Une nouvelle guerre froide ?
Les USA, une fois l’empire URSS écroulé, se sont imaginés seul cavalier chevauchant un monde désormais livré à l’uni polarité de leur toute puissance. Ecroulement célébré comme une victoire et générateur, au lendemain de l’éclatement de l’URSS, de ce qui devait être une nouvelle alliance de consolidation USA Russie. La fin de la guerre froide, si elle fut célébrée, ne le fut que dans le feu d’artifice de l’hyper puissance américaine. Un partenariat mort né aux règles tronquées par l’asymétrie colossale de l’Amérique ignorant non seulement les intérêts russes mais refusant d’en estimer les apports et en contrôlant son intégration dans le marché global
Par Jacques Trappler
Nous le savons aujourd’hui : l’uni polarité n’était pas viable.
Il convient de souligner que jamais, les USA et la Russie, dans ce monde multipolaire n’ont été ennemis.
Nous ne pouvons nous permettre une nouvelle guerre froide sous peine de relance d’une fatale course aux armements pour nos économies. Nous la voyons cependant poindre, mais cette fois, elle implique d’autres puissances ; risquant d’être illimitée, tant sur le plan nucléaire que conventionnel.
Que s’est-il passé depuis ?
Nous n’avons pas vu changer le monde, devenu multipolaire, accentué par des facteurs économiques pourtant programmés. L’explosion économique de l’Inde et de la Chine en est la conséquence logique. L’échec de l’aventure américaine en Irak et la sortie de crise - évènement moins récent - de la Russie, parachèvent le cadre de cette multipolarité aux projections elles aussi programmées.
L’émergence de nouveaux pôles géostratégiques autonomes dont les contours se mettent en place fait partie de cette multipolarité. L’OTAN est un de ces contours encore sûr, mais qu’en sera-t-il demain lorsque face à ce dernier se dessineront des forces aux budgets militaires colossaux ? Forces dont les espaces vitaux ne coïncideront pas nécessairement avec les nôtres ? Il n’y a guère de place pour une guerre froide dans ce qui nous sépare de ce nouvel ordre. La loi du mieux doté en ogives nucléaires et autres vecteurs NBC prévaudra ; veille de « guerre chaude » ? Nous ferions mieux de rechercher l’alliance avec la Russie, lui octroyer les fonds nécessaires (et conditionnels) pour réussir sa réelle démocratisation, puis de la rapprocher de l’OTAN plutôt que de l’isoler avec ses mégatonnes et mauvaises fréquentations.
La décision des USA de déployer des éléments de leur bouclier anti-missile en Europe est légitime si on prend en compte la multipolarité des risques de guerre « chaude » (celle qui éclate) ; elle permet d’assurer à l’OTAN et donc au monde libre, une avance dans l’espace temps qui nous sépare de futures « aventures » de puissances aux visées expansionnistes. La tentation d’y voir, de la part de Moscou, une relance de type guerre froide ne tient pas debout. La Russie devra, à l’avènement militaire des « autres » puissances géostratégiques, choisir son camp. Il serait judicieux de la rapprocher de l’OTAN et de lui confier un rôle de flanc garde de l’Europe. Aujourd’hui isolée, grande pourvoyeuse de technologies militaires de ces futures puissances, la Russie s’éloigne de l’Occident et de la « maison » Europe. Même si les confins de son territoire semblent justifier cette stratégie, même si le drapeau qui flotte sur ses isbas lointaines ne porte pas de croix, son camp est le notre. Si, à l’heure d’un choix crucial, ce n’était pas le cas, ses revendications de grande démocratie ne seraient qu’un leurre la plaçant, irrémédiablement, en très mauvaise posture : faire alliance avec ses clients (pas ceux du gaz, ceux des Mig35)
Parler de guerre froide est un déni de réalité : le monde bi polaire n’existe plus. Les idéologies fondatrices de ce que nous avons connu sont mortes ; les nouvelles feront froid dans le dos et ne se diviseront pas le monde en deux blocs mais fragmenteront nos démocraties par la divergence de valeurs et l’imposition de modèles économiques dont nous devront, par la force (en serons nous capables ? Mentalement ? Techniquement ?) nous prémunir.
La Russie est immense, ses intérêts vitaux sont désormais contenus sur son territoire ; elle n’a pas les moyens de s’exposer hors de ses zones et de s’opposer à qui que ce soit, Chine comprise dont toute « close-alliance » avec cette dernière ne ferait que l’éloigner de l’Occident. Son statut de super puissance est mort, il ne lui reste plus que le statut – peu envié ? – de super producteur d’armements stratégiques, statut que l’occident aimerait bien lui ravir…
Chine et Inde, sont aujourd’hui, avec les Etats-Unis, les seules puissances à dénominateur commun : ils sont tous trois colossalement armés et potentiellement plus « mégatoniquement » parés pour faire prévaloir leurs points de vues et imposer - pour les premiers - par milliards de travailleurs exploités, une nouvelle vision de la vie à un monde dont nous refuserions les modèles.
Le spectre d’une nouvelle guerre froide
Un des points pollueurs est la non résolution de la demande d’adhésion de la Russie à l’OMC et de la volonté américaine de limiter son rôle dans le domaine énergétique. Cette politique de Washington n’autorise donc pas les saines relations économiques et commerciales attendues par Moscou. Les divergences purement politiques russo-américaines se sont effacées au profit d’une redoutable concurrence au sein elle-même de la Communauté des Etats indépendants. Redoutable tentation d’aller vendre son gaz au diable.
Les désaccords et discordes s’expriment sans base idéologique mais sont servis par des discours propagandistes d’incompatibilité de valeurs. C’est cette brutale confrontation qui nous fait penser à une nouvelle guerre froide.
Des troubles profonds en témoignent. L’élargissement de l’OTAN. Le conflit israelo-palestinien. L’indépendance du Kosovo Le conflit Irakien. La remise en cause des accords sur le contrôle des armements nucléaires. La dénonciation de l’application (gel) du traité sur les forces conventionnelles en Europe (réarmement). Nous n’en sommes plus ou pas encore à la rhétorique de confrontation Occident-URSS mais les bases des rapports entre les deux camps datent de cette époque ; notamment en matière de sécurité dont les mécanismes, s’ils ont fait leurs preuves, n’ont pas été revisitées depuis. Les relations américano-russes resteront fragiles d’autant plus que les situations politiques intérieures constitueraient davantage un facteur aggravant que résolutoire.
Le « carburant » de toute nouvelle guerre froide pourrait s’enflammer face aux fragiles accords tels que la coopération en matière de défense anti-missile, du contrôle des armements (Sortie du FCE) et du nucléaire civil, voire la résolution du problème iranien par la force. Mais ce même « carburant » pourrait jouer un rôle stabilisateur entre les deux forces et permettre une collaboration salutaire sans autre confrontation que celle de la rivalité. On peut estimer qu’un développement de la confrontation entre Washington et Moscou ne servira aucun des deux intérêts.
L’Europe est au milieu, elle n’a pas besoin d’un remake.
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