Le gâchis des généraux (1914-1918)

publié le lundi 24 novembre 2008

Quatre millions de morts, allemands et français, durant la guerre de 14-18.

Une Europe dévastée, deux nations exsangues. Qui est responsable de ces massacres ? Mettre en cause l’aveuglement et l’incompétence des généraux fut longtemps hors de question. C’était mettre en doute l’honneur et la crédibilité de l’armée, la légitimité même de la République. Quand la voix de la Clemenceau s’élevait, on criait à la trahison.

NIVELLE

En 1914, Gamelin ordonne l’offensive : 250.000 morts en deux mois. Nivelle n’encourt aucune sanction après l’échec du Chemin des Dames...

GAMELIN

S’appuyant sur des archives et des témoignages inédits, Pierre Miquel analyse l’engrenage effrayant de l’obstination des gouvernements, des stupidités stratégiques et de l’inévitable boucherie, dans un ouvrage saisissant qui nous fait comprendre le mécanisme de l’horreur en uniforme.

La France n’est jamais prête pour la guerre.

En 1940, ce sont les avions qui manquaient, en 1914 il s’agissait des canons lourds. Pourtant, ce n’était pas faute d’avoir des généraux. Dans ce nouvel ouvrage qui prolonge son travail monumental sur Les Poilus (Plon), Pierre Miquel s’attache à décrire les erreurs de commandement, aux conséquences humaines souvent tragiques, commises par certains de ceux qui ont dirigé la guerre de 14.

« Le défaut moyen d’un général, écrit-il, ce n’est pas qu’il pense, mais qu’il veut être le seul à le faire. »

En 1940, Gamelin pense ligne Maginot ; en 1914, le même Gamelin, bras droit de Joffre, pense offensive. Résultat : 250 000 morts en deux mois. Quelles que soient ses erreurs, aucun général ne sera jugé, et pas davantage les politiques qui lui ont accordé tous pouvoirs. Néanmoins, certains de ces militaires seront limogés ou placardisés. La liste est longue : Joffre, Foch, Pétain, Mangin, Nivelle...


Le livre de Pierre Miquel montre de façon saisissante que, s’il était bon de fusiller des caporaux, les généraux avaient, eux, droit à des égards, même s’ils s’étaient parfois lourdement trompés. S’appuyant sur des archives inédites et des témoignages nouveaux, cet ouvrage apporte des révélations saisissantes sur l’une des pages les moins glorieuses et les plus soigneusement occultées de la guerre de 14.


-  Auteur : Pierre Miquel
-  Disponible chez pocket n°11640


En 1917, au Chemin des Dames.

Récit de M. Antoine-Élie GAL, né aux Mées en 1896, décédé en 1993.

Les Poilus du Chemin des Dames

« En 1917, le 6ième Bataillon de Chasseurs à pied se trouvait sur le front du fameux « Chemin des Dames » (baptisé ainsi, un siècle et demi plus tôt, parce que les filles de Louis XV l’empruntaient pour se rendre au château d’Ove, chez leur dame d’atours).

Vers le milieu de la première quinzaine de juillet, nous partîmes à pied (je ne saurais dire Si c’était tout le bataillon, ou une partie seulement), nous partîmes donc, des environs de Soissons, pour Paris où nous arrivâmes après 5 ou 6 étapes. C’est au fort d’Ivry que nous fûmes consignés pour la nuit.

Le lendemain 14 juillet, levés de bon matin, grande toilette générale pour nous rendre propres et présentables. Et ce fut en tenue de campagne, vareuse, capote drap bleu horizon, casqués et équipés de nos fusils, cartouchières (sans cartouches). Il faisait chaud, très chaud, et tout habillés de drap comme nous l’étions, je vous assure que le soir il manquait un certain nombre d’entre nous pour cause d’insolation.

La traversée de Paris, dans son diamètre (environ 20 km) fut allongée du fait que nous devions défiler par les Champs-Élysées, l’Arc de Triomphe et les grands monuments, etc. Je ne saurais dire l’heure à laquelle fut terminé le défilé. Nous étions tous très fatigués le soir.

Par un front de 8 ou 10 soldats, je ne puis me rappeler le nombre (15 ou 20 000, peut-être plus), plusieurs catégories de régiments de toutes armes étaient là. Décrire cette ambiance, cet enthousiasme, cette gaieté, est impossible (il n’y a pas de mots pour cela). Une mer humaine entravait notre marche. Une pluie, c’est le mot qu’il faut, de pièces de monnaie d’argent de toutes grandeurs, des boîtes de cigares vidées depuis les plus hauts étages, des paquets de cigarettes, même des billets de banque que le vent faisait virevolter. En même temps, nous étions arrêtés par des milliers de bras de jeunes femmes nous embrassant avec fougue, vigueur et conviction.

Difficile de choisir, ramasser, recevoir cet argent, ou accepter les baisers de cette foule en délire qui nous empêchait d’avancer. En fait, nous avions besoin des deux, dont nous étions privés depuis longtemps.

Tout ayant une fin ici-bas, après un parcours très difficile et très fatiguant, nous avons été conduits dans un 2ième fort dont je n’ai pas retenu le nom, pour y dormir. Pour la petite histoire, je vous dirai que nous avions presque tous des petits papiers, des billets placés là dans nos poches par ces femmes qui nous donnaient leur adresse en nous invitant à les rejoindre dès que possible Certaines disaient « je vous attendrai pendant 10 jours ! », d’autres « ...plusieurs mois ! ». Tout cela n’était pas sérieux, puisque trois jours plus tard, nous étions revenus (avec notre fourragère rouge seulement) sur les lieux des combats, le Chemin des Dames, d’où l’on apercevait cette fois côté ouest, la Cathédrale de Reims.

Arrivés en pleine nuit, devant l’entrée d’une galerie entrant dans le flanc de ce Chemin des Dames. À tâtons, on a pénétré à l’intérieur pour nous reposer quelques heures. La ligne de bataille était devant cette galerie, à une cinquantaine de mètres. On nous fit prendre place dans des trous d’obus avec l’ordre de les approfondir afin que notre tête ne dépasse pas le bord en nous plaçant en position à genoux. L’ennemi était en face, à 40 m à peine. Les bombardements étaient permanents. Le ravitaillement n’arrivait pas, les soldats allant le chercher ne rentraient plus. Rien à manger, rien à boire, à part quelques biscuits ou chocolat trouvés dans les sacs ou musettes des morts présents tout autour de nous, aussi bien français qu’allemands. Depuis le 16 avril 1917, l’offensive française n’avait pu enfoncer les lignes ennemies. Un corps d’Infanterie y perdit 170 officiers et 6 500 hommes. Les souffrances physiques et l’omniprésence de la mort restent nos souvenirs les plus douloureux. Nous passions des mois sans nous laver, nos corps étaient couverts de poux, les gros rats couraient entre nos pieds. La nourriture que des soldats désignés allaient chercher dans les roulantes à des kilomètres du front, était toujours froide, ou n’arrivait jamais.

Pour passer le temps, on jouait aux cartes. Beaucoup de mes compagnons sont morts pendant une partie. C’est au Chemin des Dames que nous avons connu nos pire moments. Les bombardements ne cessaient jamais, le jour comme la nuit. Quand on nous a relevés, nous étions tellement épuisés que nous avons dormi 24 heures d’affilée sans manger, alors que nous avions faim, soif, et sans nous laver... Je suis retourné sur le Chemin des Dames, un certain nombre d’années plus tard. Je n’ai rien pu retrouver. Plus de traces sauf les cimetières.

Ces mois de guerre, je ne les oublierai jamais. Mais, autour de moi, je ne connais plus personne qui les ait vécus. Alors, avec qui en parler ?... ».

Récit recueilli en juillet 1988 par Michèle SIGNORET, à l’Hôpital des Mées où Antoine-Élie GAL était pensionnaire.

.

7 Messages de forum

  • Le gâchis des généraux (1914-1918) 12 novembre 2008 19:26

    ça continue, les mêmes nous ont plongé dans la cuvette en indochine, pourtant ce sont eux qui nous apprenaient que qui tient les hauts tient les bas.....les mêmes encore qui ont oublié de tenir les hauteurs de sarajevo....

    Répondre à ce message

  • Le gâchis des généraux (1914-1918) 14 novembre 2008 10:02, par )

    les mêmes qui envoient trois sections commandées par des sous-officier sans capitaine, sans reconnaissance, sans appui aérien, sans soustien mortier dans les gorges de la vallée d’Uzbin

    Répondre à ce message

  • Le gâchis des généraux (1914-1918) 16 novembre 2008 14:56, par philippe

    oui cela continue, le vieux syndrome sécuritaire et de repli sur soi : "bien sur les généraux sont tous d’horribles salopards, carriéristes, perso et imbus de leur personne. c’est tellement facile de faire le parallèle entre 14-18 qui a ébranlé notre pays et son armée et la période que nous traversons. il nous faut des coupables ! vite, vite !" cela sent un peu le pogrom...

    c’est vrai : "sans les généraux , cela irait tellement mieux , avec seulement des colonels quoique, si on enlevait aussi les colonels, cela sera bien pratique, on gagnerait des points d’indices à redéployer sur les commandants, les capitaines ou les adjudants-chefs. avec des raisonnements comme cela, on va loin. car, bien sur, on fera la maille face à une société civile, des sommités intellectuelles qui n’attendent que cela de ne plus avoir de correspondants capables de réfléchir face à eux. car c’est un peu oublier que nous sommes une communauté d’hommes avec sa hiérarchie qui n’est pas fondamentalement différente de celle de l’administration ou des grandes entreprises. c’est un peu oublier qu’il faut sélectionner nos élites car il nous faut des élites et qu’en 14, les généraux de 14 ont été limogés et remplacés par des colonels ou des capitaines qui furent à leur tour les généraux de 40 et ainsi de suite. c’est un peu oublier que nos généraux furent aussi lieutenants, capitaines,etc. et qu’ils ont connu le corps de troupe, le commandement de contact avec leurs qualités et leurs défauts. je note d’ailleurs qu’à ce jour, la plupart de nos chefs ont principalement servi dans les unités les plus prestigieuses (logique, ils étaient les majors de leur promo) et que , ce faisant, ils ont participé à toutes les actions militaires des vingt dernières années. je note que les avis parfois sentencieux de tel ou tel provient généralement de quelqu’un qui n’a pas servi longtemps ou pas servi du tout sous les ordres de tel ou tel général. c’est un peu oublier que nous sommes dans un monde d’offre et de demande et qu’en 2008, on n’attire pas les mouches avec du vinaigre. ce qui signifie que garder les meilleurs lieutenants, capitaines ou commandants pour être un jour nos chefs, cela signifie aussi des salaires au moins aussi attractifs que ceux des énarques et autres capitaines d’industrie (toutes proportions gardées). au final, je ne donnerais pas le bon dieu sans concession à nos chefs car ce sont des hommes avant tout, mais ils ont été choisis sur des critères en rapport avec notre société. nous n’avons heureusement pas connu 14 mais nous fumes suffisamment mis en situation pour avoir une petite idée de ce qu’ils valent. en fait, c’est une question vieille comme le monde : celui de la sélection des élites...

    signé : un officier qui ne sera jamais général...

    Répondre à ce message

  • Le gâchis des généraux (1914-1918) 16 novembre 2008 18:35, par Fred

    Il faut lire le livre pour comprendre le titre !Ne sortons pas du contexte... Nous sommes en 14-18 et ces généraux sont nés entre 1850 et 1870 avec les défauts des guerres de ce temps là : la surconsommation de fantassins pour enlever des monticules de glaise, terres de France... Pas d’amalgame s’il vous plaît... Pas d’allusions stupides non plus...

    Répondre à ce message

  • Le gâchis des généraux (1914-1918) 18 novembre 2008 21:36, par valentin

    Je préfère un général horrible salopard qu’un incapable. Les défaites de l’armée française écrasée en 1870, le courage incontestable du troupier ne pouvant suppléer la nullité de Bazaine. Victorieuse à l’arrachée en 1918 après des pertes insensées, écrasée à nouveau en 1940 avec un Gamelin qui commandait depuis Vincennes, prouvent que les nuls pourvu qu’ils soient un tantinet courtisans arrivent plus facilement au sommet que les hommes de caractère. Quant au sens de l’organisation et la cohérence, elles sont au gaulois ce que la gastronomie est au britannique.

    Répondre à ce message

  • Le gâchis des généraux (1914-1918) 19 novembre 2008 12:09

    Valentin écrit : « un Gamelin qui commandait depuis Vincennes, prouvent que les nuls pourvu qu’ils soient un tantinet courtisans arrivent plus facilement au sommet que les hommes de caractère »

    Et Charles de Gaulle ??? ce n’est pas le « courtisanat » qui l’a conduit là où on sait...

    Et Bigeard ??? Et Leclerc ??? ET de Lattre ???

    Pardon pour ceux que j’oublie...

    Répondre à ce message

  • Le gâchis des généraux (1914-1918) 19 novembre 2008 16:07, par tango

    le gamelin de Vincennes est devenu plutôt collabo alors que les autres on fait résistance alors le courtisanat !!! il y a des limites

    Répondre à ce message


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

Chroniques Armees.Com

L’opération punitive d’Israël : manoeuvre électorale et fait accompli

L’opération militaire israélienne dans la bande de Gaza défie, en terme de résultat escompté, l’entendement. Une telle opération, dans une zone hyper urbaine, ne peut être menée que de façon terrestre tant l’impossibilité de frappes ciblées sans dommages civils importants est (...)

0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 |... Tous