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RIA Novosti
Ces derniers temps la présence du contingent de paix russe dans la zone des conflits abkhazo-géorgien et osséto-géorgien est l’objet d’un débat animé dans la presse (et pas seulement en Russie et dans les pays du Caucase du Sud). La déclaration du parlement géorgien concernant la fin du mandat de la force de paix russe et le remplacement de celle-ci par une force internationale a conféré une acuité particulière à ce thème.
Evgueni Pychniak, vice-président de l’Organisation interrégionale des anciens des missions de paix de l’ONU
L’accord de Dagomys, signé au mois de juin 1992 par les anciens présidents russe et géorgien, respectivement Boris Eltsine et Edouard Chevarnadze, avait été le point de départ pour l’introduction dans la zone du conflit osséto-géorgien d’une Force mixte de maintien de la paix. Elle était composée de trois bataillons - un russe, un géorgien et un nord-ossète - ayant chacun des effectifs de 500 hommes. Edouard Chevarnadze avait dit alors que seules la signature de l’accord de Dagomys et l’introduction des "casques bleus" dans le district de Tskhinvali avaient mis un terme au carnage fratricide et évité un danger réel d’extermination des Géorgiens et des Ossètes. La zone de sécurité qui s’était formée en été 1992 après le désengagement des parties belligérantes et l’introduction de "casques bleus" avait pendant longtemps fait office de tampon séparant les Géorgiens et les Ossètes. Jusqu’au mois de février 2006, date à laquelle, en violation de l’accord de Dagomys, 250 militaires géorgiens y pénétrèrent pour s’y livrer presque aussitôt à des provocations contre les "casques bleus" russes.
L’accord de Moscou en date du 14 mai 1994 s’était traduit par l’introduction de "casques bleus" dans la zone du conflit abkhazo-géorgien. Il s’agissait d’une force de paix collective de la CEI (Communauté des Etats indépendants) représentée par un contingent de militaires russes. Ces "casques bleus" russes avaient pour mission de séparer les formations armées des parties conflictuelles, empêcher une reprise des combats et créer des conditions pour le retour des réfugiés dans le district de Gali. En supplément de leur mandat, les "casques bleus "russes devaient, conjointement avec les organes judiciaires de l’Abkhazie, lutter contre les groupes de terroristes opérant dans la zone de sécurité. Signalons ici que les militaires russes ne faisaient aucune différence, ils combattaient les terroristes aussi bien abkhazes que géorgiens.
Force est de relever que les premières années qui suivirent l’introduction des "casques bleus" russes on observa une tendance à la normalisation des relations abkhazo-géorgiennes : la plupart des habitants du district de Gali (quelque 80.000 personnes) regagnèrent leurs foyers, la population géorgienne elle aussi retourna dans d’autres districts abkhazes. Cependant, après que Tbilissi eut tenté par la force de reprendre le contrôle du district de Gali (mai 1998) la situation se déstabilisa fortement, l’hostilité recommença à croître dans les rapports interethniques.
Quoi qu’il en soit, Tbilissi prétend que le conflit abkhazo-géorgien avait un caractère de "guerre de frontière" entre la Russie et la Géorgie. D’autre part la Russie est accusée d’agression armée contre la Géorgie indépendante et d’occupation prolongée d’une partie de son territoire.
Ce comportement n’est pas sans fondement. Ainsi, quand il s’était agi de procéder au contrôle international des gorges de Kodori, la Géorgie avait exposé uniquement sa propre position à l’ONU et aux représentants du groupes des "pays amis de la Géorgie" près le secrétaire général de l’ONU. Selon elle, il fallait que ce contrôle soit exercé uniquement sous l’égide de l’ONU, sans faire appel aux "casques bleus" russes. Et aussi que ces modalités soient définies exclusivement par la partie géorgienne. La Géorgie continue aussi d’insister pour que l’ancienne base russe de Goudaouta fasse l’objet d’une inspection internationale. Les autorités géorgiennes accentuent la pression sur les "casques bleus" russes et réclament une révision des accords de Dagomys et de Moscou en vertu desquels les militaires russes avaient été introduits en Abkhazie et en Ossétie du Sud. On a l’impression qu’en Géorgie on n’a pas pris conscience qu’une dénonciation de l’accord de Dagomys serait synonyme de retour dans la guerre qui en 1992 avait pu être stoppée en Ossétie du Sud. L’Abkhazie rebelle serait vouée à un sort identique.
Au cours d’un entretien avec le chef de la mission de l’OSCE en Géorgie, Roy Reeve, le ministre d’Etat géorgien pour le règlement des conflits, Merab Antadze, a déclaré que "les casques bleus russes ne remplissent pas les tâches qui leur ont été confiées du moment qu’ils n’entreprennent rien pour défendre les droits des autochtones et que fréquemment ils aident les séparatistes à attiser la tension". D’où la question : si à partir du début des années 90 la paix, bien que chancelante, avait été maintenue exclusivement grâce à la présence des "casques bleus" russes, alors pour quelles raisons le gouvernement géorgien veut-il maintenant les remplacer par une force de police internationale ? La réponse est évidente : pour créer une situation analogue à celle du Kosovo et réduire au minimum la population de souche de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, la priver de son droit à la parole.
La déclaration volontariste du parlement géorgien concernant le départ des "casques bleus" russes de la zone du conflit abkhazo-géorgien repose non pas sur le désir de régler le conflit ou de défendre les intérêts nationaux de la Géorgie, mais en premier lieu sur la politique appliquée au Caucase par l’administration américaine actuelle.
Les contradictions qui persistent entre la Russie et les Etats-Unis au sujet de la région caucasienne recèlent un danger potentiel pas seulement pour l’étaticité russe. Au vu de la situation socio-économique déplorable prévalant dans la région, il serait possible de la déstabiliser en totalité ou partiellement en recourant à diverses forces et à un moindre prix. La proximité géographique du Caucase du Sud de l’Irak et du Proche-Orient accroît la probabilité de sa transformation en zone d’activité d’organisations islamistes radicales et terroristes internationales.
Ce n’est pas un secret pour personne qu’au cas où la Géorgie agresserait l’Abkhazie ou l’Ossétie du Sud, d’innombrables volontaires venus d’Ossétie du Nord, liée au Sud, et aussi des autres régions du Caucase russe, accourraient dans la zone du conflit. Les dirigeants des républiques méridionales de la Russie ont déclaré à plusieurs reprises qu’il serait impossible de contenir cet afflux de volontaires. De leur côté, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud accueilleront les volontaires en cas de guerre, quoique présentement aucun soldat étranger ne se trouve sur leurs territoires. Finalement personne ne serait en mesure d’arrêter un carnage.
Les opérations de paix en Géorgie ont des formats divers. Dans le cas de l’accord de Dagomys, il est quadripartite. Les quatre composantes - Ossétie du Sud, Ossétie du Nord, Russie et Géorgie - doivent prendre part aux délibérations. Il y a tout lieu de penser que cette répartition est imparfaite, mais où trouver le format idéal ? On peut dire la même chose pour ce qui est de l’Abkhazie. La force de paix opère sur décision du Conseil des chefs d’Etat de la CEI. Si vous voulez apporter un changement quelconque au format de l’opération, alors soumettez cette question à un débat au Conseil des dirigeants des pays de la Communauté, revenez à la prolongation de l’opération comme à l’époque d’Edouard Chevarnadze. N’oublions pas que dans la zone du conflit abkhazo-géorgien 112 de nos militaires ont déjà été tués, dont beaucoup par des Abkhazes, disons-le en passant, qui étaient déterminés à chasser les Géorgiens d’Abkhazie. Si ces "casques bleus" n’avaient pas été là, 60.000 réfugiés géorgiens ne seraient pas rentrés dans le district de Gali.
Par conséquent il est malvenu de traîner les "casques bleus" russe dans la boue. Si l’on compare nos opérations avec celles qui ont été menées en Somalie ou encore au Kosovo, on voit qu’à beaucoup d’égards les "casques bleus" russes se présentent sous un bien meilleur jour que leurs homologues occidentaux.
Une réduction contrainte de la présence militaire et économique de la Russie alors que les Etats-Unis et l’OTAN pénètrent activement dans la région caucasienne pourrait modifier l’équilibre des forces politiques prévalant actuellement. L’influence politique de la Russie en Transcaucasie se maintient dans une grande mesure grâce au partenariat militaro-politique avec l’Arménie et aux "casques bleus" déployés en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Mais si jamais le Caucase du Sud était inséré dans le système de sécurité de l’OTAN en cours de formation, c’en serait fini de la présence militaire russe dans la région. On peut très bien envisager qu’en Azerbaïdjan et en Arménie des tentatives soient faites pour créer une situation de crise gérable de manière à porter au pouvoir des régimes "dociles" de la même eau que celui de Tbilissi. Les conséquences de ces actions aventureuses pourraient être catastrophiques, et ce peut être moins pour la Russie que pour les Etats caucasiens.
Cependant, même après avoir quitté la Géorgie la Russie reste au Caucase. La géographie c’est quelque chose d’incontournable. Et puis comment la Russie, qui est un Etat caucasien, pourrait-elle quitter une région à laquelle elle est liée historiquement, économiquement et culturellement par mille et un liens ?
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