Donghzou, le 6 décembre, la police chinoise ouvrait le feu sur des paysans protestant contre l’expropriation de leurs terres.
En 2004, il y aurait eu 70 000 émeutes de ce genre, un chiffre qui émane des autorités.
Alors que les policiers bouclent toujours le village, non loin de là, 9000 de leurs collègues protègent la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le choix de Hong Kong pour accueillir une rencontre aussi importante n’a rien de fortuit. L’Empire du Milieu est le meilleur élève de la mondialisation tant vantée dans les couloirs de l’OMC.
Depuis que Pékin a rejoint l’organisation (en 2001), la croissance économique chinoise atteint régulièrement les deux chiffres. S’engouffrant dans la baisse des droits de douane, le « made in China » inonde le monde. Habits, articles de sports, bien sûr, mais aussi ordinateurs portables et téléphones mobiles[1].
Mais il y a le revers de la médaille. S’ils en avaient la liberté, les villageois de Donghzou pourraient en parler. Ils doivent faire place nette pour une centrale électrique. Un magazine chinois estimait que, ces dernières années, 20 millions de paysans ont vu leurs lopins avalés par l’industrialisation. Le rythme des réquisitions a beau avoir ralenti, elles créent pas moins de 2 millions de sans-terre chaque année !
Et ce n’est qu’un début. Car, à Hong Kong, on planche sur la libéralisation des échanges agricoles. Comment l’agriculture chinoise - encore très protégée et peu compétitive - pourrait-elle tenir le choc ? Les 149 Etats membres de l’OMC n’arriveront sans doute pas à un accord d’ici à la fin de la réunion. Qu’importe, ils remettront l’ouvrage sur le métier l’année prochaine.
En Europe comme en Suisse, les milieux d’affaires appellent leurs négociateurs à faire des concessions sur le volet agricole pour en obtenir sur les produits industriels et les services. En clair, sacrifier les paysans. Après tout, ils ne sont plus qu’une minorité. Les dégâts seraient catastrophiques au Sud. Le secteur primaire continue de faire vivre la grande majorité de la population. Envisageables dans les pays industrialisés, des mesures d’accompagnement ne sont pas réalisables à cette échelle.
En Chine, pourtant pas la plus mal lotie, le transfert de main-d’oeuvre n’a rien d’un long fleuve tranquille. Durant la prochaine décennie, Pékin devra créer 300 millions de nouveaux emplois pour éviter que le chômage atteigne des taux insupportables, calcule la Confédération internationale des syndicats libres[2].
Cette « bombe à retardement » n’inquiète pas le moins du monde les investisseurs étrangers. Bien au contraire. Si la Chine fait figure d’eldorado, c’est précisément par sa main-d’oeuvre pléthorique, non syndiquée et corvéable à merci. Les multinationales qui ont délocalisé leur production en Chine assurent d’ores et déjà plus de la moitié des exportations du pays.
Quand donc les négociateurs présents à Hong Kong regarderont-ils l’envers du « modèle » chinois ?