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Le rapporteur
spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, a
considéré vendredi le recours aux biocarburants comme étant un « crime contre l’humanité », lors d’une conférence de presse au siège
de l’ONU à New York.
Il s’agit d’un "crime contre l’humanité qui est commis lorsque
l’on convertit un sol productif pour l’alimentation en terre à
produire des biocarburants", a-t-il dit, tout en exprimant son
inquiétude sur l’augmentation du nombre d’affamés dans le monde.
La production massive de biocarburants comme l’éthanol risque
d’aggraver encore le problème, en diminuant les surfaces agricoles
consacrées aux cultures vivrières, a mis en garde M. Ziegler.
Il a appelé à un moratoire de cinq ans, le temps nécessaire
pour que la recherche trouve le moyen de tirer de l’éthanol des
déchets agricoles, essentiellement des parties non comestibles de
plantes comme le maïs ou le blé.
"Il est légitime de vouloir fabriquer des biocarburants, mais
le résultat va être désastreux dans l’immédiat", a dit M. Ziegler.
Il a fait les mêmes remarques jeudi devant la troisième
Commission de l’Assemblée générale, chargée des questions sociales,
humanitaires et culturelles, déclarant craindre que le premier
Objectif du Millénaire pour le développement (OMD), la réduction
de l’extrême pauvreté et de la faim, ne soit pas atteint à
l’échéance de 2015.
M. Ziegler a rappelé que le nombre de personnes souffrant de la
faim et de la malnutrition a augmenté tous les ans depuis 1996
pour dépasser les 850 millions, alors que l’on estime que la Terre
pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains, soit deux fois la
population mondiale actuelle.
En réponse à l’argument selon lequel le nombre d’affamés n’a en
fait pas augmenté, en chiffres relatifs par rapport à la
croissance de la population mondiale, l’universitaire suisse a
répondu : "Je n’accepte pas ce raisonnement, car un enfant qui
meurt de faim n’est pas une statistique".
Selon les estimations de l’ONU, six millions d’enfants de moins
de cinq ans meurent chaque année dans le monde à cause de la
malnutrition et des maladies associées.
M. Ziegler a critiqué en particulier les subventions agricoles
européennes qui permettent d’inonder les marchés africains à prix
bradés et qui entraînent la ruine des agriculteurs locaux. Selon
lui, "l’Union européenne crée de la faim en Afrique par son
dumping agricole".
Il a mis en garde contre l’augmentation des "réfugiés de la
faim" qui tentent de gagner l’Europe et l’Amérique du Nord pour
survivre et qui sont considérés comme des délinquants lorsqu’ils
arrivent à destination quand ils ont la chance de ne pas mourir en
chemin.
M. Ziegler a estimé qu’il est grand temps de renforcer les
mécanismes de protection nationaux et internationaux en
réaffirmant concrètement « le droit de se nourrir ». Les droits de
l’homme ne sont pas uniquement politiques et civiques, a-t-il
souligné, mais ils touchent aussi à l’économique, au social et à
la culture.
M. Ziegler a estimé que l’Europe doit trouver une réponse autre
que militaire pour repousser les miséreux à ses frontières. Il a
proposé de créer un nouveau droit de l’homme - le droit d’accueil
provisoire - qui protégerait les réfugiés de la faim, dont
l’existence n’est actuellement pas reconnue dans les conventions
internationales.
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