Le 30 septembre dernier, un viaduc s’est effondré sur une autoroute assurant la sortie de l’île de Montréal. Trois véhicules sont tombés avec la travée de béton sur d’autres qui circulaient plus bas. Les Montréalais ont appris la nouvelle à la radio. Un jour de semaine, la nouvelle se serait répandue d’un bureau à un autre. Durant le week-end, cela prend un peu plus de temps, au hasard d’une oreille plus attentive au son d’une radio d’atmosphère ou d’une rencontre au supermarché.
Ceux qui avaient des parents ou amis susceptibles d’emprunter l’une de ces deux voies (l’autoroute ou la transversale) se sont mis à téléphoner pour essayer de les rejoindre et de se rassurer. Les autorités ne pouvaient donner les noms des personnes blessées dans la chute avant d’informer leur famille. Et elles ne pouvaient surtout pas dire combien de véhicules se trouvaient écrasés sous l’amas de béton. La télévision donnait des images en direct des travaux accomplis pour rendre possible le travail des sauveteurs. On débusquait les témoins retournés à leur domicile pour décrire le choc et le courage de certains d’entre eux s’étant lancés au secours des victimes.
Les journalistes faisaient déjà leur travail d’enquête. Qu’est-ce qui s’était passé ? Quels peuvent être les causes de cet effondrement ? Les services publics essayaient, durant un week-end, de s’organiser une stratégie de communication. Les chefs de cabinet des autorités politiques de tous les niveaux de gouvernement préparaient la « visite » de leurs patrons sur les lieux et devant les caméras. Les conseillers de toutes espèces travaillaient à la rédaction des communiqués de presse et des déclarations officielles pour démontrer d’abord la sympathie de chacun des ministres, députés et maires envers les familles des victimes, puis la prise en charge des décisions qu’il fallait prendre. Après le ballet des autorités venues, chacune, faire leur petit « pas de deux » avec les journalistes, ce furent les entrechats des experts. Ces derniers sortaient de partout pour venir donner leur explication à l’accident et, surtout, leurs prophéties « nastradamussiennes » quant aux catastrophes dont le présent incident n’était qu’un signe précurseur de l’effondrement du système routier mal entretenu depuis des années.
Le danger pour les citoyens automobilistes se révélait omniprésent. A écouter les experts et les journalistes, les Québécois pratiquaient, sans le savoir, le lotto-viaduc. C’était une menace qui ressemblait à une nouvelle forme de terrorisme, celle de l’acier et du béton voulant nous punir de les avoir ignorés dans nos priorités budgétaires collectives.
Cela ressemble étrangement, en micro-format, à ce qui s’est passé le 11 septembre à New York ou dans toute autre ville victime d’attentats ou de catastrophes. Ce qui prouve bien que, même (et peut-être surtout) dans le malheur et l’angoisse, la nature humaine a des dénominateurs communs. Cela, on le sait. Mais c’est bien différent quand on le vit.
Les expériences des autres peuvent-elles nous servir ? Il n’est pas sûr que nos propres expériences nationales peuvent nous aider à prévenir ou à assumer. Il y a quelques années, un viaduc en construction était tombé sur une voiture et tué son occupant. On avait alors promis de mettre en place des mesures très sévères de contrôle des travaux de voirie. Mais, dans le présent cas, c’était un ouvrage datant de plusieurs dizaines d’années. L’histoire ne se répète jamais tout à fait de la même façon.
L’aventure irakienne des États-uniens ressemble-t-elle à leur aventure vietnamienne ? Le général « à réputation d’incorruptible » que les militaires thaïlandais ont nommé comme premier ministre après leur coup d’état pourrait-il être un nouveau Pétain ? Les luttes fratricides des partisans du Hamas et du Fatah dans l’enclos de Gaza ressemblent-elles à celles de la Commune de Paris encerclée par des troupes étrangères ? Le cas du frère de Segolene Royal nuisant à sa campagne pré-présidentielle en remettant de l’avant l’association de leur frère à l’histoire du « Rainbow Warrior » ressemble-t-il à la naïveté délinquante de Monsieur, le frère de Louis XIII ?
Voilà un jeu de société sans fin. Ces associations sont-elles des sous-produits de l’Histoire ? Ou les utilisations que nous en faisons pour trouver un sens ou un chemin seraient-elles notre véritable Histoire ?
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