22 ans après, les effets de Tchernobyl restent incertains

Accident de Tchernobyl : l’anniversaire de la tragédie commémoré à Minsk

L’opposition biélorusse a organisé à Minsk un meeting consacré à l’anniversaire de l’accident de Tchernobyl.

L’explosion qui s’est produite le 26 avril 1986 dans la centrale nucléaire de Tchernobyl (en Ukraine) constitue l’accident le plus grave connu à ce jour dans le domaine du nucléaire civil. La destruction d’un réacteur de la centrale, suivie d’un incendie ont provoqué une fuite sans précédent de matières radioactives dans l’atmosphère.

Dans leurs discours au meeting, les dirigeants de l’opposition biélorusse condamnent la tendance des autorités à dissimuler les conséquences de cette tragédie et dénoncent le projet de construction d’une centrale nucléaire en Biélorussie.

Les manifestants ont observé une minute de silence à la mémoire des victimes de l’accident de Tchernobyl.


Vingt deux ans après Tchernobyl, les scientifiques n’ont pas évalué de manière définitive les effets sur la population. Il n’existe toutefois pas de menace grave.

Au cours de ces vingt ans, la Suisse par ailleurs a nettement amélioré la mesure de la radioactivité, conclut un congrès scientifique organisé à Berne.

Depuis l’incendie qui a ravagé le réacteur de la centrale nucléaire ukrainienne de Tchernobyl, les scientifiques enquêtent sur les conséquences à long terme de cette catastrophe sur la population. Les cancers, et en particulier ceux de la tyroïde, sont au centre de cette recherche.

« Nous avons encore besoin de cinq à dix ans pour pouvoir tirer des conclusions d’ordre général qui soient pertinentes », déclare Jean Michel Lutz, de l’Association suisse des registres des tumeurs.

Les statistiques relatives aux cancers de la tyroïde sont en effet peu pertinentes et les études se contredisent en partie. Il est par conséquent difficile d’en tirer des tendances claires, d’autant que des études comparables réalisées au Canada présentent les mêmes variations. Cependant, contrairement à certaines régions suisses, le Canada n’a enregistré aucune hausse de la radioactivité après Tchernobyl.

Pas de registre national du cancer

D’autres scientifiques soulignent à quel point cette matière est complexe et insistent sur le fait que les cancers augmentent avec l’âge. Les groupes de population qui étaient âgés de moins de 20 ans en 1986 n’ont au plus que 40 ans aujourd’hui.

En Suisse, le registre des tumeurs est l’affaire des cantons. Or, comme les cantons ne tiennent pas tous un registre, les statistiques ne couvrent que 60% de la population totale.

La pollution supplémentaire à long terme due à Tchernobyl est en Suisse 240 fois inférieure à la pollution radioactive naturelle. Sur la base de ces mesures, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) part donc du principe que l’augmentation du nombre des cancers provoqués par Tchernobyl sera inférieure à un demi pour-mille.

Il s’agit d’une estimation faite à partir des facteurs de risques établis par la Commission internationale de radioprotection, sur la base des statistiques concernant l’exposition subies par les survivants de Hiroshima et Nagasaki.

Crise de confiance

Le nuage radioactif a atteint la Suisse le 30 avril 2004, quatre jours après la catastrophe de Tchernobyl. Il pleuvait ce jour-là au Tessin. C’est donc cette région qui a reçu le plus de particules radioactives. La région du lac de Constance, ainsi que l’arc jurassien, ont également été touchés, mais dans une moindre mesure.

Les autorités ont pris alors diverses mesures. Mais celles-ci ne sont pas parvenues à rassurer pleinement la population, qui a alors ressenti une certaine méfiance à l’égard du gouvernement et des pouvoirs publics.

Les autorités ont par exemple interdit la pêche dans le lac de Lugano. Mais cette interdiction ne concernait pas les parties italiennes du lac.

Elles ont recommandé aux femmes enceintes, aux femmes qui allaitaient ainsi qu’aux petits enfants de renoncer au lait et aux légumes frais. Par ailleurs, l’abattage de moutons et de chèvres a été interdit au Tessin jusqu’à la fin août.

Cependant, le lait des vaches tessinoises a été amené en Suisse centrale pour y être transformé en fromage, en crème et en beurre. Selon les autorités, cette mesure permettait de réduire la radioactivité, puisque l’iode radioactif pouvait décroître jusqu’au moment de la consommation et que le césium n’est qu’en partie transféré dans les produits laitiers.

« Aujourd’hui, on n’agirait certainement plus de la sorte, déclare Werner Zeller, chef de la Division radioprotection de l’OFSP. L’opinion, tant des consommateurs que des producteurs, a en effet certainement changé depuis cette époque. »

Des tablettes pour la population

On trouve aujourd’hui encore des traces de césium 137 (demi-vie de 30 ans) au Tessin. Son nucléide s’est toutefois affaiblit depuis 1986 et s’est enfoncé dans les couches profondes du sol. Sangliers et champignons tessinois présentent donc des taux de césium conformes à la moyenne et sans danger.

La catastrophe de Tchernobyl n’est plus un thème de discussion dans l’opinion suisse. « Le césium a justement une durée de vie qui est bien supérieur à celle de la mémoire humaine », remarque Werner Zeller.

Au cours des vingt dernières années, la protection contre les radiations s’est nettement améliorée en Suisse, notamment en ce qui concerne les mesures, désormais généralisées et précises, selon Werner Zeller.

Les populations qui habitent dans un rayon de vingt kilomètres autour des centrales atomiques ont été pourvues en tablettes d’iodure de potassium au cours des dernières années.

Mais des progrès peuvent encore être réalisés en matière de gestion de crise. « Un accident nucléaire peut à tout temps se reproduire, dit Werner Zeller. Or les exercices de crise ont montré que existe encore un potentiel d’optimisation. »

swissinfo, Andreas Keiser (Traduction de l’allemand : Olivier Pauchard)

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