Recrutement : les filières et liens institutionnels

revue de presse

« Dans l’armée, on vous respecte »


-  AP

« A la Défense, nous ne faisons aucune discrimination ; et nous n’avons pas de connaissance de l’origine » des recrues dans leur dossier, explique la ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie lors d’un entretien à l’Associated Press, en faisant état de témoignages très positifs de militaires envers l’institution.

« Moi je constate en allant sur le terrain, dans les forces, qu’il y a des garçons et des filles qui, souvent par leur prénom, parfois de par leur physique, visiblement sont d’origine étrangère, deuxième, troisième génération. Mais il n’y a aucune différence, ils ont exactement les mêmes promotions.

« Quand je discute avec certains d’entre eux d’ailleurs, il y en a qui m’ont confié que ce qui les avait le plus frappé lorsqu’ils sont arrivés dans l’institution militaire, c’est qu’on leur avait dit d’emblée ’Bonjour Monsieur’. Pour certains d’entre eux c’était la première fois. Ils m’ont dit : ’Dans l’institution militaire, on nous respecte, on a le sentiment d’être traités exactement comme les autres. Et le soir, en quittant l’uniforme, nous prenons le métro pour rentrer chez nous, nous nous faisons agresser et on nous traite de sale bougnoule »’.

Conclusion de Michèle Alliot-Marie : « L’institution militaire est un peu à part : elle sait intégrer professionnellement et elle sait assurer une promotion sociale jusqu’au plus haut. C’est une des rares institutions en France qui fait ça et sans tenir compte de l’origine ».

Se préparer physiquement : y penser assez tôt pour éviter toute méforme le jour des épreuves.

C’est important. La formation militaire c’est aussi une vie d’épreuves sportives permanentes.

Recrutement dans l’armée : c’est reparti

L’armée de terre a remporté son bras de fer avec le gouvernement. Elle va à nouveau pouvoir recruter largement. Durant l’été 2004, ses effectifs avaient pourtant été strictement plafonnés. Motivée par des raisons budgétaires, cette décision avait provoqué une sérieuse grogne de la hiérarchie contre la ministre de la Défense, Michelle Alliot-Marie (Libération du 25 octobre).

« Nous redémarrons une campagne de recrutement de haute intensité », s’est réjoui hier le général Thierry Cambournac, responsable du recrutement. L’armée de terre va pouvoir embaucher 16 900 jeunes en 2005. Soit 2 000 de plus que l’an dernier. Il ne s’agit cependant pas de créations d’emploi, mais du remplacement des départs en fin de contrat. « Nous sommes pleinement rassurés, car nous allons disposer de la totalité des effectifs dont nous avons besoin pour remplir nos missions », a indiqué le général.

Soldes

Fin 2004, Matignon a rendu un arbitrage budgétaire favorable à l’armée, de l’ordre de 60 millions d’euros. Un chiffre à rapporter aux 4 milliards que représentent les dépenses en personnel de l’armée de terre. Les militaires redoutent les effets de la réforme des finances publiques. Concrètement, l’armée va désormais recevoir chaque année une somme globale pour sa masse salariale, et non plus un certain nombre de postes budgétaires précis. A volume constant, si les soldes augmentent, les effectifs devraient être réduits. « 0,5 % d’augmentation, cela représente environ 20 millions d’euros », explique un officier. L’application brutale de ce principe faisait craindre à l’armée une réduction d’effectifs « de six à dix mille hommes » dès cette année. « Cela pourrait conduire à réétudier le dispositif des opérations en cours », avertissait, en octobre, son chef d’état-major Bernard Thorette. Message reçu à l’Elysée. « Lorsqu’on s’explique, on finit par se comprendre », résume un gradé.

L’essentiel du recrutement (15 000 postes) concerne les engagés qui ont intégralement remplacé les appelés du contingent depuis 2001. « Nous allons réserver 3 500 postes à des jeunes sans diplôme et en difficulté, précise le général Thierry Cambournac. Engager un voleur de Mobylette ou un taggeur, cela ne me pose aucun problème... à condition qu’il accepte de devenir soldat. » Enclenchée par la Marine nationale, cette démarche à vocation sociale n’est pas vraiment motivée par d’éventuelles difficultés de recrutement. Car les candidats ne manquent pas : en 2005, pour chaque poste d’engagé, 2,5 jeunes se sont présentés.

Combat.

Des difficultés existent toutefois dans des secteurs précis (métiers de bouche, informatique, etc.), alors que les spécialités de combat font le plein. Plus inattendu, l’armée de terre manque de candidats pour devenir pilote d’hélicoptère. Beaucoup d’embauches, mais peu de garanties de l’emploi. Les deux tiers des postes offerts sont des contrats à durée déterminée. L’armée n’offre un statut comparable à celui des fonctionnaires civils qu’à 80 % de ses officiers et sous-officiers. Pas à ses soldats.

Extrait d’un entretien* avec Michèle Alliot-Marie, ministre français de la Défense

Quel impact le « non » français au référendum sur l’Europe a-t-il eu sur la construction d’une défense européenne et l’articulation de celle-ci avec l’Otan ?

Les Français, même ceux qui ont voté non au référendum, restent fondamentalement attachés à la construction de la défense européenne : plus des trois quarts d’entre eux aspirent à une Europe capable de maîtriser les crises et de promouvoir la paix. La Défense constitue l’une des dimensions essentielles de la construction européenne. C’est aussi celle qui a le plus progressé au cours de ces trois dernières années.

C’est pourquoi, je suis convaincue que la Défense contribuera à rendre au projet européen son ambition et son dynamisme. La France estime par ailleurs qu’un rééquilibrage des responsabilités entre Américains et Européens en matière de sécurité et de défense est nécessaire au renouveau des relations transatlantiques.

L’Europe a une vocation naturelle de pôle actif pour contribuer à la paix, à la démocratie et à la sécurité dans le monde. Ses actions s’inscrivent dans une approche multilatérale et équilibrée des relations internationales. Le partenariat avec les Etats-Unis, dont l’Alliance atlantique est l’expression militaire, est un aspect de cette approche.

Quels sont, pour la France, les grands enjeux de sécurité auxquels son armée doit pouvoir faire face ?

Au-delà des missions de protection du territoire qui demeurent inchangées, le rôle de nos forces armées s’inscrit aujourd’hui dans un contexte international complexe.

Cet environnement est caractérisé par l’émergence de nouvelles menaces, notamment liées au terrorisme, par la prolifération des armes de destruction massive, par la multiplication des crises locales ou régionales. Aux missions traditionnelles des forces armées, viennent aujourd’hui s’en ajouter de nombreuses autres. On peut citer la prévention des crises, le maintien ou le rétablissement de la paix, l’intervention d’urgence au profit des populations victimes de catastrophes.

Le rôle de nos armées s’inscrit désormais dans une approche plus globale de la sécurité et de la défense. La construction de l’Europe de la défense contribue aussi à renouveler le contexte de l’intervention de nos forces, en s’ajoutant à la solidarité atlantique.

Les forces françaises participent à d’importantes opérations de maintien de la paix, notamment en Côte d’Ivoire où la situation demeure incertaine. Dans ce pays, comment voyez-vous le situation évoluer ?

Depuis trois ans, la France est engagée en République de Côte d’Ivoire, à la demande du Conseil de sécurité des Nations unies, de l’Union africaine, de la Cedeao et des autorités africaines. La force « Licorne » y agit avec constance et détermination, au service de la paix et en soutien de l’action de l’ONUCI. La légitimité de son action repose sur la résolution 1464 adoptée par le Conseil de sécurité le 4 février 2003 puis confirmée par les résolutions 1528 du 27 février 2004 et 1594 du 04 avril 2005. Le mandat de « Licorne » a été prorogé jusqu’au 24 janvier 2006.

La situation en Côte d’Ivoire est préoccupante. Et les conséquences de cette crise se font sentir sur toute la région. La solution ne peut être que politique : elle passe par l’exercice de la souveraineté populaire.

C’est pourquoi la France a souhaité l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 1633 du 21 octobre 2005 visant à assurer, avec le soutien des Nations unies, l’organisation d’élections incontestables, le plus tôt possible et, au plus tard, le 31 octobre 2006. Nous souhaitons qu’intervienne le plus rapidement possible la nomination d’un Premier ministre, comme l’a décidé le Conseil de sécurité, dont l’action sera déterminante dans les mois à venir.

Nous poursuivons notre action, dans le respect des engagements pris auprès de la communauté internationale et grâce à la présence de nos militaires sur place. Qu’ils soient déployés au sein de la force <> ou de l’ONUCI.

(...)

En 1996, à peine élu président de la République, Jacques Chirac avait choisi de professionnaliser l’armée française. Cette décision était intervenue plus de soixante ans après la publication par un certain Charles de Gaulle du livre « Vers l’armée de métier » et après un bon siècle de conscription. Quelles leçons tirez-vous de cette professionnalisation ?

La professionnalisation est désormais inscrite dans les faits. Confrontée à de nouvelles menaces et à un grand nombre de crises qui menacent la stabilité et la paix dans le monde, la France se devait d’adapter son outil de défense aux exigences et aux défis de ce nouveau contexte.

Cela représente des changements considérables grâce auxquels notre armée est plus opérationnelle et plus réactive comme que le démontre l’ampleur de nos engagements extérieurs.

Ils mobilisent actuellement plus de 10.000 hommes sur des théâtres d’opérations aussi divers que les Balkans, aux côtés d’ailleurs de nos amis marocains, la Côte d’Ivoire ou l’Afghanistan. Le format des armées, tel qu’il a été défini, répond aux besoins.

Dans ce nouveau contexte, nous nous donnons les moyens de conforter les acquis de la professionnalisation, en particulier en termes de recrutement au meilleur niveau. Nous recrutons chaque année 35 000 jeunes que nous sélectionnons en fonction de nos besoins. Malgré la suspension du service national, la Défense a su maintenir un lien très étroit entre la Nation et ses armées.

En France, vous êtes la première femme à exercer la fonction de Ministre de la Défense. Quelle est aujourd’hui la place des femmes dans l’armée française ?

La place des femmes dans la Défense n’a pas cessé d’augmenter depuis la suspension du service national. Elle passe de 6,5 % en 1995 à 13,11 % en 2005. Actuellement, il y a une femme sur cinq militaires recrutés.

A l’exception des unités de gendarmerie mobile et des équipages à bord des sous-marins, les armées ont largement ouvert leurs portes au personnel féminin. Aujourd’hui, nos armées pratiquent une totale égalité de traitement entre les hommes et les femmes.

*Entretien pour lematin.ma

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