Le blitzkrieg du XXIe siècle

Est-ce que la guerre éclair restera possible dans un monde où le pouvoir ne cesse de davantage de se diviser et se recomposer ? Au fur et à mesure que le duel des armes fait place à celui des idées, les armées prennent un rôle toujours plus protecteur.

Dans la pensée militaire contemporaine, la notion de guerre éclair reste largement un mythe : les campagnes foudroyantes effectuées par la Wehrmacht en Pologne, en Belgique, en France, dans les Balkans et en Russie occidentale sont devenues synonymes de victoires écrasantes aux pertes totalement disproportionnées, accomplies par des forces en tous points supérieures et parvenues intactes ou presque au terme de l’attaque.

« ... Peut-être assistons-nous aujourd’hui à une guerre éclair inspirée par l’idéal démocratique, et dont les espaces conflictuels se confondent à la planète entière. »

Bien entendu, il n’en est rien : la campagne de Pologne a par exemple entraîné pour l’Allemagne la perte de 13’100 hommes (tués et disparus), 217 chars et 564 avions (25% des appareils engagés), alors que la campagne de France a coûté à la Wehrmacht environ 45’000 hommes et 683 chars. Le choc de la défaite et de la surprise expliquent largement cette image persistante d’un succès facile, qui reste parfois colportée ; affirmer que l’armée française n’avait pas la volonté de se battre en mai et juin 1940 est ainsi une contre-vérité historique.

Offensive rapide et décisive

Pourtant, la perspective d’une offensive rapide et décisive reste au cœur des doctrines d’emploi, et pas seulement en Occident. La faculté d’exploiter à fond les faiblesses de l’adversaire tout en protégeant entièrement les siennes, afin d’atteindre au plus vite la décision, représente toujours un idéal opérationnel presque impossible à atteindre. La dissymétrie tragique que les Panzerdivisionen ont occasionnée entre 1939 et 1942 continue de frapper les imaginations, même si les masses blindées et l’appui aérien rapproché disparaissent chaque année un peu plus des arsenaux européens depuis la fin de la guerre froide. Ne serait-ce que pour trouver le moyen de s’en prémunir, il est toujours nécessaire de se demander de quoi le prochain blitzkrieg sera fait.

Ce qui est certain, c’est que les formes classiques de la guerre asymétrique, comme le terrorisme, la guérilla et la non-violence, n’en constituent pas les bases. Ces méthodes de combat nécessitent au contraire une grande amplitude temporelle, et permettent avant tout d’éviter la défaite en provoquant un épuisement de l’adversaire susceptible d’autoriser, le moment venu, une offensive amenant la victoire. Les insurrections modernes répondent ainsi à une manœuvre, mise à jour et codifiée par Mao, qui transforme la force en faiblesse, construit patiemment un soutien populaire et parvient progressivement au but. Il a fallu près de 30 ans au Nord-Vietnam pour expulser les Français et les Américains, puis s’emparer de Saigon et parachever ses conquêtes - en laissant un pays détruit et appauvri qui aujourd’hui aspire à se rapprocher des Etats-Unis.

Des formes de guerre nouvelles sont nécessaires pour provoquer l’effondrement rapide d’un pays, d’une armée ou d’une société, et ainsi répéter les grandes conquêtes que l’Histoire a connues - d’Alexandre le Grand à Hitler, en passant par César, Gengis Khan, Cortez ou encore Napoléon. A l’heure de la montée en puissance de l’individu, il est probable que la conquête militaire traditionnelle, passant par l’élimination des forces adverses ou des hommes capables de combattre, nécessite des armées impossibles à constituer, à déployer et à soutenir, ou des pratiques génocidaires suscitant aussitôt l’opposition de la planète entière. De plus, la division toujours plus affirmée du pouvoir fragilise les Gouvernements, mais renforce les sociétés et rend inutiles les actions de décapitation. Prendre Bagdad et capturer Saddam Hussein n’a pas suffi aux Etats-Unis pour l’emporter en Irak.

L’espace cybernétique semble fournir un terrain favorable à une guerre-éclair renouvelée. Pourtant, le mythe du « Pearl Harbour numérique » a bien perdu de sa superbe depuis le 11 septembre, et le développement exponentiel des réseaux informatiques réduit d’autant le nombre des individus et des organisations prêts à s’en priver. Les vulnérabilités dues à la technologie produisent une symétrie bien trop dissuasive. Par ailleurs, l’espace médiatique connaît actuellement un morcellement trop avancé, sous la forme des nouveaux médias, pour offrir la possibilité d’un succès rapide et décisif ; le domaine des perceptions et des représentations est en évolution constante, et rien n’y est jamais acquis. La réécriture de l’histoire à des fins politiques, très en vogue de nos jours, n’est que l’expression outrancière d’un phénomène d’interprétation trouvant son origine au plus profond de l’esprit humain. Impossible d’espérer un knock-out par ces seuls biais.

Réagir à cet article : poster un commentaire
:’-)):’-(:-)):-((;-):-):-(:->|-):o)B-):-P:-|:-/:-O

Actualité
   
Matériel et équipement militaire pour particuliers et professionnels