à la stratégie spatiale de George W. Bush, avec le programme Constellation, avant 2020, les Américains devaient retourner sur la Lune et préparer un objectif encore plus impressionnant : une mission habitée sur Mars. "En réalité, ce programme exigeait deux fois plus d’argent que la somme que les Etats-Unis pouvaient allouer à toute l’activité de la NASA", fait remarquer Igor Lissov, commentateur du mensuel Novosti Kosmonavtiki (Nouvelles de l’aéronautique).
Fiers d’avoir effectué un alunissage, les Américains se demandent : que peut nous apporter de nouveau un retour sur cette planète ? Les propriétés du sol et du satellite lui-même ont déjà étudiées par les hommes et les robots, fait observer Viktor Blagov du Centre de contrôle des vols situé dans les environs de Moscou : "On parle de moins en moins de l’exploitation industrielle de l’hélium-3 en tant que ressource énergétique, ayant parfaitement compris que son transport ou son traitement sont incommensurables avec le prix de son extraction. Et, d’ailleurs, il est aussi désavantageux d’y aménager un terrain de départ pour Mars".
Le nouveau président n’a pas seulement changé les dirigeants de la NASA, mais il a aussi mis en place une commission dirigée par l’ancien ministre de l’Armée Norman Augustine, pour expertiser la stratégie spatiale. L’automne dernier, la Maison Blanche a confirmé ses conclusions : "Constellation était un programme très onéreux (3 milliards de dollars par an ajoutés au budget du programme global qui s’est accru de 27 à 44 milliards de dollars), il emploie des technologies dépassées et ne permet pas d’envisager une expédition sur la Lune même pour 2028. "Il y a eu ensuite une tentative de revoir la stratégie, les lobbys ont redoublé d’efforts, d’autres variantes de lanceurs ont été proposées, précise Igor Lissov, mais tout s’est terminé bien tristement, alors que 9 milliards de dollars avaient déjà été dépensés".
A présent, la capsule Orion de 25 tonnes ne volera pas, même dans une perspective plus lointaine, ni vers la Lune, ni vers Mars. D’une part parce qu’elle ne sera pas construite et d’autre part parce qu’il n’y aura de moyen de la lancer dans l’espace, la construction de la fusée Ares-V ayant également été stoppée. Certains sénateurs se sont même empressés de qualifier le budget de "marche funèbre pour le leadership des Etats-Unis dans l’espace".
Selon John Holdren, directeur du bureau de la Maison Blanche chargé de la science et de la technologie, en essayant de retrouver la gloire ancienne par des technologies vieillies, le programme Constellation menaçait l’accomplissement d’autres obligations très importantes et de la mission même de la NASA. L’administration et le bureau spatial soulignent : la totalité du programme habité américain n’est pas abandonné, mais uniquement le projet Constellation. Mais on ne fait qu’accroître le budget de la NASA en le répartissant parmi d’autres projets.
Le programme de vols habités sera poursuivi par des projets commerciaux ; dans une dizaine d’années, parallèlement aux fusées commandées par l’Etat, des lanceurs privés enverront des touristes dans l’espace, on fera apparaître de nouveaux sports : le spaceboard, le cosmoplanérisme, les sports extrêmes. 6 milliards de dollars sont affectés pour une période de cinq ans à la création (déjà sur une base commerciale) d’un vaisseau destiné à envoyer des astronautes sur une orbite basse et sur l’ISS (Station spatiale internationale). Des expéditions sur des astéroïdes sont également envisageables.
Les Etats-Unis ont opté carrément pour l’épargne, le changement de priorités, et même d’image, mais ils n’ont pas renoncé aux objectifs essentiels. Ils prévoient de créer de nouveaux emplois dans le secteur, ils recherchent de nouveaux partenaires et accordent une plus grande attention à la jeunesse. Malgré les cris sur la perte de souveraineté, la NASA accepte de louer des places à bord des vaisseaux Soyouz pour les astronautes sur l’ISS.
En ce qui concerne le principe de renoncer à ce qui est déjà engagé (le président George W. Bush avait proclamé il y a six ans une nouvelle stratégie spatiale), on a d’autres exemples dans l’histoire des Etats-Unis. En 1969-1970, le programme de vols habités vers la Lune a été annulé au profit du développement d’une flottille de navettes circumterrestres, et, en 2004, les investissements dans les navettes ont été à leur tour annulés.
Il en a été de même chez nous : le programme lunaire onéreux N1-L3 a été interrompu après une série de lancements échoués. Le tout récent livre, "S.S. Krioukov. Œuvres choisies", cite les dépenses consenties : 4 milliards de roubles (95,7 millions d’euros) au prix en vigueur en 1970.
Les acquis du projet lunaire américain seront minutieusement étudiés par un groupe de travail et certains d’entre eux seront employés dans d’autres domaines.
L’abandon du programme Constellation et des vols des navettes (leurs cinq derniers lancements auront lieu cette année, dans une semaine pour le premier) ne signifie pas que l’attention des Etats-Unis pour le projet mondial de Station spatiale internationale diminue. Au contraire, l’attention pour les expériences effectuées à bord de l’ISS, se renforcera, ainsi que le budget (plus de 3 milliards de dollars par an). Le spectre des expériences américaines à bord de l’ISS augmentera lui aussi. L’intérêt pragmatique s’explique par la recherche de résultats qui peuvent être utiles sur Terre.
En même temps, le directeur de la NASA, Charles Bolden, a déclaré que l’agence coopérerait avec l’industrie aérospatiale en vue de rechercher un moyen foncièrement nouveau de faire parvenir les astronautes sur l’ISS. Des accords ont déjà été signés avec sept compagnies privées pour élaborer des conceptions, des modèles et pour étudier les moyens de transport.
Le directeur de l’Agence spatiale russe (Roskosmos) a apprécié le changement d’accents mis dans le programme spatial américain, soulignant que cela ne se répercutera pas sur la Russie, mais que des changements étaient prévus. En ce qui concerne l’application du programme de vols habités sur la base du secteur privé, ce n’est pas nouveau, car tous les contrats avaient déjà été transmis aux corporations privées, a ajouté Viktor Blagov.
On nous a laissé entendre clairement que l’ISS fonctionnerait jusqu’à 2020 et même, comme l’a précisé Charles Bolden, « peut-être, plus longtemps ». Il faut pour cela recevoir l’accord collectif des pays partenaires prévu dans le courant du mois de mars.
Pour les 5 à 7 prochaines années, la Russie sera leader des vols habités. On se demande : au nom de quoi, pour obtenir quels résultats ? "S’il n’y a pas de concurrents, la cosmonautique russe, pourra-t-elle choisir une orientation juste ? demande l’expert Igor Lissov. Depuis un certain temps, le gouvernement semble s’orienter vers quelque chose de nouveau dans le secteur spatial. Aurons-nous suffisamment de forces et d’argent et, ce qui est essentiel, de volonté politique conséquente ?"
On sait que le budget de la NASA pour 2011 sera d’environ 19 milliards de dollars. Dans les cinq prochaines années, il est prévu de l’accroître de 6 milliards de dollars.
Bref, les Etats-Unis ont engagé une réforme, une révision des connaissances, des technologies, l’établissement d’un nouveau socle de la stratégie de l’activité extraterrestre, et tout cela se fait ouvertement. Nous devons apprendre à changer nos orientations, à déterminer notre avantage et à mettre en œuvre des projets. Nous devons aussi apprendre à faire une belle publicité à l’astronomie : attirer les enfants par des sites intéressants.
Ce qui est probablement essentiel, c’est le contrôle civil, parlementaire, car l’une des leçons à tirer de ce qui est arrivé consiste à savoir analyser, à écouter d’autres opinions et à ne pas considérer la position de son département comme la seule juste. Mais, pour cela, nous devons développer les institutions de la société civile.
Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.
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