Petit séjour en pays de Francing

Par André A. Lafrance publié le lundi 11 décembre 2006

Non, je ne vous ferai pas le numéro du Québécois qui s’insurge contre l’utilisation abusive par les Français des termes anglais à la mode. Certes, je ressens toujours une petite tristesse à chaque fois que je constate que mes p’tits cousins de France préfère un terme états-unien (ou à consonance états-unienne) à un mot émergeant du vécu de nos ancêtres communs ou créé à partir du génie de la langue que nous partageons.

Mais, cette fois, je voudrais me livrer, lors d’un passage dans l’Hexagone pour des raisons professionnelles (le colloque Cap’Com à Tours), à une brève observation ethnologique. La lecture des médias, autant en éditorial qu’en publicité, m’amène à constater que la France est en pleine crise de « ing ».

Serait-ce une nouvelle version de la dichotomie « yin » et « yang » de la tradition chinoise ? Au niveau du discours, le « ing » serait-il en train de remplacer le « angst » emprunté à la langue germanique pour décrire différentes formes d’angoisses existentielles ?

Certes, nous étions déjà habitués aux parking , dancing (un peu ringard) et au pressing. Mais voilà que les boutiques spécialisées dans les modules de bibliothèque offrent des service de dressing . Des restaurateurs invitent les épicuriens à visiter leurs cuisines pour une semaine de fooding . Une publicité confirment que « les grandes figures du clubbing parisien avouent leur impuissance face au rentring... phénomène fondé sur le fait de quitter les soirées pour rentrer chez soi le plus vite possible. »



Que signifie cette soudaine fascination pour le « ing » des choses ?

Pour les anglophones, le suffixe « ing » implique une action en train de se réaliser. Elle a commencé, mais on ne sait quand elle va se conclure. Les p’tits cousins seraient-ils condamnés, par leur langage, à être toujours en train de faire, sans jamais espérer atteindre de résultat ? Ou seraient-ils auto-hypnotisés par ce qu’ils sont en train de faire au moment présent, n’espérant plus rien du moment suivant, du lendemain ou de l’avenir ? Je les sais, pourtant, capables de déconstruire le présent pour échafauder un futur différent. Alors, pourquoi tous ces « ings » lancinants ?

D’ailleurs, il me tente de les taquiner en leur signalant qu’ils devraient peut-être se préoccuper du véritable anglo-sens de certains des logos qui apparaissent dans leur paysage urbain. J’ai été amusé par le logo l’innovante Société de transports (publics) de l’Île de France. Il se présente sous la forme : STIF. Or le mot « stiff » en anglais veut dire « rigide ». Ce n’est sûrement pas l’image qu’on veut donner aux transports publics ! A moins qu’il ne s’agisse d’un lapsus freudien, témoignant d’une réalité qu’on n’ose avouer.

Il vaut, parfois, mieux d’éviter de se prendre pour des anglo-états-uniens !


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