« Le rang de la France, c’est l’héritage que nous avons reçu de nos pères. » Nicolas Sarkozy
De quel rang s’agit-il ? De quel rang est-il question. Force est de constater l’inflation de tous les rangs. Notre capacité d’intervention militaire, ferait-elle partie de ce rang dont parle le président ?
Par Jean-Marc Trappler
L’héritage gaullien est bien présent dans les mots du président. La France, « grande puissance » le restera au XXI°siècle. Seulement voilà, une « grande puissance » doit disposer, comme au XIX° siècle, d’une écurie de course digne de ses ambitions. La France dispose-t-elle de cette écurie ? Cette écurie est-elle opérationnelle ? Si on écoute les palefreniers de service, rien n’est moins sûr ; le taux d’efficience est au ras des pâquerettes.
Ne fustigeons cependant pas Sarkozy - trop facile - la responsabilité incombe autant à ses prédécesseurs qu’aux képis étoilés qui n’ont pas su, ou voulu exercer le lobbying nécessaire pour faire évoluer la situation. Le Surcouf anonyme ferait bien de tomber les masques maintenant qu’il a atteint son but : celui de la prise de conscience d’un malaise aussi vieux que ses matériels . Ce serait plus crédible et plus courageux .
Des matériels en bout de souffle
Il nous faut, d’urgence, remplacer nos matériels les plus vieux et « rafraîchir » les plus récents autrement qu’avec un pinceau.
Les Puma sont à bout de souffle, moyenne d’âge 30 ans ; les Leclerc ne tournent plus qu’à moitié des effectifs. Et à l’heure où on espère vendre des avions ravitailleurs dernier cri à l’US Air force, les nôtres, datant des années soixante, vont jouer les prolongations. Quant à l’infanterie, elle manquerait de systèmes individuels de protection et en serait encore, pour l’essentiel de l’armement individuel, au système ancestral de visée œilleton guidon. Serions-nous les moins bien lotis des unités occidentales ? Il semblerait que oui, oui si on écoute les intéressés, oui si on se fie aux reportages TV et à la presse. La discipline ne doit pas pousser le vice à tout admettre, encaisser et se leurrer sur l’état réel de nos matériels.
Pourquoi un général attend-il la retraite pour dénoncer ce qu’il a couvert durant sa carrière ? Peut-être n’aurait-il pas eu ses étoiles, si, jeune chef d’escadron puis fringant chef de corps il aurait attiré l’attention de ses généraux, et, devenu général lui-même, attiré l’attention du pouvoir politique sur l’obsolescence rampante de nos matériels ?
Les conversations de popotes regorgent d’histoires de matériels défectueux, de missions réussies in extremis parce que seule la valeur des hommes n’a pas fait défaut. Ne plus avoir confiance en son matériel est la première marche d’une perte de confiance d’un autre type, et il ne faudrait pas en arriver là. Personne ne le mérite et encore moins ceux et celles qui s’exposent.
Que propose le patron ?
Ce que proposait en son temps Claude Allègre, ministre socialiste de l’éducation nationale : dégraisser le mammouth. Mais cette fois, le mammouth sera bien dégraissé et en en verra les côtes. On ne va pas reprendre les chiffres, ils sont connus. La tendance vers la miniaturisation est en cours. Les caisses sont vides pour les aviateurs, les marins et les biffins. Le renseignement et ses gadgets sera le grand gagnant, mais pas d’affolement, le catalogue papier glacé n’est pas encore disponible ; quant à ses articles, il faudra attendre une vingtaine d’année pour en disposer. Le temps de deux autres Libre blancs.
Où est donc la solution ?
Simple (avec l’accent américain SVP) : dans l’OTAN. Plus nous attendrons, plus le ticket sera cher. De toute façon, notre volonté seule de réintégration ne suffira pas à la hâter. Les anglo saxons défendront chèrement leurs postes...
En attendant, il faut se préparer à affronter les conséquences sociales de ce redécoupement. Juillet sera chaud pour les élus.