Livre blanc de la défense : chronique d’un ancien

De Livre blanc en Livre blanc, de dissolutions en dissolutions, les formatages et reformatages des armées n’ont jamais répondu qu’à un seul objectif : réduire, réduire, et réduire les coûts. Il n’y a jamais eu de dividendes de la paix comme nous avons pu le penser, naïvement au terme des années froides.

La menace change ? Super, on va réduire la voilure puisqu’elle n’est plus de nature invasive de masse. Mais qu’est-ce qu’on en sait réellement ? La poussée démographique du lointain Est et de ses centaines de millions de fugitifs climatiques sur nos frontières est européennes sera-elle contrôlable une fois franchi le glacis russe - fiction - en 2040 ? Nous avons été, sommes et seront le point de toutes les convoitises et cela devrait changer aujourd’hui ?

Les marchands de parapluie ne somnolent pas en été

Nous allons devenir les smicards de la défense si nous poursuivons dans la voie du rétrécissement de nos forces. Je me souviens, dans une autre vie, de l’arrivée du FAMAS et du PUMA à l’époque de la « bite et du couteau » - les anciens me comprendront – et des perspectives de modernité de nos armes. Quel progrès pour le fantassin d’aujourd’hui, héliporté comme naguère mais toujours avec le même PUMA, devenu poussif et son FAMAS dépassé ?

L’esprit Opinel demeure, et, avec, la discipline, c’est ce qui nous reste. Je me souviens des « bibis » du contingent faire la nique aux Marines dans les CEC d’Allemagne crapahutant avec des US17 à culasse soudée et raflant la mise, fiers d’épingler l’aigle argenté sur leurs tenues. Le « bibi » courait derrière son chef, le chef derrière sa mission et la mission était l’esprit. Il semblait qu’à cette époque, que le moral était meilleur. Truc de vieux con ? Peut-être mais peut être pas… Nous n’étions pas mieux transportés que ne le sont les fantassins d’aujourd’hui, les VTT X13 étaient spartiates mais en nombre et, ils tournaient ! Qui se souvient encore des rythmes infernaux des camps de Champagne et de Munsingen ? Les moteurs étaient rouges. L’essence, il est vrai, peu chère. Mais les coûts d’usage raisonnables. Il n’y a pas de nostalgie dans mes propos mais le souvenir d’une armée dont le taux opérationnel était très élevé et les moyens suffisants pour s’entraîner.

Comment suivre l’adage « entraînement facile guerre difficile – entraînement difficile guerre facile » si les moyens sont absents ? La défense devrait être la seule entité ou les moyens précèdent les résultats, or, c’est de plus en plus le contraire qui semble prévaloir depuis quelques années. En discutant ça et là avec les militaires, je sens de la prudence, de la réserve, et une vraie discipline, ce qui les honore dans ces moments difficiles. Mais ils ne parviennent pas vraiment à dissimuler leur angoisse d’être otages d’une situation dont leurs élus en marchandent la valeur. Sous-équipement, angoisse de la restructuration ; c’est toujours une question d’argent. Ce n’est cependant ni la faute aux militaires ni la faute à la nation.

Il n’y a plus de fric ! Même en miniaturisant « ça va coûter »

. 38 milliards d’euros par an c’est à peu près ce que nous coûtent nos armées c’est 12 de moins qu’il nous faudrait pour remplir nos objectifs. Alors que faire ? Revenir à des ambitions plus modestes en terme de présence militaire dont l’utilité directe peut parfois sembler illusoire ? Les anciens du Liban et d’ailleurs en ont fait les frais. Refuser les programmes d’armements ruineux aux coûts d’usages exorbitants ? Entre le spartiate et le sophistiqué il y a une marge que ne veulent ni voir nos industriels de l’armement ni certaines de nos étoiles. 15 Leclerc au Liban c’est 15 raisons d’arrêter les frais. Pas si sûr...

Le problème c’est que nous n’avons pas la solution et que nous voulons bien faire. Nous sommes à bout de souffle et la décision élyséenne semble la seule jouable si nous ne voulons pas tout simplement que notre armée implose.

Il faut saluer le courage de Sarkozy qui tente l’impossible : rester, en Europe, une puissance militaire qui compte tout en réduisant les plus inutiles de nos dépenses militaires.

Et s’il fallait conclure par une note plus aimable je dirai que malgré cette saloperie de Livre blanc, nous restons, avec les Britanniques, la seule puissance militaire crédible du continent.Ce n’est pas peu dire de l’état opérationnel des autres forces européennes ou de la sous-évaluation malhonnête que nous avons de la notre. Quoi qu’il en soit, nous restons une puissance nucléaire fiable dont la modernité et la crédibilité sont incontestablement établies.


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