Accueil > Articles > Histoire

Le Récit du Combat de Sidi-Brahim

  • 1 commentaires Réagir
  • Partager Publier sur MySpace !
  • Taille du texte A A A

Djemmaa Ghazaouet, 26 Septembre 1845, fin de journée...

... Seize hommes épuisés, harassés, blessés sont recueillis par la garnison venue à leur rencontre : le Caporal LAVAYSSIERE, 14 chasseurs et le Hussard NATALY. Tous bouleversés, les écoutent...

Ils racontent leur marche terrible de trois lieues sous le soleil de plomb, constamment harcelés par les Arabes contre lesquels ils luttent à la baïonnette car il y a longtemps qu’ils n’ont plus de munitions. Ils étaient près de 80, formés en carré, les blessés au centre dont l’épuisement obligeait à de fréquents arrêts. Ils allaient dans la chaleur torride, par à-coups, farouchement groupés, progressant lentement, environnés d’ennemis, vers Djemmaa Ghazaouet qu’il leur fallait atteindre à tout prix.

Leur fatigue était immense, mais surtout la soif les torturait lorsqu’ils parvinrent dans le lit de l’oued Mersa, à 2000 mètres de leur objectif. Enfin, de l’eau ! Ils se jetèrent sur elle...

C’était l’endroit et le moment où les attendrait la tribu des Ouled Ziri. Ce fut un carnage. Le Capitaine de GEREAUX et le Lieutenant de CHAPPEDELEINE, déjà blessés, ont été achevés les premiers...

De cet affreux massacre, voici les 16 survivants...

Tout avait commencé le 21 Septembre...

Depuis le début du mois, l’Emir Abd EL-KADER, du MAROC où il s’était réfugié, avait entrepris de soulever les tribus Algériennes dont beaucoup, sur la frontière, s’étaient déjà reliées à nous.

Ce jour-là, le caïd TRARI, sous prétexte de nous appeler au secours, nous entraîna en réalité dans un traquenard.

Le Colonel de MONTAGNAC, commandant des troupes basées à Djemmaa Ghazaouet, n’écoutant que son envie d’en découdre, se mit à la tête d’une petite (hélas, trop petite !) colonne : 60 cavaliers du 2ème Hussard (Chef d’Escadron COURBY de COGNORD) et 350 chasseurs du 8ème Chasseurs d’Orléans (Chef de Bataillon FROMENT-COSTE) ; le tout avec 6 jours de vivres.

L’on partit le jour même à 22 heures et l’on bivouaqua à 15 kilomètres environ à l’ouest de Djemmaa Ghazaouet.

Le 22 au matin, TRARI orienta MONTAGNAC vers le Sud-Est et l’on campa après 8 kilomètres, vers 13 heures, le long de la piste, en plain bled. A ce moment, quelques cavaliers arabes sont visibles sur les crêtes qui barrent l’horizon à l’ouest. On échange à distance les premiers coups de feu.

Le 23 à l’aube, MONTAGNAC, plein d’allant, décide de se porter vers le petit parti de cavaliers ennemis aperçu la veille.

Il laisse à la garde du bivouac, le Commandant FROMENT-COSTE, le Capitaine de GEREAUX et des élèments de sa compagnie (la 8ème) de Carabiniers, le Capitaine BURGARD et sa 2ème compagnie.

Puis, de sa personne, il se porte vers l’ouest avec l’escadron de Hussards, les 3ème, 6ème, 7ème compagnies et 3ème escouades de la 8ème compagnie du 8ème Bataillon de Chasseurs.

Ils font environ 4000 mètres vers l’ouest... ... et c’est le drame.

Surgissant brusquement des crêtes environnantes, 5000 à 6000 cavaliers arabes, menés par Abd EL-KADER en personne, fondent sur la petite colonne.

Les Hussards chargent. COURBY de COGNARD est blessé. Nos cavaliers sont submergés et, malgré une défense désespérée, sont bientôt anéantis (Un escadron du 2ème Régiment de Hussards, garde fidèlement la tradition et le souvenir de ces combattants tombés dans la lutte, non loin du marabout de Sidi-Brahim, aux côtés de leurs camarades du 8ème Chasseurs d’Orléans). Les trois compagnies de Chasseurs forment le carré et font face. Au milieu d’elles, MONTAGNAC est tué. On charge par compagnie pour se dégager. La lutte va durer trois heures.

Puis disloquées, dispersées, écrasées, les unités du 8ème d’Orléans succombent sur le nombre et sont massacrées.

Averti au bivouac par le Maréchal des Logis BARBUT, du 2ème Hussards, le Commandant FROMENT-COSTE, auquel MONTAGNAC demande des renforts, se précipite avec la 2ème compagnie vers le combat qui se déroule à 4 kilomètres de lui.

Il ne fait pas 2000 mètres.

Les Arabes, qui ont vu son mouvement sur ce terrain dégagé et nu, l’interceptent, l’entourent, l’assaillent de toute part...

FROMENT-COSTE est tué, le Capitaine DUTERTRE, adjudant-major, est fait prisonnier... La lutte est acharnée mais brève.

Bientôt, il ne reste plus qu’une douzaine de chasseurs que l’Adjudant THOMAS, au moment de tomber aux mains de l’ennemi, exhorte à se battre jusqu’au bout sur les corps de leurs Officiers.

Le Capitaine de GEREAUX, qui a la responsabilité du bivouac, après un vain essai de se porter au secours de ses compagnons de la 2ème compagnie, assiste impuissant à la lute désespérée de cette unité qui se déroule à 2 kilomètres de lui.

Fort de l’expérience des deux tragiques engagements de la matinée, il réaliste qu’au moment où son tour sera venu de supporter tout le poids de l’attaque adverse, il ne pourra rien faire dans ce terrain dégagé, plat et sans obstacle, totalement inadapté à toute défensive.

A 1000 mètres de là, vers l’est, se dresse dans la pleine le petit édifice de la Kouba du Marabout de Sidi-Brahim, flanquée de quelques figuiers et entourée d’un mur de pierres sèches. C’est là que GEREAUX décide de se porter et de s’installer pour se battre en attendant du secours.

Il rameute alors ce qui reste de sa compagnie et les 3 escouades de la 3ème compagnie, avec le Caporal LAVAYSSIERE, qui sont à la garde du troupeau et des bagages et fournissent les grands gardes : soit environ 80 fusils.

La matinée s’achève, le mouvement est rapidement exécuté dans la chaleur accablante de ce début d’après-midi.

Il n’échappe pas à Abd EL-KADER dans cette grande plaine rase, inondée de soleil, où tout se voit à grande distance. L’Emir pense que, parachevant sa victoire, il va facilement écraser ces quelques restes de la colonne française.

Pour lui, ce sera l’affaire de quelques instants... ... il va se heurter, pendant trois jours et trois nuits à la résistance des 80 chasseurs du Marabout de Sidi-Brahim.

Dans l’après-midi du 23 Septembre, les Arabes sont en masse autour de la Kouba... et c’est le siège.

Les assauts des troupes de l’Emir se succèdent. Les harcèlements sont permanents. Les vivres et les munitions s’épuisent. Sous le soleil torride, l’eau manque rapidement.

Mais les Chasseurs ne cèdent pas.

Dès le début, le Capitaine de GEREAUX a fait confectionner un drapeau tricolore de fortune pour attirer l’attention de la colonne de Barral qui, avec le 10ème Bataillon de Chasseurs d’Orléans, opère non loin à partir de Lalla-Marnia. Non sans attirer le feu de l’ennemi, LAVAYSSIERE, aidé du Chasseur STRAPPONI, hisse le drapeau au sommet d’un figuier qui se dresse près du Marabout... et là, dans la lunette qu’il a emprunté au Capitaine de GEREAUX, il voit la colonne Barral, attaquée à son tour, s’éloigner dans la plaine. (On saura plus tard que le Commandant d’EXEA, du 10ème, était d’avis d’aller de l’avant).

Les Arabes vont tout faire céder la résistance inattendue que leur opposent les Chasseurs de Sidi-Brahim.

Par trois fois ils les somment de se rendre. A la première sommation, GEREAUX répond que ses chasseurs et lui préfèrent mourir. A la seconde, assortie de menaces contre les prisonniers, il répond encore que ses chasseurs et lui sont à la garde de Dieu et attendent l’ennemi de pied ferme. A la troisième, GEREAUX blessé, épuisé, ne peut répondre lui-même. LAVAYSSIERE s’en charge et ayant emprunté le crayon de capitaine, écrit : "M... pour Abd EL-KADER ! Les Chasseurs d’Orléans se font tuer mais ne se rendent jamais !"

Après les sommations viennent les menaces et bientôt les sévices. C’est d’abord le Capitaine DUTERTRE, fait prisonnier le 23, qui, amené devant la murette, crie à ses camarades : "Chasseurs, si vous ne vous rendez pas, on va me couper la tête. Moi, je vous dis, faites-vous tuer jusqu’au dernier plutôt que de vous rendre." Quelques instants plus tard, suprême intimidation, sa tête tranchée est promenée par les arabes autour de Kouba, bien en vue de ses défenseurs.

Ce sont alors les prisonniers des combats précédents qui sont traînés de même, les mains liées, pour ébranler la détermination des hommes de GEREAUX. "Couchez-vous !, hurle LAVAYSSIERE. Et il faut aussitôt déclencher une fusillade sur l’escorte d’Abd EL-KADER qui se trouvait à proximité et est lui-même blessé à l’oreille.

Enfin c’est le Clairon ROLLAND, lui-même aux mains de l’ennemi, qui reçoit l’ordre, sous menace de mort, de sonner "la retraite".

Il s’avance et vient, à pleins poumons sonner "la charge".

Les jours passent, la résistance ne faiblit pas.

Mais les secours n’arrivent pas, GEREAUX, de plus en plus affaibli mais qui a gardé la tête froide et le commandement, se rend compte que la situation où il est ne peut plus durer. Il décide alors qu’il faut percer et essayer de regagner Djemmaa Ghazaouet, à près de 15 kilomètres.

Le Caporal LAVAYSSIERE qui, depuis le début, s’est révélé un homme d’action exceptionnel, prendra le commandement du détachement. Les Officiers, GEREAUX, CHAPPEDELEINE, ROZAGUTTI, tous blessés, ne sont plus en état d’assurer cette mission.

Le 26 Septembre, à l’aube, on escalade la face nord de la Kouba, on bouscule les petits postes arabes complètement surpris et, formé en carré, les blessés au centre, on se met en marche dans la plaine sous le soleil qui monte. L’épreuve va durer toute la journée... On connaît la suite et l’issue douloureuse de cette marche héroïque et épuisante qui va connaître un dénouement tragique dans le lit de l’oued Mersa, à 2 kilomètres de Djemmaa Ghazaouet.

Dans la journée du 26 et les jours qui suivent, quelques rescapés de la colonne MONTAGNAC parviendront à rejoindre Djemmaa Ghazaouet. Plusieurs succomberont à leur épuisement et à leurs blessures.

Dès le début, le nom de Sidi-Brahim connut un retentissement extraordinaire.

Ce qui frappa, ce fut la volonté collective, la cohésion de cette troupe, l’accord intime et la communauté de réaction des cadres et des chasseurs dans leur farouche résistance à la faim, à la soif, à la chaleur, aux menaces, témoignant d’un état d’esprit bientôt connu comme ’l’Esprit Chasseur".

Ce fut aussi l’extraordinaire autorité d’un simple Caporal, bel exemple pour ses successeurs, dénotant la qualité d’une instruction et d’une formation morale : "le style chasseur".

Les restes des héros de Sidi-Brahim furent rassemblés à Djemmaa Ghazaouet (Nemours) dans le "Tombeau des Braves". Ils furent ramenés en FRANCE en 1962 et déposés dans le Musée des Chasseurs au Vieux Fort de Vincennes en 1965.

Ils y reposent aujourd’hui.

Source : Les Bataillons Alpins de Chasseurs à Pied au Combat

29 juillet 2004

Retour haut de page

1 commentaires pour cet article

  • Yvick Herniou 5 août 2008 17:57

    Bonjour,

    A ce propos, j’ai réalisé une étude sur les célèbres combats de Sidi-Brahim qui remet les faits historiques et les personnages à leur vraie place et dont voici la publicité.

    Ce livre est en souscription et vous pouvez le commander dès maintenant auprès de mon éditeur.

    A ce propos, le titre de la source de l’article ci-dessus n’est pas exact car les alpins n’existaient pas en 1845.

    Cordialement,
    YH

    -  _-_-_-_-_

    Yvick Herniou

    LES COMBATS DE SIDI-BRAHIM
    (23-26 septembre 1845)

    L’enquête : Mythe et réalité

    Après la publication le « Tome 2 : Chasseurs à pied, alpins et cyclistes » dans la collection du Répertoire des Corps de Troupe de l’Armée Française pendant la Grande Guerre (référencée par le Service Historique de la Défense et les passionnés de 1914-1918) sortie au cours du second semestre 2007, nous tenions à vous annoncer notre prochaine parution sur les combats de Sidi-Brahim (septembre 1845).

    Voici deux siècles naissait l’émir Abd-el-Kader. Cet anniversaire fait ressurgir du passé des noms et des événements associés à la conquête de l’Algérie.
    Si les figures du duc d’Aumale et du maréchal Bugeaud sont les plus connues, elles ne sauraient faire oublier celles de tous les acteurs de cette épopée tragique, des plus humbles aux plus héroïques. Parmi eux figurent les chasseurs d’Orléans du 8e Bataillon et les cavaliers du 2e escadron du 2e Hussards, dont le souvenir reste attaché à celui des combats de Sidi-Brahim, sans oublier les fameux cavaliers de l’émir et Abd-el-Kader lui-même.
    Pour la première fois, un ouvrage exhaustif est en préparation sur cet épisode fondamental de l’histoire des chasseurs à pied, de l’armée française et de l’Algérie. Cette étude inédite d’Yvick Herniou s’appuie sur :
    -  des archives privées et publiques inédites,
    -  une étude précise du théâtre des opérations : le secteur de Sidi-Brahim, entre le marabout et la ville de Nemours (Ghazaouet), à laquelle des amis algériens de l’auteur l’ont aidé à préciser un peu plus les aspects du terrain des combats, la garnison puis la ville actuelle de Ghazaouet, les traditions et le patrimoine conservés,
    -  la confrontation des connaissances sur le sujet, anciennes ou récentes, avec les témoignages des participants,
    -  l’étude de la personnalité des différents acteurs, à l’aide notamment d’informations provenant de l’un des petits-fils de l’émir Abd-El-Kader,
    -  une iconographie inédite (photos, croquis et dessins) complétée par des cartes,
    -  une étude de la place des combats de Sidi-Brahim dans l’élaboration de la symbolique et de l’esprit des chasseurs à pied.
    Et cette somme contient bien d’autres informations encore…
    Si un tel ouvrage vous intéresse et si vous souhaitez être informé de sa publication, retournez le bon ci-dessous aux éditions C. Bonnaud. Vous pouvez également nous faire part de votre intérêt par téléphone ou par e-mail.

    Nom :...................................................................

    Prénom ...................................................

    Adresse :...................................................................... .......................

    Code Postal :.................

    Ville :............................................................

    Editions C. Bonnaud
    66 Grande Rue
    02400 Château-Thierry
    Tél. 03 23 69 39 45
    Messagerie Internet : librairiebonnaud@wanadoo.fr

    (Le prix devrait être aux alentours de 25€ et l’ouvrage devrait dépasser les 400 pages.)

    Voir en ligne : http://http://diables-bleus-du-30e.actifforum.com/

    Répondre


Réagir

Info : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Retour haut de page Retour aux commentaires

chroniques
derniers titres
Articles
Librairie Armes & Collections
  • Raids 292 Septembre 2010

    EN DIRECT DES ARMÉES POINTS CHAUDS DÉPLOIEMENT Alpins en Afghanistan : d’un mandat à l’autre COMBAT La DEA en Afghanistan (...)