Livre Blanc : Cessez le feu ! Il a des qualités…

On a beaucoup tapé sur le Livre blanc de la défense. Y compris notre rédaction. Cela suffit peut-être, non ? Et si nous nous arrêtions sur ses qualités ?


Par Jacques Trappler


Un des points positifs du Livre blanc est de n’avoir pas touché notre dissuasion nucléaire, rigoureusement indépendante. Ce qui n’est pas le cas, rappelons-le, de nos amis britanniques. Primauté de choix dont les forces classiques feront les frais, mais dont le maintien opérationnel à un niveau de modernité exceptionnel, est en absolue congruence avec nos objectifs de défense qui reposent sur la dissuasion. Et cela coûte très cher. On pourra toujours se sentir les bradés du système selon la forme et la couleur de la casquette ou du képi, mais en aucun cas floué sur l’objectif principal de notre défense : le maintien opérationnel de notre dissuasion nucléaire. La continuité dans la performance est assurée. Notre budget défense, en relation direct avec nos performances économiques, doit être maîtrisé selon ce critère, et non pas calqué sur des ambitions aux coûts vertigineux. Le citoyen que je suis ne peut qu’approuver et s’il ne reste qu’un porte-avions, le Charles-de-Gaulle sera celui-là.

Nous restons, avec le modèle approuvé par le président, crédibles pour nos capacités de défendre nos intérêts vitaux. Tout ennemi convoitant notre territoire ou menaçant nos intérêts directs réfléchira à deux fois avant d’agir. Le risque potentiel de subir une frappe nucléaire multiple n’en vaudra pas la chandelle.

Il ne peut y avoir de gain avec une telle conduite hostile, d’où quelle vienne. C’est donc une simple question de bon sens, non seulement économique, que de réduire la voilure dans les secteurs classiques de défense dont l’obsolescence et la nouvelle politique sécuritaire justifient suppressions et réductions. Lorsque Hervé Morin déclare que la défense n’a pas vocation à faire de l’aménagement du territoire, il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre que c’est non seulement une réalité mais une hérésie que d’en poursuivre la pratique.

Les efforts financiers consentis pour notre défense ne doivent pas servir, par saupoudrage, des intérêts dont l’opérationnalité globale pâtirait. C’est le risque lorsqu’on conserve, par faiblesse ou clientellisme, une panoplie dommageable à notre économie.

S’il y a trop d’avions et trop de chars, à attendre une hypothétique invasion du territoire, réduisons-en le nombre si leur inutilité est prouvée. Les experts ont fait leur travail, le président a tranché.

Mais attention : n’oublions pas de réviser à la baisse nos ambitions d’interventions tous azimuts du moins tant que notre organisation militaire ne se sera pas adaptée aux menaces décrites dans le Livre blanc et projetable selon le modèle avancé. Cela veut dire que nous allons devoir rapidement passer d’une logique et d’une organisation de garde-frontière à un raisonnement plus subtil où la force du renseignement et la projectibilité d’acteurs très bien équipés seront la règle. C’est l’essence même du Livre blanc. La fermeture des champs de bataille d’hier et l’ouverture de nouveaux espaces de combats doivent rapidement prendre possession de nos esprits. Cette réflexion n’est pas nouvelle, mais ce qui nous dérange, c’est le chamboulement de fond. Ce n’est pas les guérillas terroristes et autres qui s’adapteront à nos méthodes, mais nos méthodes qui s’adapteront à leurs menaces. Pour rendre le système efficace, il faut une haute compatibilité de méthodes puisque nous sommes appelés à combattre aux côtés d’alliés qui partagent nos réflexions, avec, pour la Grande-Bretagne, quelque avance. Seuls, nous ne serons plus jamais en mesure de faire face, et c’est dans cet esprit de coopération et de standardisation que nous devons orienter nos efforts.

La « grandeur de la France » est devenue une formule linguistique dont la plupart des citoyens ne veulent plus payer la facture. Il faut en tenir compte et admettre que les valeurs véhiculées par ces mots ne font plus vibrer.

Mais ceci est un autre débat...

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9 commentaires

RC (26 juin 10:01)
:-))oui le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale a des qualités pour l’aspect stratégique. Par contre pour l’aspect « lien armées-nation » là il y a du souci à se faire. Et pour l’instant cela ne semble intéresser personne.

Voir en ligne : http://www.esprits-defense.org

humitata (26 juin 10:34)
excellent article, merci pour la réflexion
Scipion (27 juin 14:58)

Le LP a des qualités et de plus il rationalise les forces et supprime des sureffectifs dont le coût pese dramatiquement sur nos programmes d’equipement. Il préserve nos savoir faire militaires et techniques (R&D) ce qui est critique pour notre autonomie et l’avenir si une menace de grande ampleur venait a réapparaitre. Le principal est sauvegardé ce qui n’était pas évident.

Ceci dit pour un tel budget, le contrat opérationnel qu’il propose est trop faible surtout sur la puissance aérienne projetable, et le contrat de 30 000 h affiché. Manque d’ambitions sur ce plan et sur les objectifs de rationalisation au profit des équipements.

Suffren (27 juin 19:41)
Je vois peu de choses à jeter dans ce livre blanc, pour la bonne raison qu’il est pragmatique. Pour une fois les politiques ouvrent les yeux, regardent la réalité, et nous donne un lb qui a du sens. Du sens sous sa double acception, c’est à dire « du fond » et « une direction ». Pragmatique car l’analyse du contexte, tant stratégique qu’économique de notre pays est fondée et sincère. Pragmatique car il prend en compte nos besoins en matière de sécurité et y répond avec intelligence et sincérité. Est-il besoin de répéter la phrase de Paul Reynaud qui circulent sur les bancs de l’Assemblée et dans la bouche du ministre de la défense : « Nous faisons le choix de l’armée de nos besoins et non celle de nos habitudes ». Outre notre indépendance en matière de dissuasion, que vous signalez fort à propos, nous conservons la capacité d’entrée en premier sur un territoire et de diriger une coalition ad hoc. Quand on sait comment le général Cuche est entré au Kosovo en 1999 avec des soldats compétents et motivés mais avec des débris de matériels, quand on se souvient qu’avec une armée de 300 000 hommes nous avons eu du mal à projeter 12 000 hommes au Koweit... Les conséquences du livre blanc seront certainement (à terme) bénéfiques pour l’équipement de nos forces. Vaut-il mieux 50 000 va-nus-pieds improjetables en un an ou 30 000 bien équipés en six mois. Depuis l’expédition de Suez, nous n’avons jamais projetés 50 000 hommes et loin s’en faut... Contre quel ennemi serions nous appelés aujourd’hui à projeter 50 000 hommes en franco-gaulois ? Bien sûr l’on peut regretter le sac bergam et le sous-casque léger, le bambou dans la rizière et les pataugas du bled. Mais Ce monde est révolu. Cette réforme est bonne pour une seule raison, c’est qu’elle est nécessaire. Quant à ceux qui considèrent que la seule logique qui a prévalue était celle de la RGPP, je pense qu’ils se trompent. Et tant bien même, lorsque l’on sait que la France est endettée de 1300 milliards d’euros ce qui représente par citoyen la somme rondelette de 47 000 euros... Faut-il supprimer le plan cancer, le plan alzheimer, conserver la même couverture sociale, baisser les salaires, les retraites ?... Un peu de bon sens. Le seul remboursement des intérêts de cette dette que mes aînés me laissent en héritage est supérieure au budget de la défense.Je trouve que l’exercice d’équilibriste entre protection des citoyens et responsabilité en matière budgétaire peut être discutable mais il est courageux, claivoyant et citoyen.
Frenchy69 (7 juillet 19:57)
Rappellez moi de combien augmente le budget militaire des autres nations ? et combien le notre ? On ne peut pas compter que sur le nucleaire, sa voudrait dire « Si on nous attaque, c’est guerre nucléaire et fin du monde ». On ne peut pas réduire les forces classiques, c’est irresponsable. Vous dites que le livre blanc sera bénéfique à terme pour l’équipement de nos force, un fantassin mieux équipé ne vaut rien face à un blindé, et c’est pas avec 300 leclers dont une partit en révision, 20rafales et un porte avion souvent hors service pour maintenance, que la France pourrait se faire une place dans une coallition. La France et les pays de la vieille Europe voient leurs budgets de la défense stagner alors que partout ailleurs sa grimpe en flêche, sa vous fait pas peur vous ? Et dites pas « ya le nucleaire » car au moment ou on balancerait une bombe chez un ennemi celui ci répliquera direct et on verra aussi une Bombe nucléaire tomber sur Paris. Du moins c’est un gros risque, et dans tous les cas il y aurai bien plus de victime civil que si on utilisait une attaque classique. Donc utiliser la dissuasion nucléaire et dire « on a la bombe alors on peut baisser les effectifs des forces classiques » c’est irresponsable et trop facile.
Jean (9 juillet 16:57)
Tout ça pour dire que l’on a une plus petite bite qu’avant. Beaucoup plus petite. Et molle en plus.

Voir en ligne : http://www.psychologiepolitique.com...

Olivier (10 juillet 02:49)

Suffren nous parle de la dette de la France, dette qui a été contractée par des traitres pour asservir notre Nation à leurs projets mondialistes. Avec succès du reste, puisque nous sommes docilement retournés dans l’OTAN en échange de quoi, l’argent des allocs pour les gueux pervertis continue de tomber.

La dette, tu vas voir à quelle vitesse elle va être soldée : Un coup de gomme et c’est réglé.

Marielle (13 juillet 21:28)
C’est juste de dire que ces réductions de personnels pourront a terme améliorer la condition de ceux qui resteront ... mais pourquoi ne pas également réduire les budjets des frais de fonctionnement des différents états majors ? Après tout nos bien aimés généraux devraient aussi être mis à la page. Et je sais de quoi je parle ...
eh_bien (17 juillet 11:40)
Je remarque a priori qu’al qaïda ne s’embarrasse pas trop de ce style de problématique technologique et bien que leur opération soient d’une horreur criminelle indescriptible, elles sont craintes. J’ai bien peur que nous nous laissions aller à une dérive technologique que le niveau de recrutement de nos forces ne soient pas capable d’assimiler et donc d’utiliser de manière efficiente, et par la même on oublie que le fantassin, par exemple, revêtu de la panoplie félin, d’ailleurs fortement allégé par nos carences à faire aboutir ce programme aussi bien industriellement que surtout financièrement, devra rester capable de faire, au moins à l’entraînement, un 8 km commando, pour plus… Je reste persuadé que nous essayons difficilement de développer une coûteusement asymétrie que nos moyens humains ne nous permettent pas de maîtriser, alors que ces moyens sont déjà déficient physiquement et mentalement à mettre en œuvre le fonctionnement de base du combat. Hormis la Légion Etrangère qui a le choix au recrutement de part le volume qui se présente pour servir dans ses rangs.
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