Le mot « imposture » a même été brandi, et pas par des militaires lambda. « Surcouf », groupe anonyme d’officiers supérieurs et généraux ne se gêne pas – protégé par l’anonymat et c’est bien dommage – de fustiger les décisions présidentielles.
A l’heure ou, partout dans le monde, les budgets de défense augmentent, nous diminuons nos efforts. La nature des nouvelles menaces justifie, du point de vue présidentiel, la baisse de notre potentiel de défense, par une réorientation discutable et controversée.
Par Jean-Marc Trappler
« Surcouf » explique que la modestie de nos efforts de défense va à l’encontre ne nos intérêts et menace l’équilibre de nos forces. Le groupe réclame une étude des arbitrages budgétaires entre la défense notamment, et les autres budgets et d’affirmer que le Livre blanc n’ « en fournit pas l’armature conceptuelle » du fait de l’amalgame des menaces potentielles, mêlant terrorisme, guerre haute intensité, pandémie grippale et conflits tiers-mondistes. Des mesures derrière lesquelles on devine les enjeux industriels …
Small is beautiful-plus d’efficacité pour moins cher
« Surcouf » hausse le ton et dénonce l’imposture. C’est du costaud. Jamais, par le passé, nous n’avons connu une telle insatisfaction chez la Grande Muette. La création d’un commandement interarmées de l’espace en regard des besoins concrets et présents de nos armées fait tousser nos képis étoilés, quand elle ne fait pas rire jaune les sans grades. Le mot gadget a été prononcé. On réduit, on miniaturise, on remplace par de la très haute technologie – encore imaginaire – « au détriment de l’efficacité de l’instrument militaire ». Seulement voilà, le président a décidé de réduire la voilure et considère ce choix comme conforme – et plus efficace – face aux menaces de demain. Les militaires ont-ils été vraiment consultés ? Combien d’entre eux et lesquels auront participé à la réflexion ? Trop peu aux dires de certaines sources.
Militaires déçus
On n’a pas attendu, dans les popotes, les commentaires de « Surcouf » pour grogner, en ordre serré à la présentation du Livre blanc. Le malaise est patent. « Des vessies pour des lanternes », avec les commentaires ajustés… Les explications des auteurs du Livre blanc ne semblent pas entraîner de folles adhésions, autant dans les rangs des militaires que des civils attentifs à leur sécurité.
La France jouera désormais dans la division de l’Italie. Il est inutile de se payer de mots. » « Surcouf »
La politique de défense voulue par le président n’est ni négociable ni contestable, elle correspond à un choix suprême dont personne n’a à en nier la légitimité. C’est sur cette foi que la plupart des militaires évoluent. « Surcouf » ferait bien de s’en inspirer en tombant les masques rapidement tant l’anonymat corrompt la crédibilité de ses actes.
Cependant, entrés dans l’ère de la communication, les militaires, citoyens à part entière, peuvent s’exprimer sur ces choix puisqu’ils en sont les metteurs en scène, les acteurs et les aussi, les accidentés. Difficile exercice pour le commandement, civil et militaire, de faire cohabiter devoir de réserve, information et échanges d’informations par médias interposés alors que les mauvais exemples viennent d’en haut. « Surcouf » doit servir de révélateur et engager le pouvoir politique à une post-réflexion sur le sujet plutôt qu’introduire la dissension.
« On » paye aujourd’hui l’immobilisme des dernières années. « On » a fait de l’aménagement du territoire. « On » a rien fait pour s’adapter aux nouvelles menaces. « On… On… » Les politiques ne veulent toujours pas assumer la responsabilité de tous ces « on ». Notre armée aurait mérité plus d’intérêt ces quelques dernières années, des mesures adéquates auraient pu être entreprises avant qu’elle ne soit à bout de souffle et, de ce point de vue, Sarkozy s’est retrouvé seul au pied du mur.
Les choix, en matière d’équipement, n’ont pas toujours collé aux besoins réels, notamment en matière de transport aérien logistique. Notre effort s’est dilué dans des programmes superflus alors que s’amplifiaient nos opérations extérieures. N’avons-nous rien voulu voir venir alors que ces interventions se multipliaient, essoufflant personnels et matériels ? Les militaires ont soutenus seuls ces efforts, avec des matériels frisant l’obsolescence. Rien de pire que ces rythmes infernaux à vouloir à tout prix participer à toutes les opérations militaires conduites sur le globe et de ne pas en voir les usures. L’armée s’est mentalement projetée ailleurs, hors d’une France dont ont ne voyait pas qu’elle puisse être menacée et devenir le terrain des combats du futur (n’y sommes nous pas déjà) contre le terrorisme par exemple. Le Livre blanc recadre ces aspects et il conviendrait de passer des râleries aux réalités. La prise en compte des nouvelles menaces, si elle est crédible, ne doit pas nous mettre en position de ne plus assurer toutes les composantes qui, ensemble, garantissent une défense véritable. Il a fallu choisir et couper des branches essentielles de notre armée en les pointant du doigt et les accusant de gloutonnerie. La vérité est ailleurs : nous n’avons plus les moyens de nos ambitions. L’information est valable, aussi, pour les industries d’armement qui nous ont habitué à l’opacité.
Il ne fait pas jeter le bébé avec l’eau du bain, la décision de mutualiser les moyens, de regrouper les implantations est plutôt vécue positivement. La décision de renforcer notre réseau de renseignements correspond aux besoins et demandes des militaires. Nous seront certes mieux renseignés, mais avec quelles capacités d’action ?
L’évocation de guerre intérieure en milieu urbain et de type terroriste ne justifie pas vraiment une réduction des troupes terrestres d’autant plus que la tendance est aux projections multiples et durables, projections découvrant nos « arrières » donc nos bases hexagonales. Alors oui aux réductions des soutiens et prudence quant aux coupes parmi les opérationnels de « terrain direct ».
Nous jouions en première division, nous voilà promis à la seconde.
De Livre blanc en Livre blanc, de réductions en réductions, il ne restera que le bouton rouge du président… Dote de la France à OTAN ? Car enfin, comment peut-on espérer, à l’heure de la réintégration dans l’alliance, disposer d’un commandement alors que notre affaiblissement ne plaide pas en notre faveur.
Comment revendiquer le leadership d’une défense européenne alors que nous refusons l’effort que nous exigeons des autres ? Les Britanniques prennent, de fait, ce leadership.