Accueil > Articles > Analyses
RIA Novosti
L’activité fébrile des diplomates et les hésitations criantes de l’administration américaine mettent en évidence un fait incontestable : celui de l’influence accrue de la Turquie dans le monde.
Rappelons que la résolution du comité revêt un caractère non contraignant, que personne ne sait très bien si elle va être soumise à une réunion plénière de la chambre des représentants, mais la Turquie a déjà rappelé son ambassadeur pour consultations à Ankara et, comme le fait savoir le New York Times, la Secrétaire d’État Hillary Clinton a demandé aux membres du congrès de ne pas aborder actuellement ce sujet délicat.
Après l’extermination de 1,5 million d’Arméniens en 1915 à la suite des actions du gouvernement des « Jeunes Turcs », la Turquie et l’Arménie avaient rompu toutes relations diplomatiques. La fin de ce refroidissement ne s’est dessinée que l’année dernière lorsqu’à l’automne 2009, les deux parties se sont entendues pour rétablir des contacts bilatéraux. Cela a été considéré comme un succès des dirigeants turcs, plus précisément du président et du premier ministre. Le « dégel » serait-il maintenant reporté ?
C’est peu probable. En revanche, les hommes politiques turcs tenteront manifestement de profiter de la situation pour rehausser leur propre prestige. En effet, quel pays pourrait se targuer de faire hésiter le chef de la diplomatie de la plus forte puissance du monde ?
Il est fort possible que le scandale actuel ne fasse qu’accroître le prestige de l’actuel premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Il avait récemment jeté un défi aux militaires, pour la première fois dans l’histoire du pays, en révélant les plans d’un coup d’État militaire prévu initialement en 2003. Avant cela, Erdogan avait assumé le rôle de défenseur des Palestiniens, ses frères musulmans, en critiquant sévèrement Israël pour son opération dans la bande de Gaza. Pendant la campagne irakienne des États-Unis, la Turquie n’avait pas laissé passer les troupes américaines par son territoire, obligeant ainsi Washington à emprunter l’itinéraire méridional pour son intervention en Irak.
Et voilà que la position des États-Unis sur le génocide des Arméniens, ambiguë depuis plusieurs années et qui avait aidé Washington, à un moment donné, à entraîner la Turquie dans l’OTAN et à lui conférer une position forte, commence à se retourner contre les intérêts américains. C’est une histoire pleine d’enseignements. En effet, il ne s’agit pas seulement des événements de 1915, il y a aussi d’autres exemples. Les médias occidentaux oublient toujours le massacre des Arméniens en 1989-1990 à Bakou, en ne mentionnant que l’introduction des troupes soviétiques dans cette ville. Cette mémoire sélective des médias américains et ouest-européens s’explique facilement : il est très facile d’accuser de tous les maux la « main de Moscou » et d’oublier les événements précédents, bien que les troupes envoyées alors sur ordre de Moscou aient sauvé des milliers d’Arméniens et d’autres « russophones » de Bakou. D’ailleurs, dans plusieurs médias russes, le sujet des pogroms de Bakou est impopulaire, presque interdit. On prétend qu’on pourrait perdre là des contrats de publicité et se quereller avec des personnes influentes.
« Je ne sais pas ce qu’il faut faire pour que les médias du monde entier se souviennent de ces événements, a déclaré le politologue Andronik Migranian, membre de la Chambre civile de Russie. Faut-il que la République d’Arménie lance elle-même des campagnes d’informations pour que l’affaire bouge du point mort ?! »
En fait, tant les événements de 1915 que ceux des années 1980 en Arménie et en Azerbaïdjan concernent le monde entier, et non pas seulement les Arméniens. Les pogroms anti-arméniens de Bakou avaient été précédés de l’expulsion violente des Azerbaïdjanais du Haut-Karabakh, puis la tragédie de Khodjaly avait bouleversé le monde entier. Garder à l’esprit, ne pas oublier les massacres, s’interdire toute mémoire sélective. Sinon, les scandales diplomatiques du type de la brouille américano-turque actuelle se reproduiront sans arrêt.
Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur
rianovosti
Retour haut de page
Veuillez laisser ce champ vide :
Info : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.
Retour haut de page Retour aux commentaires
Aux anciens légionnaires parachutistes qui ont participé à l’opération "Bonité" sur Kolwezi en mai 1978. Tout a été dit sur Kolwezi sauf (...)
Arrivée depuis peu dans nos rangs, la femme militaire fait partie intégrante du dépliant commercial des armées. 14 juillet, de l’ENSOA à (...)
Ils étaient plus de 1000 scouts à se rassembler du 31 juillet au 3 août 2010 à Fort-Médoc en Gironde pour fêter le centenaire de la naissance du (...)
C’est en mars 2003 qu’avait commencé l’invasion américaine en Irak, (...)
Pas si simple... On attend, on attend, on attend. Le Brésil devrait, de source sûre, (...)
Moscou, Pékin et Washington doivent conjuguer leurs efforts en vue de renforcer la (...)
Des porte-hélicoptères français de type Mistral pourraient être construits sous (...)
Le 30 août 2010, le chef d’état-major des armées a reçu les conclusions de l’enquête sur l’origine des tirs qui ont fait trois (...)
En août 2007, l’US Air Force a fait savoir par l’intermédiaire de son Aeronautical Systems Group qu’elle cherchait un avion (...)
Le brouillard de la guerre résulte d’une incertitude fondamentale, provenant de l’absence de renseignement sur l’ennemi. On (...)
EN DIRECT DES ARMÉES POINTS CHAUDS DÉPLOIEMENT Alpins en Afghanistan : d’un mandat à l’autre COMBAT La DEA en Afghanistan (...)
Plus de vidéos