Pour Armees.com avec l’aimable autorisation du général de corps d’armée (2S) Michel Asencio, Chercheur associé au FRS
Les Quadrennial Defense Review (QDR) américaines dessinent depuis plusieurs années avec constance et surtout avec des milliards de dollars à l’appui, le champ de bataille du futur.
A l’échéance d’une vingtaine d’année, ce qui s’y déroulera ne sera pas si éloigné de ce qui s’y déroule déjà aujourd’hui. La guerre des villes revient à l’ordre du jour et la bataille du futur se déroulera, avec 75 % de chances, dans une grande ville ou dans la capitale d’un État. Quel que soit cet espace de combat, il pourrait se dessiner dans son approche la plus technologique, qui est celle des États-Unis aujourd’hui, comme un vaste espace couvert de robots indépendants ou de dispositifs automatiques à pilotage déporté, avec (quand même) quelques troupes au sol pour occuper le terrain. Même si cette vision n’est pas totalement partagée, en particulier par les Européens, il est indéniable que ce scénario est déjà fortement esquissé et conforté par le développement très rapide des technologies nouvelles et leur utilisation sur le terrain. Les conflits actuels illustrent déjà les prémices de cette nouvelle approche du combat et deviennent les champs d’expérimentations de cette robotisation généralisée.

Présentation du champ de bataille
Ce futur champ de bataille peut être décrit de la façon imagée suivante :
Un essaim de robots terrestres et aériens, équipés de multiples senseurs, sillonnent les forêts, les champs et les villes adverses, survolés par des UCAV, aéronefs non pilotés de combat, tandis que dans l’espace, des satellites, ravitaillés et dépannés en orbite, surveillent, transmettent, voire agressent et détruisent des engins spatiaux ennemis.
Plus bas, un hélicoptère largue un conteneur contenant des missiles équipés d’une tête guidée en autonome par laser et GPS et avec des moyens de communication automatiques.
Un soldat, au sol (car il en faudra toujours), demande par radio en langage naturel à des minidrones, un appui feu sur des cibles mobiles qu’il a aperçues et dont il donne la position.
Sans autre intervention humaine, les missiles du conteneur sont lancés. Certains resteront en attente pour assurer une deuxième frappe si nécessaire.
Ce scénario ne sera rendu possible que grâce à un réseau dense et maillé de communications et d’informations. L’importance toujours croissante de l’Information, ADN de la préparation et de la conduite des opérations, ne se démentira pas.
Dans cette projection à plus de vingt ans, on peut retenir deux grandes tendances lourdes :
L’application d’un concept d’opérations en réseau pour les Français, de Network Enable Capability chez les Britanniques et Network Centric Warfare chez les Américains, sous-tend les « Transformations » entamées par les forces occidentales. Ces différentes appellations, qui veulent aboutir aux mêmes effets, ne vont pas sans nuances de taille dans leur application et en particulier les places relatives de l’Homme et de la technologie.

Deuxième tendance, corollaire de la précédente, la robotisation air-terre-mer, poussée à son maximum chez les Américains, maniée avec plus de réserve chez les Européens qui veulent laisser une plus grande place à l’initiative humaine.
La Quadrennial Defense Review (QDR 2006) américaine reflète d’ailleurs le besoin de ces nouvelles capacités qui viennent s’ajouter à celles déjà existantes et le caractère déterminant des systèmes info centrés (concept NCW) dans une perspective interarmées et inter agences gouvernementales.
Le scénario décrit plus haut, fait penser à la saga de la « guerre des étoiles » mais n’est pas aussi futuriste ni improbable qu’il n’y paraît. Certaines phases de combat sont déjà, au moins partiellement, mises en œuvre sur les théâtres d’opérations aujourd’hui.

Mais avant de pouvoir mener ce type de combat, il faut relever certains défis technologiques qui ne sont pas encore tout à fait à portée de main, ni même à portée de tous les budgets.
Ce document présente les principaux défis technologiques qu’il est nécessaire de relever pour mener à bien un tel type de combat. Les problèmes structurels et organisationnels qui en découleront fatalement et qui sont aussi ardus à résoudre sinon plus que les problèmes technologiques, ne seront pas détaillés ici mais ils concernent l’art de commander en opérations en réseau, l’impact de ce type d’opérations sur les structures et organisations militaires, la définition et la réalisation d’un système d’information anthropocentré... Ils font l’objet de réflexions engagées par les différentes armées occidentales dans le cadre de leurs « Transformations ».
Les systèmes concernés
Les domaines technologiques sont abordés en parcourant les diverses tranches d’altitude, de la plus élevée, l’espace, jusqu’à la plus basse, les fonds sous-marins.
1. Les systèmes spatiaux
Faible coût, lancement de satellite à la demande en quelques jours, intervention en orbite et dépannage de satellites : telle est l’expression du besoin de la part des utilisateurs. Le constat, aujourd’hui, est qu’il est trop long et trop onéreux de placer une charge utile en orbite. Dans un monde qui évolue sans cesse et qui raccourcit l’espace temps, le domaine spatial doit devenir un milieu plus réactif.
Dans cette logique, la maîtrise de l’espace repose sur 5 éléments :
Il faut être capable de lancer, à la demande, des satellites bon marché. L’objectif à long terme serait de descendre à 500$ au kg (soit une réduction d’un facteur 30). Actuellement, suivant la classe du lanceur le prix varie de 12 000 à 15 000$ le kilo, avec un délai d’une journée entre la commande et le lancement.
Il faut être capable de savoir, à tout instant ce qui se passe en orbite.
L’emploi de l’espace doit passer du stratégique au tactique, c’est-à-dire à l’information temps réel.
Il faut être capable d’assurer la sécurité des satellites contre toute menace volontaire ou non.
Il faut être capable de dénier, à l’adversaire, l’usage de l’espace.
Pour atteindre ces résultats, l’un des éléments technologiques clés pourrait bien être le microsatellite.
Dans ces concepts, le combat spatial est présent dans tous les esprits bien qu’il ne soit jamais cité (arsenalisation de l’espace).

2. Les systèmes aériens
Dans le domaine aérien l’enjeu est extrêmement important et on assiste certainement à une rupture technologique opérationnelle majeure. L’objectif est l’avion multi missions conçu de façon modulaire et capable de s’adapter à la demande. Le pilote étant lui-même un élément modulaire dans la boucle car on vise des aéronefs, pilotés ou non, suivant le type de mission envisagée.
D’autre part, pour délivrer des armes rapidement et loin, il importe de maîtriser la propulsion hypersonique.
Cet enjeu est tellement important pour les américains, qu’une nouvelle section de la DARPA a été récemment créée à cet effet : le J-UCAS (Joint Unmaned Combat Air System).
http://www.frstrategie.org GCA (2S) Michel Asencio, Chercheur associé m.asencio@frstrategie.org