Il ne manquait plus que cela à Tony Blair !
La guerre d’Irak a considérablement nui à sa carrière politique, il va devoir bientôt libérer pour son successeur sa résidence du 10 Downing street et voilà que quinze marins britanniques ont été capturés par les Iraniens dans le delta du Chatt-el-Arab qui sépare l’Iran de l’Irak. Les déclarations du Premier ministre ont naturellement traduit son impatience. Tantôt il laissait entendre que l’incident serait clos en quarante-huit heures, tantôt il menaçait Téhéran de « mesures bien plus brutales ».
Les premières semblaient prématurées, les secondes contreproductives. Car l’humiliation de la Grande-Bretagne pouvait durer plus longtemps. Il semble d’ailleurs que tel ait été le but de cette campagne de propagande de la part de l’Iran : provoquer Londres et l’Occident plus largement, les pousser à mettre à exécution leurs menaces de recourir à la force.
Les officiels britanniques ont affirmé que les marins patrouillaient bien dans les eaux irakiennes, conformément au mandat de l’ONU. Mais la question de savoir où se trouvaient exactement les marins n’a aucun sens.
C’est en 1975 que Téhéran et Bagdad sont parvenus à un accord sur le partage de l’estuaire du Chatt-el-Arab. Juste au milieu du fleuve. Le malheur est que cet accord a été compromis, sur le plan tant politique que physique. Saddam Hussein a déchiré en mille morceaux ce document dans les années 80. De plus, la notion de « milieu du fleuve » suppose une délimitation précise et immuable des rives, ce qui n’est pas du tout le cas du Chatt-el-Arab. Comme le rappelle Martin Pratt, directeur de University of Durham’s International Boundaries Research Unit, le tracé des rives se modifie au fil des mois, en même temps que les îlots de boue flottante. C’est pourquoi vouloir définir précisément la ligne médiane est une mission impossible.
La différence entre les coordonnées des lieux de capture des marins fournies par l’Iran et la Grande-Bretagne n’est que d’un mile environ. Il est clair que l’on peut discuter sur ce thème jusqu’à l’avènement d’une nouvelle ère glaciaire.
Ce qu’il importe de comprendre, ce n’est pas qui, de Londres ou de Téhéran, est le plus proche de la vérité, mais pourquoi l’Iran avait besoin, aujourd’hui, de ce vent de panique international.
Pour renforcer, dans les capitales occidentales, l’état d’esprit qui est effectivement en train de s’y renforcer.
Dans la plupart des capitales occidentales, on est majoritairement enclin à voir dans cet incident la preuve indiscutable que les fanatiques occultes de Téhéran seraient incapables de comprendre le langage de la diplomatie civilisée. Et qu’il faudrait abreuver cette horde d’émeutiers révolutionnaires conduite par Ahmadinejad, ce négationniste n°1 de l’Holocauste, ce fossoyeur d’Israël, des sanctions les plus implacables si ce n’est déverser sur elle les missiles tirés des porte-avions américains qui abondent dans le golfe Persique.
Il faut frapper douloureusement l’Iran, le plus fort et le plus vite possible.
Cette école de pensée perd de vue l’essentiel : L’Iran aspire à se poser en victime de l’Occident impérialiste, c’est le but inavoué de son jeu politique. Téhéran passerait ainsi aux yeux du monde musulman comme le défenseur le plus désintéressé, le plus dévoué à la cause de l’islam, forçant ainsi le respect dans cette partie du monde et, par conséquent, y gagnant en influence.
En outre, plus la pression de l’Occident sur l’Iran sera accentuée, plus fortes seront les positions des extrémistes iraniens et de leur chef, le président Ahmadinejad, face aux autres centres de force iraniens : l’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la révolution islamique, et le Conseil national supérieur de sécurité dont Ali Laridjani est le secrétaire. Flageller l’Iran à coup de mesures dures ou, encore plus, militaires, c’est comme punir un masochiste. Il tire jouissance de la punition infligée.
La communauté internationale n’a pas d’autres atouts, aujourd’hui, hormis la bonne vieille diplomatie et la patience, toujours la patience et encore la patience. Il est au plus haut point insensé d’aider l’Iran à se poser en victime.
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