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Quatre millions de morts, allemands et français, durant la guerre de 14-18.
Une Europe dévastée, deux nations exsangues. Qui est responsable de ces massacres ? Mettre en cause l’aveuglement et l’incompétence des généraux fut longtemps hors de question. C’était mettre en doute l’honneur et la crédibilité de l’armée, la légitimité même de la République. Quand la voix de la Clemenceau s’élevait, on criait à la trahison.
NIVELLE
En 1914, Gamelin ordonne l’offensive : 250.000 morts en deux mois. Nivelle n’encourt aucune sanction après l’échec du Chemin des Dames...
GAMELIN
S’appuyant sur des archives et des témoignages inédits, Pierre Miquel analyse l’engrenage effrayant de l’obstination des gouvernements, des stupidités stratégiques et de l’inévitable boucherie, dans un ouvrage saisissant qui nous fait comprendre le mécanisme de l’horreur en uniforme.

La France n’est jamais prête pour la guerre.
En 1940, ce sont les avions qui manquaient, en 1914 il s’agissait des canons lourds. Pourtant, ce n’était pas faute d’avoir des généraux. Dans ce nouvel ouvrage qui prolonge son travail monumental sur Les Poilus (Plon), Pierre Miquel s’attache à décrire les erreurs de commandement, aux conséquences humaines souvent tragiques, commises par certains de ceux qui ont dirigé la guerre de 14.

« Le défaut moyen d’un général, écrit-il, ce n’est pas qu’il pense, mais qu’il veut être le seul à le faire. »
En 1940, Gamelin pense ligne Maginot ; en 1914, le même Gamelin, bras droit de Joffre, pense offensive. Résultat : 250 000 morts en deux mois. Quelles que soient ses erreurs, aucun général ne sera jugé, et pas davantage les politiques qui lui ont accordé tous pouvoirs. Néanmoins, certains de ces militaires seront limogés ou placardisés. La liste est longue : Joffre, Foch, Pétain, Mangin, Nivelle...

Le livre de Pierre Miquel montre de façon saisissante que, s’il était bon de fusiller des caporaux, les généraux avaient, eux, droit à des égards, même s’ils s’étaient parfois lourdement trompés. S’appuyant sur des archives inédites et des témoignages nouveaux, cet ouvrage apporte des révélations saisissantes sur l’une des pages les moins glorieuses et les plus soigneusement occultées de la guerre de 14.
Auteur : Pierre Miquel
Disponible chez pocket n°11640


En 1917, au Chemin des Dames.
Récit de M. Antoine-Élie GAL, né aux Mées en 1896, décédé en 1993.
Les Poilus du Chemin des Dames
« En 1917, le 6ième Bataillon de Chasseurs à pied se trouvait sur le front du fameux « Chemin des Dames » (baptisé ainsi, un siècle et demi plus tôt, parce que les filles de Louis XV l’empruntaient pour se rendre au château d’Ove, chez leur dame d’atours).
Vers le milieu de la première quinzaine de juillet, nous partîmes à pied (je ne saurais dire Si c’était tout le bataillon, ou une partie seulement), nous partîmes donc, des environs de Soissons, pour Paris où nous arrivâmes après 5 ou 6 étapes. C’est au fort d’Ivry que nous fûmes consignés pour la nuit.
Le lendemain 14 juillet, levés de bon matin, grande toilette générale pour nous rendre propres et présentables. Et ce fut en tenue de campagne, vareuse, capote drap bleu horizon, casqués et équipés de nos fusils, cartouchières (sans cartouches). Il faisait chaud, très chaud, et tout habillés de drap comme nous l’étions, je vous assure que le soir il manquait un certain nombre d’entre nous pour cause d’insolation.
La traversée de Paris, dans son diamètre (environ 20 km) fut allongée du fait que nous devions défiler par les Champs-Élysées, l’Arc de Triomphe et les grands monuments, etc. Je ne saurais dire l’heure à laquelle fut terminé le défilé. Nous étions tous très fatigués le soir.
Par un front de 8 ou 10 soldats, je ne puis me rappeler le nombre (15 ou 20 000, peut-être plus), plusieurs catégories de régiments de toutes armes étaient là. Décrire cette ambiance, cet enthousiasme, cette gaieté, est impossible (il n’y a pas de mots pour cela). Une mer humaine entravait notre marche. Une pluie, c’est le mot qu’il faut, de pièces de monnaie d’argent de toutes grandeurs, des boîtes de cigares vidées depuis les plus hauts étages, des paquets de cigarettes, même des billets de banque que le vent faisait virevolter. En même temps, nous étions arrêtés par des milliers de bras de jeunes femmes nous embrassant avec fougue, vigueur et conviction.
Difficile de choisir, ramasser, recevoir cet argent, ou accepter les baisers de cette foule en délire qui nous empêchait d’avancer. En fait, nous avions besoin des deux, dont nous étions privés depuis longtemps.
Tout ayant une fin ici-bas, après un parcours très difficile et très fatiguant, nous avons été conduits dans un 2ième fort dont je n’ai pas retenu le nom, pour y dormir. Pour la petite histoire, je vous dirai que nous avions presque tous des petits papiers, des billets placés là dans nos poches par ces femmes qui nous donnaient leur adresse en nous invitant à les rejoindre dès que possible Certaines disaient « je vous attendrai pendant 10 jours ! », d’autres « ...plusieurs mois ! ». Tout cela n’était pas sérieux, puisque trois jours plus tard, nous étions revenus (avec notre fourragère rouge seulement) sur les lieux des combats, le Chemin des Dames, d’où l’on apercevait cette fois côté ouest, la Cathédrale de Reims.

Arrivés en pleine nuit, devant l’entrée d’une galerie entrant dans le flanc de ce Chemin des Dames. À tâtons, on a pénétré à l’intérieur pour nous reposer quelques heures. La ligne de bataille était devant cette galerie, à une cinquantaine de mètres. On nous fit prendre place dans des trous d’obus avec l’ordre de les approfondir afin que notre tête ne dépasse pas le bord en nous plaçant en position à genoux. L’ennemi était en face, à 40 m à peine. Les bombardements étaient permanents. Le ravitaillement n’arrivait pas, les soldats allant le chercher ne rentraient plus. Rien à manger, rien à boire, à part quelques biscuits ou chocolat trouvés dans les sacs ou musettes des morts présents tout autour de nous, aussi bien français qu’allemands. Depuis le 16 avril 1917, l’offensive française n’avait pu enfoncer les lignes ennemies. Un corps d’Infanterie y perdit 170 officiers et 6 500 hommes. Les souffrances physiques et l’omniprésence de la mort restent nos souvenirs les plus douloureux. Nous passions des mois sans nous laver, nos corps étaient couverts de poux, les gros rats couraient entre nos pieds. La nourriture que des soldats désignés allaient chercher dans les roulantes à des kilomètres du front, était toujours froide, ou n’arrivait jamais.
Pour passer le temps, on jouait aux cartes. Beaucoup de mes compagnons sont morts pendant une partie. C’est au Chemin des Dames que nous avons connu nos pire moments. Les bombardements ne cessaient jamais, le jour comme la nuit. Quand on nous a relevés, nous étions tellement épuisés que nous avons dormi 24 heures d’affilée sans manger, alors que nous avions faim, soif, et sans nous laver...
Je suis retourné sur le Chemin des Dames, un certain nombre d’années plus tard. Je n’ai rien pu retrouver. Plus de traces sauf les cimetières.
Ces mois de guerre, je ne les oublierai jamais. Mais, autour de moi, je ne connais plus personne qui les ait vécus. Alors, avec qui en parler ?... ».
Récit recueilli en juillet 1988 par Michèle SIGNORET, à l’Hôpital des Mées où Antoine-Élie GAL était pensionnaire.
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