La violence peut éclater comme la foudre, ou s’insinuer, ramper, se déguiser. Elle peut se répandre et tout contaminer, ou se concentrer en un point précis. Elle peut frapper continûment, quotidiennement, ou sévir de façon aveugle et erratique. Mais quelle que soit sa forme, son lieu, son temps, la violence détruit. Elle va droit au coeur, ronge l’estime de soi, ruine la santé. Au sein d’un groupe, en milieu de travail, par exemple, elle dissout la confiance, la solidarité, l’unité.

Cela, on le sait ou on le sent d’instinct, pour avoir déjà vécu soi-même la violence « ordinaire », ou en avoir été témoin. C’est l’employé d’un service public qui se fait bousculer et engueuler par un client impatient, la serveuse de restaurant qui se fait pincer une fesse au passage, l’ouvrier dont le contremaître critique systématiquement tous les gestes, la travailleuse dont la patronne « oublie » de signer un formulaire de remboursement, le psychologue qu’un supérieur traite d’incompétent devant sa cliente...
Quelquefois même, ce sont les camarades de travail qui condamnent un des leurs à la violence quotidienne, en se liguant contre lui : c’est ce qu’on appelle le « mobbing ». Comme les poules qui s’acharnent sur celle d’entre elles qui est plus faible ou malade et la « picossent » jusqu’à ce que mort s’ensuive, il arrive que les travailleurs choisissent un bouc émissaire et le persécutent sans arrêt. C’est ainsi qu’un préposé en milieu hospitalier, qui avait un léger retard intellectuel n’affectant en rien son travail, a fini par se suicider après avoir été victime de mobbing pendant des années.
Mobbing ou harcèlement psychologique
Le harcèlement psychologique est une répétition de propos ou d’agissements hostiles tendant à isoler, marginaliser, éloigner ou exclure la victime d’un cercle de relations données, voire à la neutraliser. Ces actes hostiles et répétés par lesquels une ou plusieurs personnes cherchent à nuire ou portent atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l’intégrité psychique ou physique d’une personne ou mettent en péril son emploi altèrent le climat de travail.

Le mobbing peut prendre différentes formes :
agissements visant à empêcher la victime de s’exprimer ( critiques répétées, menaces verbales, présence ignorée, etc.)
agissement visant à isoler la victime (ne pas lui parler ou lui adresser la parole, nier la présence physique de la victime, etc.)
agissements visant à déconsidérer la victime auprès de ses collègues (calomnier, lancer des rumeurs, moqueries, injures, remise en question continuelle de ses actes, etc.)
discréditer la victime dans son travail (ne pas lui confier des tâches, la contraindre à des tâches absurdes, lui faire faire des travaux humiliants etc.)
compromettre la santé de la victime (menaces, agressions physiques et sexuelles)

Harcèlement sexuel
Le harcèlement sexuel se caractérise par des actes physiques, des comportements verbaux et non verbaux à connotation sexuelle de caractère vexatoire, méprisant ou humiliant, à l’égard d’une personne ou d’un groupe. De nature à porter atteinte à la dignité, à l’intégrité physique ou psychique de la personne, à créer des conditions de travail hostiles ou encore à compromettre son emploi, le harcèlement sexuel se manifeste de façon répétée ou isolée.
Le harcèlement sexuel peut prendre différentes formes :
plaisanteries sexistes, remarques dégradantes pour l’un ou l’autre des sexes
pincements, étreintes, frôlements, tapotements importuns
demandes, remarques ou gestes importuns de caractère sexuel, propositions sexuelles explicites
exhibition de matériel pornographique
Comme l’indique Marie-France Hirigoyen dans son livre Le harcèlement moral dans la vie professionnelle : démêler le vrai du faux ; ’’ Lorsque le harcèlement est récent et qu’il existe encore une possibilité de riposte ou un espoir de solution, les symptômes sont d’abord très proches du stress, avec ce que les médecins appellent des troubles fonctionnels : fatigue, nervosité, troubles du sommeil, migraines, troubles digestifs … C’est la réponse de l’organisme à une hyper stimulation et une tentative d’adaptation du sujet pour faire face à cette situation. […] Si le harcèlement se poursuit dans le temps ou s’il se renforce, un état dépressif majeur peut s’installer. La personne harcelée présente alors une humeur triste, un sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive et inapproprié, la perte de tout désir et un manque d’intérêt pour tout ce qui l’intéressait jusqu’alors. […] Après plusieurs mois de harcèlement moral, les symptômes de stress, indifférents au début de l’agression, se transforment en un trouble psychique manifeste. Toutes les victimes, à quelques rares exceptions près, subissent une déstabilisation durable. Le harcèlement moral laisse des traces indélébiles qui peuvent aller du stress post-traumatique à un vécu de honte récurrent, ou même à des changements durables de la personnalité. ’’

Nous pouvons donc constater que les effets du harcèlement sont très graves et qu’il ne faut pas prendre ce dernier à la légère. De plus, un contrôle accru de ce genre de situation est absolument nécessaire en milieu de travail autant envers les employeurs qu’envers les salariés. Il ne faut jamais oublier que le harcèlement peut être fait par un salarié auprès d’un autre salarié.
Attention, n’importe quel conflit ou agression ne se définit pas comme du mobbing. Il est normal que des frictions, tiraillements, jalousies apparaissent dans un groupe.
Une remarque blessante dans un moment d’énervement n’est pas significative.
C’est la répétition des vexations, des humiliations sans aucun effort pour les nuancer qui constitue le phénomène destructeur.
Cette manipulation perverse est plus insidieuse à se mettre en place qu’un abus de pouvoir vite démasqué, mais fait d’autant plus de ravages.
Il existe une liste de références établie par LEYMANN qui fixe 45 agissements constitutifs de mobbing s’ils se produisent de manière répétitive sur au moins six mois.
Portrait du harceleur :
Il n’existe pas de « précis du petit harceleur » qui aiderait à s’en défendre de manière systématique car la caractéristique du harceleur est son habilité à déployer un arsenal pervers et manipulateur qui va de la séduction à la tyrannie et ce de façon sournoise, insidieuse et acharnée.
Ici la lutte ne se fait pas à armes égales car la victime met souvent très longtemps à se rendre compte qu’il s’agit d’une guerre.
Le harceleur parvient à déstabiliser sa proie et va jusqu’à la rendre responsable de ce qui ne va pas.
La victime, pétrifiée par cette situation, perd ses repères et sa confiance en soi.
Elle se trouve isolée, incapable de comprendre ce qu’on lui reproche réellement et s’enlise dans l’interprétation de non-dits, de haussements d’épaules et de phrases inachevées.
Elements constitutifs de harcelement
Empêcher la victime de s’exprimer
* Le supérieur hiérarchique refuse à la victime la possibilité de d’exprimer.
* La victime est constamment interrompue.
* Les collègues l’empêchent de s’exprimer.
* Les collègues hurlent, l’invectivent.
* Critiquer le travail de la victime.
* Critiquer sa vie privée.
* Terroriser la victime par des appels téléphoniques.
* La menacer verbalement.
* La menacer par écrit.
* Refuser le contact (éviter le contact visuel, gestes de rejet,...).
* Ignorer sa présence. par exemple en s’adressant exclusivement à des tiers.

Isoler la victime
* Ne plus lui parler.
* Ne plus se laisser adresser la parole par elle.
* Lui attribuer un poste de travail qui l’éloigne et l’isole de ses collègues.
* Interdire à ses collègues de lui adresser la parole.
* Nier la présence physique de la victime.
Déconsidérer la victime auprès de ses collègues
* Médire d’elle ou la calomnier.
* Lancer des rumeurs à son sujet.
* Se gausser d’elle, la ridiculiser.
* Prétendre qu’elle est une malade mentale.
* Tenter de la contraindre à un examen psychiatrique.
* Railler une infirmité.
* Imiter la démarche, la voix, les gestes de la victime pour mieux la ridiculiser.
* Attaquer ses convictions politiques ou ses croyances religieuses.
* Se gausser de sa vie privée.
* Se moquer de ses origines, de sa vie privée.
* La contraindre à un travail humiliant.
* Noter le travail de la victime inéquitabalaement et dans des termes malveillants.
* Mettre en question, contester les décisions de ses victimes.
* L’injuruer dans les termes obscènes et dégradants.
* Harceler sexuellement la victime (gestes et propos)
Discréditer la victime dans son travail
* Ne plus lui confier aucune tâche.
* La priver de toute occupation et veiller à ce qu’elle ne puisse en trouver aucune par elle-même.
* La contraindre à des tâches totalement inutiles et/ou absurdes.
* Lui donner sans cesse des tâches nouvelles.
* La charger de tâches très inférieures à ses compétences.
* Lui faire exécuter des travaux humiliants.
* Confier à la victime des tâches exigeants des qualifications très supérieures à ses compétences, de manière à la discréditer.

Compromettre la santé de la victime
* Contraindre la victime à des travaux dangereux ou nuisibles à la santé.
* La menacer de violences physiques.
* L’agresser physiquement, mais sans gravité, « à titre d’avertissement ».
* L’agresser physiquement, sans retenue.
* Occasionner volontairement des frais à la victime dans l’intention de lui nuire.
* Occasionner des dégâts au domicile de la victime ou à son poste detravail.
* Agresser sexuellement la victime.
Que faire en cas de mobbing ?
Dans la première phase de mobbing, la victime s’efforce d’éviter le conflit, elle se résigne à s’adapter. Cependant, cette lutte sournoise la vide de son énergie et l’empêche souvent de réfléchir clairement. Cette période de confusion et de stress provoque maux de tête, de dos, d’estomac, insomnies, angoisses et débouche souvent sur une prise voire un abus de tranquillisants ou d’autres substances comme tabac et alcool.
Il est important d’agir le plus rapidement possible, dès que l’on pense être victime de mobbing. Comme nous l’avons dit, on met parfois longtemps à s’apercevoir qu’il y a conflit, tant il est larvé.
Seulement voilà, quand on est en proie au harcèlement moral, il y a doute et passer à l’action est très difficile. Le harceleur sait tellement bien faire croire à sa victime qu’elle est coupable qu’il est très difficile à celle-ci de récupérer son pouvoir, sa puissance personnelle et de trouver le courage nécessaire pour agir et faire valoir ses droits.
Dès qu’on prend conscience du mobbing, il n’y a donc pas une minute à perdre et un appui extérieur est souvent nécessaire.
- Analyser la situation :
La mise en œuvre d’un processus d’usure psychologique trouve son origine soit dans une cause objective, soit dans la perversité de celui qui le met en œuvre et le poursuit.
Il existe une cause objective de l’insatisfaction de l’auteur du harcèlement :
la situation peut s’améliorer après une discussion constructive ou une médiation si elles sont suivies de la mise en place de nouvelles procédures. En effet, il se peut que le harcèlement ne soit qu’une réponse inappropriée à des erreurs effectivement commises ou perçues comme telles.
Il n’existe pas une cause objective :
La victime n’a rien à se reprocher : le parcours risque d’être long et difficile.
La relation de travail est-elle encore possible ?
Faut-il envisager la rupture ?
Du statut du harceleur dans l’entreprise et de la taille de celle-ci dépendent beaucoup de choses :
* intervention d’un supérieur,
* d’un DRH,
* possibilité de mutation. Encore que la mutation de la personne harcelée ait souvent tendance à renforcer son sentiment d’injustice et puisse ne pas suffire à sa guérison dans la mesure où la faute est ainsi gommée plus que réparée.
Se faire accompagner peut vous permettre d’agir parce que vous allez immédiatement :
- vous sentir soutenu
- prendre du recul
- retrouver confiance en vous
- identifier vos besoins, vos objectifs et vos priorités
- préserver vos autres domaines de vie (famille, couple, amis…)
- faire le choix de la meilleure riposte possible en fonction de l’objectif que vous vous serez fixé
- trouver et choisir les bons alliés
- mesurer les conséquences de vos choix
anticiper sur l’avenir
- Etudier les solutions et se protéger efficacement.
Si la rupture du contrat de travail est souvent la seule issue, il importe cependant avant d’en arriver là d’étudier toutes les solutions possibles et dans l’intervalle de se protéger efficacement :
Ne pas subir : interpeller courtoisement mais fermement l’auteur du harcèlement
Prendre certaines précautions, ne pas laisser de dossiers importants sans surveillance, ne pas hésiter à fermer son bureau à clé.
Réunir le plus grand nombres de preuves possible, garder les doubles de courriers importants.
Tout noter, tenir un journal de bord : concrètement, il est recommandé de réunir le plus de preuves possible, de noter les faits, avec tous les éléments, de façon extrêmement minutieuse.
Attirer l’attention des collègues, parler à ses proches.
Souscrire une assurance protection juridique avant que le processus ne soit trop avancé, si on envisage de devoir ultérieurement se défendre en justice.
Veiller dans la mesure du possible à accroître sa résistance psychologique et psychique, s’aérer, prendre des loisirs, faire de l’exercice, voir des amis et surtout ne pas s’isoler.
Concrètement, il faut envisager de :
- S’adresser au chef du personnel si l’on a confiance en lui.
- Consulter un médecin du travail.
- S’adresser à son médecin traitant et en cas de besoin à un spécialiste de la souffrance psychologique. Il est évident que, lorsque les situations dégénèrent trop et deviennent trop difficiles à supporter, un soutien psychologique est nécessaire.
Parfois même, il faudra un traitement pour des troubles spécifiques (symptômes de stress post traumatique par exemple) lorsque le mobbing est allé très loin.
- S’arrêter de travailler.
- Prendre un avocat.
- S’adresser à une structure de lutte contre le mobbing et aux inspections cantonales du travail (voir dans les adresses