En ce mois de juin, le monde frappe à la porte du Canada.
Notre pays s’est toujours considéré comme à l’abri des soubresauts vécus dans le reste du monde. Sa devise officielle est « d’une mer à l’autre » (« a mare usque ad mare »). Comme si ce pays « entre deux océans », était protégé, par ces étendues d’eau, des malheurs et turbulences qui frappent le reste du monde. C’est à partir de cette « tranquillité » qu’il pouvait envoyer ses missionnaires et ses soldats « participer... volontairement » aux grands mouvements religieux, sociaux et militaires de la planète. Ses prêtres allaient en Afrique combattre la maladie et le « paganisme ». Ses soldats allaient en Europe aider à faire pencher la balance en faveur des démocraties ou à Chypres et au Kosovo assurer la paix entre les communautés ethniques. Mais il croyait le faire par « générosité » et non par « intérêt » commercial ou politique. Ses citoyens ont refusé de participer à l’invasion de l’Irak et une bonne partie d’entre eux contestent la présence de ses soldats en Afghanistan, d’abord justifiée comme une autre opération de « maintien de la paix ». Ils considèrent que ce n’est pas « leur affaire ».
Certes, les attentats terroristes contre les villes de leurs voisins états-uniens ont remis en question la sécurité de leur insularité continentale. Ils ont sympathisé avec les victimes. Mais cela concernait le cœur de l’Empire, ce qui ne pouvait rien justifier, mais qui, dans l’esprit de plusieurs, expliquait tout.

Voilà qu’ils apprennent qu’une douzaine de personnes sont arrêtées et accusées d’avoir planifié une série d’attentats dans la capitale, Ottawa, et dans la métropole, Toronto. Ces personnes, se réclamant de la mouvance islamiste, vivent depuis longtemps au Canada et semblent bien intégrés dans le milieu socio-économique. Les malheurs du monde viennent de prendre souche en terre canadienne. Que s’est-il passé ?
Le modèle d’intégration des immigrants a-t-il des failles ? Les hauts-fonctionnaires anglophones du gouvernement central avaient concocté une politique de « multiculturalisme » susceptible de faire disparaître la dichotomie « bi-nationale et bi-culturelle » (anglo-franco), source des débats sur la place et la souveraineté des deux communautés fondatrices. Des politiques ont été mises sur pied et des fonds importants ont été consacrés au maintien des « diversités culturelles » et à l’émergence de leaders (souvent autoproclamés) dans les différentes communautés ethniques. On croyait que tout allait pour le mieux dans le « plus meilleur des pays » (pour reprendre l’expression attribuée à notre ancien premier ministre, Jean Chrétien, qui prenait souvent des « libertés » avec sa langue maternelle). L’apparition de cette menace terroriste, venue de l’intérieur, vient de contribuer à la remise en question d’une certaine « tranquillité ».
Les Canadiens se demandent maintenant si la généreuse politique d’immigration (pour combattre le déficit démographique croissant) ne devrait pas être revue pour suivre la tendance de ce qui se passe, par exemple, en France ou aux États-unis.
On dit que la « peur est mauvaise conseillère ». Comment rassurer les citoyens sans tomber dans les pièges d’un États policier. Le Canada va devoir se mettre à l’écoute du monde et des solutions débattues sur les places publiques états-uniennes et européennes.
De façon plus heureuse, le Canada est en train de se mettre à l’écoute du monde... ou plutôt du « mondial ». Le « football » était, pour ses citoyens, ce sport qui ressemble à celui que pratiquent les États-Uniens (avec une légère variante de règlements pour la version canadienne). Les communautés immigrantes ont grandement contribué à l’intérêt qu’il découvre pour cet autre « foot » pratiqué dans le reste du monde. Les bars où ses communautés se retrouvent se remplissent lors des matchs impliquant les différents pays d’origine. Les automobiles se déplacent avec les drapeaux nationaux ou les bannières des clubs-fétiches lors des finales. Et des fêtes spontanées sont organisées dans les rues lors des victoires.

Lors du Mondial tenu en France, les Québécois se sont mis à suivre les succès de leurs petits cousins français et à se réjouir de leurs succès.
Alors, sachez que nous serons devant nos écrans de télévision (même avec le décalage-horaire), avec vous pour participer à la grande fête du Foot et souhaiterons, comme vous, que de malheureux incidents ne viennent pas diminuer notre joie à nous joindre à ce temps pendant lequel les habitants de cette planète croient possible de faire quelque chose... ensemble... et de détourner nos tendances « combatives » vers des jeux où les concurrences ne débouchent pas sur la haine.
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