Marignane 26 décembre 1994 - 17 h 12 - GIGN - L’assaut

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La chanson de Roland

Roland M. figurait parmi les 49 gendarmes du GIGN engagés à Marignane. Dans L’Assaut *, il livre un récit millimétré et sobre dont il révèle quelques anecdotes en avant-première.

Pourquoi vous livrer, et pourquoi maintenant ?

Un an après Marignane, j’ai quitté le GIGN pour commander l’ELI de Nouvelle-Calédonie. Là, j’ai entendu dans une émission beaucoup de c… Ca m’a un peu excité à l’époque, mais je ne suis pas écrivain. C’est un don qu’on a, et moi je ne l’ai pas. Quand je suis rentré en France en 2005, j’ai retrouvé un copain, qui justement l’avait. Je voulais raconter Marignane du début, quand je reçois le coup de téléphone au GIGN, jusqu’à l’assaut. Les 54 premières heures sont racontées en 170 pages, puis les 16 minutes d’assaut, en 60.


Interview réalisée par Jean-Marc Tanguy


Comment commencent ces 54 heures justement…

On était deux à la caserne, avec Olivier K. J’étais le chef du groupe qui était de première alerte. Après le coup de fil, le chef de la deuxième alerte nous a rejoints, 15 minutes après, et on a commencé à plancher tous les deux sur l’opération. Le commandant Favier était en vacances, et il est revenu vers 16 heures. On avait tout préparé, et il a pris le dossier pour une réunion au quai d’Orsay . On a eu le feu vert à son retour, deux heures après. Vu que j’étais l’initiateur, j’ai toujours été précurseur, ensuite. Je suis parti dans un Falcon 20 avec le commandant Favier, les négociateurs et le commandant du GSIGN, le colonel Janvier, pour Palma de Majorque. Là un Airbus identique à celui qui avait été détourné nous a rejoint, le samedi soir, et on s’est entraîné toute la journée du samedi à l’investir. Avant de rallier Marignane : les aiguilleurs du ciel ont été un peu surpris quand ils ont vu nos gueules enfarinées, nos armes… (rires). Puis l’Airbus détourné est arrivé vers 3 heures du matin, allant directement au milieu de notre nasse.

Puis c’est l’attente…

La négociation va durer jusqu’à 16 heures. Puis l’Airbus a changé d’emplacement, pour se positionner devant la tour de contrôle. On avait décidé d’intervenir à 17h30 mais à 17h08, ils tirent sur la tour donc on a précipité notre assaut qui va durer 16 minutes. 16 minutes de guerre, pendant lesquelles 1.000 à 1.500 coups vont être tirés de part et d’autres.

Quel est le moment le plus fort ?

Avant cet assaut, justement. Nous sommes à 800 mètres de l’avion, il est 17 heures. Nous étions 11 dans mon groupe. On se serre les mains, ce qu’on ne faisait jamais d’habitude. On se regarde. On n’est pas fiers car on sait qu’on va se faire descendre. Mais il y a cet effet du groupe. Même si on a la boule au ventre, on y va, parce qu’il y a les otages à sauver. C’est comme à la boxe, le plus dur, c’est d’arriver jusqu’au ring, ensuite, tout va de soi.

Qu’est ce qui fait la différence, ce jour-là ?

C’est un état d’esprit. Quand vous êtes au GIGN, vous avez une liberté totale dans la gestion de votre entraînement individuel. Vous êtes frais toute l’année et pas pressé comme un citron. On travaille la qualité. Quand vous êtes rentrés correctement dans l’avion trois fois à l’entraînement, pas besoin de le refaire 5, 6, 7 fois… L’équipage est venu nous voir à l’hôpital, trois jours après l’assaut. Il nous ont demandé comment on avait fait pour réussir. Moi, à l’époque, cela faisait 12 ans que j’étais au Groupe, 12 ans que je m’entraînais pour une opération de ce type. On ne peut pas la souhaiter, évidemment, mais inconsciemment, on l’attend, donc on est prêts, quand elle arrive. Ce n’est pas la chance qui nous fait gagner. La chance, cela n’existe pas. Si cela devait exister, ce serait la forme la plus élaborée et la plus aboutie de la compétence. Cet assaut avait été minutieusement préparé avec l’autre chef de groupe, Philippe. Tous les mois on s’entraînait sur avion, à Orly. On s’est retrouvés comme à l’entraînement, sauf que l’on est entrés à 30, et on est ressortis à 22. On a enlevé nos casques. Un de nous a sorti un paquet de clopes, il devait en rester trois ou quatre. On s’est mis en cercle, et on a tiré quelques taffes, en regardant l’avion quelques secondes.

A quoi ressemblait le Roland de 1994 ?

J’étais une bête de combat, 1,76m pour 85 kg tout en muscles. Un peu comme Thierry L…

Qui faisait partie de votre groupe, et qui sera blessé à Marignane, comme vous…

Il est juste devant moi quand on rentre. Il sera blessé au bout de 2 minutes, moi de 7. Je me suis retrouvé à plat dos entre deux sièges. Un terroriste, qui avait déjà été blessé par Thierry P., en rejoignait un autre. Je lui ai tiré en dessous de l’épaule… Ce jour-là, c’est Thierry P. qui est entré le premier, et il a fait un travail formidable. Il s’est fait tirer dessus immédiatement. Il a tiré une balle en pleine tête sur un premier terroriste dans le cockpit, a encore tiré sur un deuxième. Les balles qu’il a reçues l’ont fait tomber à l’extérieur du cockpit. En rentrant dans le cockpit, il avait focalisé l’attention des quatre terroristes qui y étaient, ce qui a permis à son groupe de rentrer dans l’avion, et de s’interposer entre les otages et le tir des terroristes. L’évacuation des otages s’est faite en quatre minutes, presque tranquillement, comparé à ce qui pouvait se passer dans l’avion à ce moment-là.

Sort-on intact mentalement d’une telle opération ?

C’est un peu le paradoxe : on a vécu 16 minutes d’une intensité extraordinaire, et puis la presse, les réceptions, tout ce qui a suivi a anihilé l’aspect traumatisant. Quelque part, tout ce la nous a servi de thérapie. Je le redis, le plus difficile c’est bien de monter dans l’avion. A ce moment-là, le cœur bat à 180. Quand je me suis retrouvé sur le dos, à me faire tirer dessus, je suis à 60. Mais même après l’assaut, on ne s’est pas relâchés. A l’hôpital, j’étais dans la chambre avec Thierry P. et un général et soudain on a entendu une rafale. Tout en dégaînant mon Manhurin, je dis à Thierry : « t’inquiète pas, s’ils arrivent je les allume ! ». Le général était entre nos deux lits, et en fait de terroristes, on a vu arriver les infirmières. Elles n’ont pas été contentes que l’on ait gardé nos armes ; le lendemain, on a dû les laisser. Thierry, qui avait reçu six balles dans le coffre me dit alors « qu’est ce qu’on va faire s’ils viennent pour de bon ? » Et là, je lui ai soulevé mon matelas, et je lui ai montré le P228 que j’avais gardé en douce… (rires)

* Editions Des Riaux. Sortie le 14 mai.

9 mai 2007

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4 commentaires pour cet article

  • franck7831 26 janvier 16:40

    Roland Montins est un héros, tout comme ceux qui étaient avec lui. Félicitations à eux, heureusement qu’ils sont là !!

    Répondre

  • damius 29 août 2008 21:03

    fabuleux et dementiel !!! des heros des temps moderne....merci au Groupe.

    Répondre

  • damius 29 août 2008 21:00

    respect absolu pour le gign ! ce qu’ils ont fait ce jour ci est extraordinaire et depasse l’entendement.MONSTRUEUX !!! bravo les gars.....

    Répondre

  • 28 juillet 2008 11:53

    Bonjour,

    Je désirerais parler à Roland MONTINS confidentiellement pourrais je avoir son Email.J’ai commandé son livre à la FNAC je l’attend depuis 15 jours.Ou peut t’on lui faire dédicacé son livre j’habite Marignane.Merci d’avance pour la réponse. Thierry

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