En cette octave du 14 juillet, nous pouvons nous arrêter à cette situation particulière
des Québécois à mi-chemin entre la capitale de l’Empire états-unien qui domine nos activités économiques et la capitale française qui alimente notre différence au sein de cet empire.
Il nous arrive souvent, comme Québécois, de devoir interpréter les uns aux autres, les Français aux États-uniens et vice-versa.
Selon les médias, les États-uniens seraient en pleine crise de francophobie à cause de la position prise par le gouvernement français dans les questions irakienne et palestinienne.
Il est vrai que la France ne se gêne pas pour dénoncer les abus de l’impérialisme états-unien. A titre d’exemple, j’avais bien aimé la déclaration de l’ancien Premier ministre Édouard Balladur :
« La mondialisation, ça ne veut pas dire la loi de la jungle, chacun pour soi et fait ce qu’il veut, ça veut dire le respect des règles du jeu. Il y a une règle du jeu dans l’Organisation mondiale du commerce, je souhaite que les Américains la respectent même s’ils sont les plus forts. »
Ce n’est certainement pas le petit caniche britannique, Tony Blair, qui oserait se permettre de rappeler à l’Empire les principes que cet Empire prétend défendre en imposant ses volontés au reste de l’univers.
Comme nos p’tits cousins français (je rappelle que le terme « p’tits cousins » se rapporte à la proximité généalogique et non à la stature internationale des membres de la famille francophone), il nous arrive d’être exaspérés par les États-uniens. Mais, comme eux, nous les aimons bien.
Il y a quelques années, nous avions été agréablement surpris d’apprendre que l’un des premiers corps militaires qui allaient remonter les Champs Elizées allait être un contingent de West Point, l’une des écoles militaires les plus célèbres des États-Unis ? On voulait ainsi souligner le bicentenaire de cette école et l’intimité historique des deux pays : les États-Unis n’auraient pu gagner leur guerre d’indépendance sans les troupes françaises et on n’ose imaginer ce qui serait arrivé de la France au cours de la dernière Grande Guerre si les États-uniens avaient décidé de rester chez eux.
J’ai pensé, en cet octave du 14 juillet, vous offrir un bel exemple de cette symbiose américano-française dans un extrait de description d’une parade de mode chez Dior parue, il y a quelques années, dans « Le Figaro » : le style est français ; le vocabulaire « à la mode » anglais. Mais tout cela est indubitablement Parisien !
« De l’énergie à revendre. Cet homme a de l’énergie à revendre. Qui ? John Galliano, qui, chez Dior, nous balance dans l’oreille les rugissements d’un chœur de gospel ultra-chaud, devant un maître de chant swinguant à mort remixé live par le DJ Jeremy Healy. C’était de l’adrénaline pure. Sur le podium, même jus, bien ficelé, envoyé sans faillir, sur un tapis de paillettes pur glam. Au premier rang, les habituels people rutilants 100% Dior se demandent jusqu’où tout cela va aller. »
Quand je lis des textes comme cela, je navigue entre la rage et la jouissance. La rage d’observer l’adoration inconditionnelle de tout ce que les États-uniens ont inventé. Mais aussi la jouissance de constater que la langue française est assez forte pour intégrer tous ces invités sans perdre sa personnalité et sa vivacité... comme le défilé du 14 juillet avait pu intégrer les cadets de West Point sans perdre sa Marseillaise !
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