Les américains dédouanent les oligarques de Poutine

Par Pierre de Villemarest

Dans les coulisses des rapports est-ouest, par-delà les diplomaties rituelles, un des dangers est l’apparition depuis deux ou trois ans de cabinets d’avocats qui se déploient à Washington et à New York pour dédouaner des personnalités russes ou d’ethnies ancrées en Russie et appartenant soit aux oligarques, soit aux siloviki. C’est-à-dire aux groupes d’individus qui ont fait fortune ces quinze dernières années en s’emparant du contrôle des richesses naturelles du pays, grâce aux privatisations désordonnées.


Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l’auteur.


Les médias ignorent ou sous-estiment ce danger alors que des proches de Poutine jouissent de la sollicitude des avocats d’affaires américains, tout heureux d’accumuler les sommes considérables que leur versent leurs clients, pour la plupart issus de la haute mafia « russe ».

En lisant les journaux financiers des États-Unis, on découvre ainsi qu’un proche de Vladimir Poutine, Leonid Reiman, un oligarque en chasse pour accaparer le contrôle des Télécommunications en Russie, en rivalité avec le groupe d’affaires Alfa, et dont le fisc américain et le FBI savent qu’il est impliqué dans de vastes trafics d’argent sale, est défendu par le cabinet d’avocats de Barbour, Griffiths & Rogers.

Barbour est l’ancien gouverneur du Mississipi. Le Wall Street Journal relève qu’un de ses anciens collaborateurs, Mark d’Anastasio, était un ami de Reiman, plus ou moins « mouillé » avec lui dans des combines douteuses. Reiman a versé au cabinet de Barbour plusieurs centaines de milliers de dollars. Il est même question de deux millions de dollars à cette firme, sous couvert de laquelle Reiman peut librement circuler aux États-Unis, malgré son dossier au FBI.

Mais le plus étonnant est de découvrir le rôle de l’ancien chef de file des Républicains, Robert Dole. Celui-ci a obtenu pour le milliardaire, roi de l’aluminium en Russie, Oleg Deripaska, moyennant la somme de 560.000 dollars de frais de procédure, le visa d’entrée aux États-Unis, bien qu’il soit accusé par le FBI de malversations et de corruption caractérisée (selon les journalistes Glenn R. Simpson et Mary Jacoby du Wall Street Journal).

William Sessions

Plus fort encore est le rôle de William Sessions, ancien directeur du FBI, en faveur du mafieux Semione Moguilevitch, « recherché » par le FBI depuis plus de deux ans pour corruption et participation au crime organisé. Moguilevitch a mis la main ces dernières années sur la firme R.U.E. (RosUkrEnergo) via une société basée à Chypre. Né à Kiev en 1946, il est fiché par toutes les polices occidentales, mais il se joue des accusations portées contre lui. Il a des bureaux à Tel-Aviv, Kiev, Moscou, Budapest, Genève. Sa firme à Chypre, la Highrock Holding, contrôle, en coopération avec Gazprom (50% des avoirs) l’Énergétique de l’Ukraine où le Premier ministre Viktor Yanoukovitch rivalise avec le président Viktor Ioutchenko, et est protégé par ses amis américains et poutinistes de la haute mafia*. On constate que Bob Dole et ses amis Bruce Jackson et Paul Manafort (ancien « manager » de Bob Dole lorsqu’il menait sa campagne pour la présidence des États-Unis) conseillent Yanoukovitch, qui joue à cheval entre ses liens avec Moscou, divers mafieux ukrainiens et Paul Manafort.

Grâce à Paul Manafort et à Jackson, Rinat Akhmetov, le milliardaire et trafiquant ukrainien, a été reçu par le vice-président des États-Unis, Dick Cheney. En 2005, il avait fait don de 300.000 dollars aux « bonnes œuvres » de Bruce Jackson et de son épouse. Tous ces messieurs sont mêlés aux livraisons du gaz du Turkmenistan à Gazprom, sous l’œil vigilant des dix-sept officiers du KGB placés par Poutine dans l’administration de ce trust.

À l’ombre de ces florissantes affaires, les règlements de comptes entre mafieux émaillent la chronique, sans que les cabinets d’avocats de New York, Washington et Chicago s’en émeuvent. Dernière exécution, le 28 mars dernier : celle du mafieux Maksyn Kurotchkine, alors qu’il sortait du tribunal de Kiev. Surnommé Mad Max, Kurotchkine possédait un hôtel de luxe et des parts dans plusieurs firmes commerciales. Ami de V. Yanoukovitch, il avait été arrêté en novembre 2006 pour extorsion de fonds.

À ce jour, une dizaine d’oligarque basés en Russie et en Ukraine profitent depuis trois ou quatre ans des bonnes « recommandations » d’avocats américains issus aussi bien du parti républicain et du parti démocrate. Cette interprétation politico-mafieuse devrait faire réfléchir nos gouvernants, d’autant que plusieurs des participants sont en même temps bien placés dans les organismes à vocation mondialiste.

* J’ai détaillé cette affaire le 28 janvier sur armees.com

© Pierre de Villemarest – Membre de l’Amicale des anciens des Services spéciaux de la Défense nationale (ASSDN) avec Max Saint John.

Réagir à cet article : poster un commentaire
:’-)):’-(:-)):-((;-):-):-(:->|-):o)B-):-P:-|:-/:-O

Actualité
   
Matériel et équipement militaire pour particuliers et professionnels