Quel destin pour l’ISS ?

publié le samedi 18 août 2007

La question pourrait être formulée autrement : qui pourra-t-on voir demain à bord de l’ISS ? En fait, l’avenir de ce complexe orbital international unique en son genre est intimement lié à cette question. La perspective de conserver la composition actuelle de l’équipe travaillant sur la station n’est pas radieuse. A vrai dire, il n’y a en fait aucune perspective de ce côté-là. Et ce n’est pas tout. Les principaux patrons de l’ISS - les Russes et les Américains - ne sont pas intéressés, chacun à leur manière, à un travail ultérieur à bord de la maison orbitale qui reste commune, pour le moment.

A première vue, s’agissant de la Russie, cette dernière affirmation peut apparaître comme un sacrilège. Mais le problème n’est pas simple. Néanmoins, commençons par l’Etats-Unis.

Dimanche 12 août n’a pas été le jour le plus heureux pour le programme Space Shuttle, réactivé au prix de grands efforts. L’analyse effectuée a montré que l’ampleur des dommages subis peu après l’envol d’Endeavour est plus grave qu’on ne le pensait. Espérons que la navette achèvera ce vol sans problème. Une chose est sûre, cela ne rendra pas les Américains plus optimistes lors de la préparation des 11 autres missions de navettes prévues par le programme de l’ISS.

Nos partenaires (les Américains, ndlr.) ne rusent certainement pas en affirmant avoir l’intention d’achever le déploiement du complexe avant octobre 2010, date qui doit marquer l’abandon du programme de navettes. Mais l’apparition de difficultés insurmontables est toujours possible. Par exemple, le revêtement thermique est souvent abîmé, ce qui est évidemment dangereux. Cela se produit, dans telle ou telle mesure, au cours de chacun des vols des navettes dans l’espace.

Il se peut que les Américains ne puissent pas, pour des raisons purement techniques, poursuivre leurs efforts pendant encore deux ans et demi et qu’ils décident, très prochainement, de laisser leurs navettes définitivement au sol. A vrai dire, rien n’indique que ce scénario influera négativement sur l’astronautique du Nouveau Monde, entre autres, sur ses vols habités.


Par Andreï Kisliakov, RIA Novosti


Le fait est que, comme l’a maintes fois déclaré Michael Griffin, directeur de la NASA, l’objectif stratégique du programme des vols américains est d’étudier l’espace situé au-delà de l’orbite circumterrestre. Autrement dit, le projet ISS n’est plus une priorité pour le programme spatial américain. Sur le plan tactique, une information, publiée en juin, selon laquelle Roskosmos (Agence spatiale russe) et la NASA se sont mis d’accord sur un plan d’exploitation de la station pour « trois à quatre ans » n’est pas sans intérêt. Mais les Américains n’ont pas l’intention de changer de stratégie. Quant aux revers techniques des navettes, d’une part, ils mettront fin prématurément au programme et libéreront les 4 milliards de dollars annuels si nécessaires à la création du nouveau vaisseau Orion et, de l’autre, ils contraindront la NASA à revoir le programme d’utilisation de ses astronautes. Si les événements prennent cette tournure, on ne peut pas être certain que l’Agence spatiale américaine restera attachée aux vols vers l’ISS.

Essayons de trouver une raison un tant soit peu digne des Américains de poursuivre leur participation à ce programme. Les études communes avec la Russie ? Ce programme est restreint. Les expériences scientifiques américaines ? Leur volume est déjà insignifiant, de plus, il faut commencer à préparer dès demain les voyages vers la Lune et Mars que nos partenaires (les Américains, ndlr.) considèrent probablement déjà comme leur fief. Dans ce cas, leur absence sur l’ISS est loin d’être pour eux une catastrophe, pour ne pas dire plus. Restent les engagements envers les partenaires. Mais il y a tout de même un cas de force majeure...

Pour la Russie, au contraire, l’ISS est tout ce qu’elle possède dans le domaine jadis immense de la cosmonautique habitée. La perte de la station serait, on peut l’affirmer sans crainte d’exagérer, un coup tragique porté à tout le secteur spatial russe. Mais une question se pose : si elle est conservée, ce qui, en fait, n’est pas sujet à discussions, que faire ensuite et surtout comment ?

Ces deux prochaines années, nous n’aurons ni de Kliper, ni d’Orion. Par conséquent, seuls les vaisseaux Soyouz et Progress vont transporter les équipages et les cargaisons à l’ISS. Il est difficile, dans ce cas, de parler d’un accroissement du nombre de missions. C’est un fait connu que l’un des trois cosmonautes-astronautes travaille, pour l’essentiel, à remédier à toutes sortes de pannes qui surgissent à bord de l’ISS. Peut-on parler alors d’explorations sérieuses ? D’ailleurs, il n’y a pas de programmes scientifiques nationaux appréciables pour l’ISS. Plus précisément, ils existent évidemment sur le papier. Mais cela ne suffit pas, loin s’en faut.

Une autre circonstance oblige à qualifier la situation de la Russie concernant la Station spatiale internationale de désespérée. Fin 2005, les Américains ont consenti à payer les places de leurs astronautes à bord des vaisseaux Soyouz. Ensuite, en fonction de la situation de son programme Space Shuttle, la NASA peut envisager l’achat de vaisseaux Soyouz pour ses propres besoins afin d’envoyer ses astronautes dans l’espace. Dans les ateliers situés dans les environs de Moscou, on construira ces vaisseaux infaillibles qui volent depuis des dizaines d’années. Le travail sera donc assuré.

Mais c’est un travail du passé. Entre-temps, les Américains construiront et essaieront leur Orion et d’autres appareils prometteurs. La Chine et l’Inde mettent en œuvre en régime accéléré leurs programmes de vols habités en profitant, d’ailleurs, des dernières réalisations mondiales.

Dans ce cas, qui pourra-t-on voir demain à bord de l’ISS ?

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