Pourquoi l’Occident pourrait échouer

New York Sun

Version originale anglaise : How the West Could Lose

Adaptation française : Alain Jean-Mairet

Après avoir vaincu les fascistes et les communistes, l’Occident va-t-il maintenant parvenir à vaincre les islamistes ?

À première vue, sa supériorité militaire semble rendre sa victoire inévitable. Même si Téhéran se dote de l’arme nucléaire, les Islamistes ne disposeront d’aucun appareil militaire comparable à celui de pendant la Deuxième Guerre mondiale ou à celui de l’Union soviétique pendant la guerre froide. En quoi les islamistes peuvent-ils être mesurés à la Wehrmacht ou à l’Armée rouge ? Aux SS ou aux Spetznaz ? À la Gestapo ou au GKB ? Ou encore à Auschwitz ou au Goulag ?

Pourtant, un certain nombre d’analystes, dont votre serviteur, craignent que les choses ne soient pas si simples. Les islamistes (définis comme étant les gens qui exigent de vivre selon la loi sacrée de l’Islam, la charia) pourraient en effet obtenir de bien meilleurs résultats que les autres totalitaristes. Il se pourrait même qu’ils l’emportent. Car l’Occident, malgré toute la puissance de son matériel, présente des bogues logiciels qui pourraient lui être fatals. Trois d’entre eux – le pacifisme, la haine de soi et l’autosatisfaction – mérite une attention particulière.

Pacifisme. Dans les milieux instruits, on nourrit aujourd’hui volontiers la conviction selon laquelle « il n’existe pas de solution militaire » aux problèmes actuels, un mantra appliqué au Liban, à l’Irak, à l’Iran, à l’Afghanistan, aux Kurdes, au terrorisme et au conflit israélo-arabe. Mais ce pacifisme pragmatique veut ignorer que l’histoire moderne fournit de nombreux exemples de solutions militaires. Que furent donc les défaites de l’Axe, des États-Unis au Vietnam ou de l’Union soviétique en Afghanistan sinon des solutions militaires ?

Haine de soi. Des éléments non négligeables de plusieurs pays occidentaux – notamment les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël – croient que leur gouvernement est le dépositaire du mal et considèrent le terrorisme actuel comme le châtiment de péchés antérieurs. Cette attitude du « Nous avons vu l’ennemi : c’est nous » conduit à remplacer une réplique adéquate par le seul apaisement, accompagné d’une disposition à renoncer à ses traditions et à ses accomplissements. Ainsi, Oussama Ben Laden honore nommément des gauchistes tels que Robert Fisk et William Blum. Les partisans occidentaux de la haine de soi revêtent une importance exagérée en raison de leur rôle de faiseurs d’opinion dans les universités, les médias, les institutions religieuses et les arts. Ils servent aux islamistes de moudjahiddines auxiliaires.

Autosatisfaction. L’absence de présence militaire islamiste importante inspire un sentiment de dédain à de nombreux Occidentaux, surtout à gauche de l’arène politique. La guerre conventionnelle, avec ses hommes en uniformes, ses vaisseaux et son aviation, ses batailles sanglantes à la conquête de terres et de ressources, est aisée à comprendre, mais la guerre asymétrique contre l’Islam radical est élusive. L’emploi de cutters et de ceintures d’explosifs entrave la perception d’un tel ennemi comme un adversaire digne de ce nom. Ainsi, nombreux sont ceux qui, comme John Kerry, veulent traiter le terrorisme comme une simple « nuisance ».

Mais les islamistes déploient en fait des moyens redoutables dépassant largement le cadre du terrorisme local :

-  Un accès potentiel à des armes de destruction massive capables d’anéantir la vie occidentale.

-  Un attrait religieux qui possède des racines plus profondes et exerce une influence plus durable que les idéologies artificielles du fascisme ou du communisme.

-  Un appareil institutionnel élaboré, financé et organisé de manière impressionnante, en mesure de conquérir sa crédibilité, de susciter les bonnes volontés et de mener au succès électoral.

-  Une idéologie capable d’attirer les Musulmans de toutes sortes, du lumpenprolétariat aux privilégiés, des analphabètes aux universitaires chevronnés, des gens parfaitement intégrés aux derniers des psychopathes, des Yéménites aux Canadiens. Le mouvement échappe presque à toute définition sociologique.

-  Une démarche non violente – ce que j’appelle « l’islamisme légal » – qui concrétise l’islamisation par des moyens tant éducationnels que politiques et religieux, sans recourir à l’illégalité ou au terrorisme.

-  L’islamisme légal s’impose avec succès tant dans des pays à majorité musulmane, comme l’Algérie, que dans des pays où l’Islam est minoritaire, comme au Royaume-Uni.

-  Un nombre formidable d’activistes engagés. Si les islamistes constituent 10 à 15% de la population musulmane mondiale, leur effectif représente 125 à 200 millions de personnes, soit un nombre beaucoup plus élevé que la totalité des fascistes et des communistes ayant jamais vécu.

Le pacifisme, la haine de soi et l’autosatisfaction prolongent la guerre contre l’Islam radical et causent des victimes inutiles. Il semble fort probable que les Occidentaux de gauche ne pourront surmonter cette triple infirmité et affronter l’ampleur réelle de la menace qu’après avoir subi des pertes humaines et matérielles catastrophiques. Le monde civilisé devrait s’imposer tout de même, mais tardivement et en payant un prix exagéré.

Et si les islamistes se montrent habiles, évitent les destructions massives, se concentrent sur l’action légale, politique, non violente, et que leur mouvement reste dynamique, il est difficile de voir ce qui pourrait les arrêter.

4 commentaires

Marc (19 mai 22:58)
Si l’islamisme existe, c’est à cause de certaines injustice semaient par les Américains,et Israel qui eux massacrent chaques jour des innocents, sans se rendre compte du mal qu’ils font aux autres..tous ca pour l’Argent et le pouvoir...c’est la loi du plus fort, et l’islamisme malgré ses points négative, il essaye de rétablir cette justice avec ses idées et ses moyens, le monde doit réagir et plus se laisser faire...
Jérôme (12 juin 14:10)

Je remercie l’auteur pour cet article qui résume avec brio 3 maux dont sont atteints les pays occidentaux et qui ne sont pas sans me rappeler l’ouvrage « Le sanglot de l’homme blanc » de Bruckner. Ces idées se développent au fil des générations depuis l’après-guerre et la jeunesse semble désormais accepter ces idées tant par rejet du passé de leur pays que par adhésion dont nous pouvons espérer qu’elle n’est que temporaire, il faut que jeunesse se fasse...

L’Occident se réveille peu à peu, affaibli moralement par un confort dans lequel nous sommes tous tombés et obnubilé par des valeurs aussi nobles que non-universelles, les Droits de l’Homme. Ne devrions nous pas nous prémunir de l’évolution radicale de l’Islam dont l’auteur nous indique bien qu’elle représente un défi sociologique ?

Bilout (18 juin 17:10)

Je rejoins un peu les analyses précédentes. Comment ne pas autoriser une population du « sud » à acquérir ce que tous les occidentaux disposent ?

Comment ne pas répendre la haine, sans que nous fassions la guerre aux 4 coins du monde ?

C’est justement cette saveur d’injustice qui nourrit autant les islamistes. L’islam n’a jamais eu autant de puissance qu’après la chute de l’empire soviétique. Une super puissance, non matérielle, mais morale est née à la chute du mur de Berlin.

La mondialisation des idées va entrainer l’affrontement de deux civilisations (l’occident et l’islam). Que le plus humaniste des 2 l’emporte...

vittoz (2 juillet 23:57)
Du niveau des analyses du colonel suisse Ludovic Monnerat. La réponse ne se limite pas à des aspects militaires ou policiers mais sur le front des valeurs et du civisme contre le fanatisme. Ce sera plus long, non pas à cause de leur supposée puissance, mais de nous et de nos propres anticorps spirituels et moraux.
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