Liberté d’expression des militaires et déraillements sur les blogs et forums

publié le mercredi 19 novembre 2008

La liberté d’expression, pour les militaires, est désormais reconnue depuis juillet 2005. Les forums et blogs divers fleurissent. Dans leur sillage, des hommes et des femmes, sous couvert de l’anonymat des pseudos, profitent de la Toile pour communiquer.

Entre l’expert géostratégique qui signera de son nom et le « grenadier noir » anonyme qui exposera ses campagnes et secrets d’Etat sans le savoir, il y a la masse des forumeurs qui profite, sainement, de l’aspect loisir, détente et rencontre de ces espaces de communication. C’est plutôt une bonne chose.


LE forum de référence


Les réseaux sociaux, sur le Net, se structurent comme s’emboîtent des pièces de Lego, au fil des bonnes et mauvaises imaginations.

Le problème de ces immenses constructions virtuelles est que l’anonymat permet violations des chartes et débordements. Si certaines pièces de ces constructions « vérolent » les forums, ce sont elles qu’il faut pointer du doigt et non pas la liberté d’expression accordée aux autres joueurs. La personnalisation prochaine des IP permettra de neutraliser, ce qui n’est que partiellement possible aujourd’hui, les « véroleurs » de service. La modération est généralement un outil de contrôle efficace, mais aux mailles assez larges pour y laisser passer ce qui ne constitue pas, à priori, de délit.

Si le problème des fuites est bien réel, ce n’est pas Internet qu’il faut incriminer, mais le comportement de certains et bien au-delà, leur responsabilité directe.

Il conviendrait que le Législateur engage à ce sujet une réflexion aussi profonde que celle sur les copies illégales via le Net. L’institution militaire pourrait, en parallèle, engager directement et rapidement un dialogue avec les vecteurs de communication incriminés en créant une cellule d’étude et de réflexion. N ’y aurait-il pas, derrière tout ce pataquès, tout simplement une baisse de moral dans les armées ? En tout cas, nul ne se gène, à tous les niveaux de la hiérarchie de le formuler.

Les fuites, conscientes ou inconscientes, se retrouvent autant sur le Net que sur les porte-clefs USB d’utilisateurs qui négligent les consignes de sécurité.

Il conviendrait peut-être de durcir les accès d’informations classées, à la source, et de n’autoriser en enceintes militaires et opérations que les téléphones portables aux fonctions limitées à la téléphonie et bannir les appareils numériques des paquetages. Il suffirait de modifier les règlements et, comme au bon vieux temps de la presse interdite pour les militaires..., de les appliquer.

Plus l’institution dénoncera les effets supposés pervers des forums et blogs, plus elle donnera de publicité à ces derniers. Psychiatres bienvenus…

Louis Pinou

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5 commentaires

Bonaparte (2 septembre 22:41)
Limiter l’expression des militaires ne sert à rien dans un monde où la communication est omniprésente. Ce n’est pas du tout dans le sens de l’Histoire et cela couperait encore davantage l’institution militaire de la société civile. Tout au plus peut-on expliquer aux militaires les enjeux cachés de l’information et de la désinformation et les sensibiliser au décryptage des phénomènes médiatiques. Le devoir de réserve doit aussi être réaffirmé. Il est temps aussi pour l’institution militaire d’écouter ses forces vives et de progresser dans le dialogue interne, cela évitera une partie du défoulement que nous avons pu entrevoir sur certains sites et blogs. Toutefois, beaucoup d’allusions au manque de moyens sont perspicaces et méritaient d’être portées à la connaissance de nos concitoyens. En ce qui concerne l’usage des téléphones portables- appareils photos numériques, l’interdiction est une gageure : il vaut mieux prévenir et encadrer, voire récupérer (certaines images pourraient être utilisées avec efficacité). Enfin, plutôt que de se méfier des TIC, pourquoi la Défense n’investirait pas ces réseaux avec un peu de modernisme, d’ouverture et d’audace... Il en est temps !
gf68935 (11 octobre 19:24)
Bonjour, cela confirme,comme l’indique le chef des armées, l’importance du renseignement ainsi que des éléments de protection de l’armée (SSI et chiffre). La guerre n’est plus sur le terrain mais bien dans l’opinion public.
Zoom (27 octobre 11:07)
La réalité est simplissime : la Grande Muette reste muette - le % de militaires qui s’expriment sur le net est infime (à peine 0,5%)... N’auraient-ils rien à dire ??
ji_louis (17 novembre 16:59)
Ce n’est pas qu’ils n’ont rien à dire (il suffit de les entendre au mess), c’est qu’ils n’osent pas trop s’exprimer de peur du retour de baton.
billoute (19 novembre 14:58)
Bon, moi je suis un ancien militaire et après une longue carrière, je me sent désormais un peu plus libre pour oser m’exprimer. Je suis convaincu que la liberté d’expession est une bonne chose dans la mesure où elle a été inexistante pendant trop longtemps, cependant je n’accepte pas ceux qui tapent sur l’institution sans véritables raisons, uniquement parcequ’ils se sont trompés de métier, qu’ils n’oublient jamais qu’on est pas venu les chercher et que comme on nous l’expliquait dans un autre temps « si tu n’es pas bien avec nous retourne chez les pékins ». Le métier militaire a cela de particulier que l’on ne peut véritablement jamais compter être défendu par le pouvoir politique qui connait très bien les limites de notre statut, pas plus d’ailleurs que par la haute hiérarchie étoilée plus soucieuse de ses acquis que de la défense des subordonnés. Moralité, faites vous plaisir si vous le voulez sur tous les blogs possibles mais interdisez vous de pratiquer la critique ou la délation gratuite à l’égard d’une institution qui fait souvent du mieux qu’elle peut avec les moyens dont elle dispose ; il est vrai qu’on y croise malheureusement parfois de vrais cons mais leur rareté en comparaison de ceux qui peuplent le monde de l’entreprise doit nous conduire à une relative modération dans les propos exprimés de manière anonyme, fermez le ban et respect à tous nos camarades actuellement en opex.
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