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Le pire serait à venir en Afghanistan
L’OTAN poursuit une grande opération en vue des élections Le niveau de violence a beau atteindre des sommets en Afghanistan, les trois prochaines semaines pourraient être encore pires, prévient le brigadier-général Jonathan Vance, qui dirige les Forces canadiennes à Kandahar. Une situation qu’il juge toutefois temporaire, puisque la nouvelle approche de l’OTAN et du Canada dans ce pays en guerre pourrait stabiliser la région à moyen terme.
Avec l’aimable autorisation d’Alec Castonguay
Claude Castonguay CC, OQ, Ancien président et membre du Conseil de direction de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM Fellow invité au Cirano
Les talibans ont récemment appelé au boycottage de l’élection présidentielle prévue le 20 août prochain en Afghanistan et promis de s’y opposer avec énergie. Dans ce contexte, le pire pourrait être encore à venir, estime Jonathan Vance, qui a accordé une longue entrevue téléphonique au Devoir vendredi, à partir de son quartier général de Kandahar.
« Je pense que la possibilité est forte que les insurgés tentent de déstabiliser l’élection, dit-il. Ils vont continuer à utiliser des engins explosifs improvisés. Ils vont tenter d’empêcher les gens de voter. C’est assez clair qu’ils vont essayer. On verra s’ils parviendront à leurs fins, car on a pas mal réussi à les contrecarrer depuis quelques mois. Ils sont plus en mode "réaction" qu’en mode "offensive" présentement. Ils ont de la difficulté à monter des attaques d’envergure qui fonctionnent. »
Depuis le début de la mission canadienne en Afghanistan, 127 militaires ont perdu la vie, dont sept depuis le début du mois de juillet. Hier, deux autres soldats canadiens basés à Valcartier ont perdu la vie lors d’une patrouille, fauchés par une bombe. La mort des deux militaires québécois porte à neuf le nombre de militaires de l’OTAN tués cette fin de semaine.
En raison des offensives britanniques et américaines dans la province d’Helmand, voisine de Kandahar, les semaines qui s’achèvent auront été les plus meurtrières pour l’OTAN depuis 2001.
Selon le général Vance — qui a accordé un entretien au Devoir avant les décès de la fin de semaine —, cette situation n’est pas surprenante, même si elle est malheureuse. « En général, l’augmentation de la violence est le résultat d’une offensive des forces de l’OTAN. À titre de comparaison, on n’a qu’à penser à ce que la France occupée de la Seconde Guerre mondiale avait l’air avant le débarquement des Alliés. C’était calme. Quand les Alliés ont débarqué, il y a eu plus de combats. C’est un peu la même chose dans le sud de l’Afghanistan. Présentement, on est en mesure de mener de grandes offensives, car il y a plus de troupes de l’OTAN sur le terrain. Ce n’est pas parce que les insurgés prennent de la force ou gagnent du terrain. C’est parce qu’on les chasse. On les force à réagir. L’insurrection n’a pas plus de pouvoir présentement que les autres années. »
Une nouvelle approche
La province de Kandahar n’est pas en reste, alors que les soldats américains débarquent massivement pour aider les militaires canadiens à étendre l’influence de l’OTAN à l’approche des élections afghanes. Près de 4000 soldats américains se sont ajoutés aux 2850 soldats canadiens pour implanter la nouvelle stratégie de l’OTAN.
Depuis quelques semaines, grâce aux nouvelles troupes à Kandahar et à l’arrivée des renforts civils, le Canada et ses alliés (surtout les États-Unis), mettent de l’avant une approche qui répond mieux aux impératifs liés à une insurrection. L’objectif consiste à se concentrer d’abord sur la population afghane et ses besoins, et ensuite seulement à chasser les talibans. Bref, les priorités ont été inversées. Mais, avant d’y parvenir, les combats sont inévitables, affirme le brigadier-général.
« Depuis mai, on mène une grande opération pour sécuriser les régions populeuses de Kandahar en vue des élections du mois d’août, explique Jonathan Vance. C’est très énergique, alors il y a des effets temporaires sur le niveau de violence. On tente de séparer les talibans de la population ordinaire, et ça provoque des combats avec les insurgés. On veut les repousser dans des zones moins peuplées, ce qui permettra ensuite de lancer des projets de développement et de reconstruction dans les villages. »
Maintenant, lors d’une opération militaire, les soldats restent sur place après les combats et la déroute des talibans. L’armée tente alors de créer une bulle de protection autour du village pour que les projets de développement et de reconstruction voient le jour. Auparavant, les forces se retiraient après l’opération militaire, faute de soldats en nombre suffisant pour rester sur place. Les militaires devaient aller chasser les insurgés dans un autre village.
L’arrivée des soldats américains change la donne et permet aux Forces canadiennes de se concentrer sur la ville de Kandahar et ses banlieues, le secteur le plus peuplé de cette province de 1,3 million d’habitants. Les États-Unis vont s’occuper des autres districts, dont ceux qui bordent la frontière avec le Pakistan.
« Ce qu’on veut, c’est séparer les talibans de la population pour que les insurgés cessent de menacer les Afghans et de les intimider. Si ta vie est en jeu, tu ne vas pas aider le gouvernement à bâtir la société. Alors, il faut de la sécurité. Ensuite, les services gouvernementaux peuvent se développer », explique Jonathan Vance, qui dirige les Forces canadiennes à Kandahar depuis le mois de février. « Si on y arrive, les talibans vont devenir un mouvement marginal. »
Il précise sa pensée : « Tu ne peux pas tuer une insurrection. Elle sera toujours rampante. Mais tu peux couper ce qui l’a nourrie, comme l’insatisfaction, le manque d’emplois et ainsi de suite. En offrant des services à la population, en construisant le pays, le gouvernement afghan va rendre les talibans marginaux. L’Afghanistan pourra ensuite se développer malgré une faible insurrection. »
Selon Jonathan Vance, les Afghans eux-mêmes demandent aux forces de l’OTAN de repousser les talibans loin des zones peuplées. « Les talibans ne donnent pas plus d’espoir à la population que le gouvernement afghan. Pour les habitants, ils ne sont pas une alternative attrayante. Les talibans tuent des civils, enlèvent des gens et font des menaces. Ce n’est pas un message populaire. »
Selon l’estimation des Forces canadiennes, il y aurait actuellement environ 1000 vrais talibans idéologiques à Kandahar, soit des insurgés qui proviennent de la frange fondamentaliste qui a imposé un régime de terreur à l’Afghanistan entre 1996 et 2001. Le foyer de ce régime était à Kandahar.
Toujours dans la province de Kandahar, il y aurait également environ 600 combattants étrangers, entraînés par al-Qaïda et provenant surtout du Pakistan voisin. Enfin, pour ajouter au mélange, il y a les criminels de droit commun, les trafiquants de drogue et les milices des seigneurs de guerre qui aident les talibans afin de profiter du chaos ambiant pour s’enrichir et assouvir leur soif de pouvoir. Ils seraient plusieurs centaines.




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