Le « Davos du Moyen-Orient » : des questions pour l’Orient et l’Occident

publié le mardi 5 juin 2007

« Mettre de la diversité dans le travail », telle a été la devise du Forum économique mondial du Moyen-Orient en Jordanie, du 18 au 20 mai, un mot d’ordre qui convient aujourd’hui plus que jamais à cette région et à l’ensemble du monde.

Sur fond de crises régionales (conflits en Irak et au Liban, confrontation israélo-palestinienne), le forum jordanien représente un phénomène relativement unique pour la politique moyenne-orientale. Traditionnellement, il réunit plus de 1.000 participants, retenant pour un temps leurs oppositions sur les événements de la région : Iraniens et Israéliens, sunnites et chiites, représentants des courants religieux radicaux et champions du développement laïque du Moyen-Orient, exilés politiques et représentants de l’élite intellectuelle régionale. Les discussions qui se tiennent ici sont particulièrement sincères. Et, bien que les différents participants ne s’accordent pas sur leurs conclusions, aucune autre manifestation ne traite aussi largement tous les problèmes régionaux, et surtout ceux que vit le Moyen-Orient.

L’éventail des questions abordées pendant le forum fut exceptionnellement large, (le sort des jeunes, les perspectives de développement économique, l’écologie et la résolution des conflits régionaux). Cependant, toutes les conversations ont inévitablement débouché sur l’idée que la stabilité et la prospérité du Moyen-Orient ne seraient possibles qu’à condition que les composantes de la diversité régionale coopèrent plutôt qu’elles n’entrent en conflit.

Les organisateurs du Davos moyen-oriental ont justement abordé les problèmes d’interaction entre pays développés et en développement, musulmans et chrétiens, pays orientaux et occidentaux, ainsi qu’entre monde islamique et monde arabe.

Ainsi, au cours de l’une des nombreuses discussions du forum, l’analyste iranien Karim Sadjadpour, représentant le Groupe international pour la prévention des crises (International Crisis Group), a souligné que la question des changements dans les sphères économiques et sociales et de la vie politique ne devait pas préoccuper que les habitants de la région, mais également les vingt millions de musulmans des pays occidentaux.

L’élite très cultivée de la diaspora musulmane en Occident est assez conséquente pour exercer une influence réelle sur l’opinion publique et la politique occidentales. Et chacun sait que justement les musulmans de l’étranger sont souvent les plus vifs partisans de réformes politiques et économiques dans leurs pays d’origine.

D’ailleurs, pour exercer une influence sur la politique des pays occidentaux, nul besoin de faire partie de l’élite intellectuelle du pays. Le fait même que le nombre de musulmans croisse exerce une influence sur la politique intérieure et extérieure de nombreux Etats. Et il est reconnu que les défis auxquels on se heurte en Orient sont éloquents pour l’Occident. Ainsi, le résumé de la discussion « Islam, identité et intégration : à la recherche d’une harmonie » montre que les efforts entrepris pour réconcilier les modes de vie occidentaux et musulmans sont une réalité tant pour les sociétés du Moyen-Orient que pour les communautés musulmanes d’Europe et des Etats-Unis.

Mais le discours n’a pas porté uniquement sur les représentants du monde musulman dans les pays occidentaux ou l’inverse. La reine Rania de Jordanie a proposé aux multinationales occidentales d’agir en qualité « d’ambassadeurs du multiculturalisme ». Selon elle, les hommes d’affaires qui travaillent au Moyen-Orient appréhendent mieux les réalités régionales que beaucoup d’hommes politiques occidentaux. La reine a souligné qu’une implication plus importante des hommes d’affaires dans la recherche d’une compréhension multiculturelle, au-delà d’un mérite moral, favoriserait également la bonne marche de leurs affaires.

En effet, l’instabilité régionale ne facilite pas la stabilité du travail des multinationales, leurs activités pourraient être plus effectives en cas de coopération entre Israël et les pays du Golfe. De même, les entreprises américaines fonctionneraient normalement si le ravitaillement se faisait sans danger en Irak. Au fond, c’est du concept de « nouveau Moyen-Orient » dont on a parlé, souvent évoqué dans les années 1990, quand le processus de paix au Moyen-Orient se trouvait dans une situation un peu moins difficile. Mai il est resté sur le papier. Ce n’est pas un hasard si l’une des discussions du forum était intitulée « Un nouveau Moyen-Orient est-il possible ? »

L’idée d’un nouveau Moyen-Orient ne sous-entend pas seulement la mise en place de conditions de paix dans la région, mais également sa modernisation. C’est justement ce qu’a évoqué le Roi Abdallah II de Jordanie lors de l’ouverture du forum. Il a appelé tous les participants à penser à l’avenir de la région, et à la préparer pour « le jour qui suivra l’établissement de la paix ». Alors, selon lui, le Moyen-Orient sera confronté à d’autres questions importantes : la gestion des ressources limitées en eau, l’amélioration des infrastructures, ainsi que l’emploi pour les deux cents millions de jeunes de moins de 24 ans que comptent les pays arabes.

De là la conclusion des discussions finales du forum : les pays de la région portent une part de responsabilité dans la résolution de ces problèmes au même titre que les puissances extérieures. Sans action commune, on n’arrivera pas à la stabilité et au développement économique du Moyen-Orient. Qui plus est, le rassemblement qui s’est tenu là-bas exerce une influence sur l’ensemble du monde, les pays occidentaux, la Russie, et beaucoup d’autres régions du globe, de l’Afrique à l’Asie du sud-est.

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