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Le point faible des "contractors"

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Intéressante évolution de la situation en Irak : les entreprises privées de sécurité, qui bien souvent déploient des formations militaires stipendiées, montrent leurs limites et leurs vulnérabilités stratégiques. La polémique entoure une société telle que Blackwater depuis plusieurs années, et les récents remous dus à une fusillade moins discrète que d’autres ne changent pas fondamentalement l’aspect du problème. D’ailleurs, le fait que les équipes de Blackwater ont repris leur mission au profit des diplomates américains montre bien la dépendance de la première puissance mondiale envers les sociétés que ses contrats ont rendu florissantes. Pourtant, une nouvelle réalité pénètre désormais les esprits : le fait que l’emploi durable de telles sociétés devienne en soi contre-productif.


Par Ludovic Monnerat Lieutenant-colonel, membre de la section des opérations d’information de l’Armée suisse, Ludovic Monnerat est journaliste au journal Le Temps et l’Hebdo. Il est créateur du site d’information militaire et stratégique Checkpoint-online.Ch, rédacteur adjoint de la Revue militaire suisse, chercheur et conférencier en stratégie et prospective.


Le type d’adversaire décentralisé et chaotique que les États-Unis notamment affrontent en Irak est intrinsèquement voué à une méthode de combat génétique, subissant la sélection : toutes les actions possibles, même les plus absurdes (tentative d’attentat suicide à pied face à un char de combat, par exemple), sont nécessairement tentées au moins une fois, et les plus efficaces - comme celles offrant les meilleures chances de survie - sont identifiées, retenues et perfectionnées. C’est d’ailleurs ainsi que les pertes terribles subies face aux Forces armées américaines et à leurs auxiliaires ne sont pas en soi un indice d’insuccès (à la différence de leurs effets sociétaux) : elles indiquent également des pratiques empiriques en cours à une vaste échelle, dont peut fort bien émerger une approche payante. Comme celle consistant à combattre des sociétés privées honnies de la population locale.

Après 4 ans de conflit non conventionnel, il est en effet clair que l’approche directe face aux militaires américains ne mène pas au succès (même si les médias occidentaux ne cesse depuis le début de gloser sur la prétendue "défaite" de ceux-ci) : l’apprentissage progressif de la contre-insurrection a permis aux Forces armées U. S. de préserver et de développer les effets multiplicateurs, dans la société irakienne, dont dépend le succès de leur action. Par ailleurs, le fait de combattre les alliés des Américains - c’est-à-dire avant tout des Irakiens n’ayant guère d’autre choix rationnel - s’est rapidement retourné contre ceux qui ont usé et abusé de cette méthode, et notamment les islamistes irakiens et étrangers. Les évolutions positives annoncées récemment par le commandement américain sont en partie la conséquence de cet échec. Toutefois, certains alliés des Américains sont des cibles rentables et acceptables : les soldats stipendiés de Blackwater et consorts.

La mentalité du "contractor" venu faire une rotation en Irak ou ailleurs est en effet le plus souvent à l’opposé de la contre-insurrection : il vient pour faire du profit, considère tous les locaux comme des menaces potentielles, ne se fie qu’à ses propres collègues (et encore, d’abord ceux issus de son ancienne tribu militaire ou civile), et donc se fout éperdument de l’impact qu’il aura au-delà du court terme. Derrière les prestations sécuritaires vantées par les privés se cache une vision au microscope de la sécurité, perçue dans le simple rapport de force tactique découlant de l’emploi de petites unités. Autrement dit, une grande part des sociétés de sécurité ont une approche contraire aux intérêts à moyen et à long terme de leurs clients, et leur incapacité à se fondre dans leur environnement de travail en fait un symbole contre-productif. Les attaquer est donc l’assurance d’en tirer parti : leur infliger des pertes est tout aussi positif que les forcer à combattre et à outrepasser leur rôle.

Cette soudaine révélation d’une vulnérabilité stratégique ne signifie pas la fin des armées privées en gestation, mais elle annonce déjà leur mutation, la nécessité d’évoluer au rythme des mesures et contre-mesures propre à n’importe quel conflit. Quitte à laisser au rebut des perceptions trop ternies, comme Executive Outcomes hier et peut-être Blackwater demain, pour renaître sous une autre forme, au gré des transferts toujours rapides de personnel et de savoir-faire...

21 mai 2008

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1 commentaires pour cet article

  • ccba 20 juin 2008 10:02

    bonjour, vous parlez des contractors comme des betes noires, vous parlez qu’ils recherche le profit sans se soucier des locaux, expliquez moi alors la difference entre un militaire partant en opex pour ce faire (vulgairement) de la "tune" et se croire le roi du petrole en afrique, balkans ou autres à un contractor allant defendre des interets ?
    Je voudrais savoir le nombre de civils francais qui serais pret a allez risquez sa vie pour surveiller un puit de petrole, une zone d’accees, ou des autorité dans des pays dit en guerre ou a haute risque ?
    Je pense qu’ils faut des c...lles pour y aller et pas grand monde serais capable de si rendre, sachant que le gouvernement n’aiderais pas ces personnes en grave d’enlevement torture ou autres.......

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