Publié avant les élections en Allemagne
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Les récentes rencontres en Allemagne du président Vladimir Poutine avec le chancelier Gerhard Schröder et la candidate d’opposition à ce poste Angela Merkel ont réaffirmé la volonté ferme des parties, indépendamment de l’issue des prochaines élections législatives en RFA, de ne pas admettre des « à-coups » dans les rapports bilatéraux tout en s’appuyant sur les réalisations de ces sept dernières années. Les deux pays ont mis 50 ans pour accéder à une coopération aujourd’hui étroite et avantageuse.
Il est difficile d’imaginer aujourd’hui à quel point l’atmosphère en Europe au milieu des années 1950 était tendue et à quel point l’initiative de Moscou de proposer à Bonn une normalisation des rapports sans aucun préalable était opportune. La sagesse de Konrad Adenauer (CDU) qui, en dépit des recommandations des alliés occidentaux, est allé à Moscou pour y signer un accord de normalisation mérite également notre reconnaissance. Mais il ne faut pas oublier que, vers septembre 1955, l’URSS entretenait des relations diplomatiques avec un autre Etat allemand, la République démocratique allemande, et que le processus de rétablissement de l’amitié entre Russes et Allemands a justement commencé par les rapports entre l’URSS et la RDA.
Aussi significatif que soit ce mois de septembre 1955, n’oublions pas non plus qu’il n’a apporté aux parties qu’une reconnaissance diplomatique, autrement dit la possibilité, pour la RFA et l’URSS de dialoguer, si nécessaire, sans intermédiaires. Mais il a fallu attendre de longues années encore avant l’instauration entre les deux pays de rapports d’amitié et de partenariat.
Des progrès en ce sens ne se sont esquissés qu’en 1970, année de la conclusion du Traité de Moscou, signé par Willy Brandt (SPD). Mais le premier « traité de partenariat » en plein sens de ce terme a été le Traité de bon voisinage, de partenariat et de coopération signé par Helmut Kohl (CDU) le 9 novembre 1990. Malheureusement, ce document est longtemps resté dans de nombreuses parties une simple déclaration.
C’est uniquement au XXIe siècle que le gouvernement de Gerhard Schröder (SPD) s’est mis à remplir ses dispositions d’un contenu concret. Moscou espère donc qu’au cas où le poste de chancelier irait à Mme Merkel, elle poursuivra la cause commencée par ces prédécesseurs indépendamment de leur appartenance politique.
Mais dans l’entourage de la candidate certaines personnes ne se sont toujours pas débarrassées des préjugés de la « guerre froide », époque où, à l’Est, la RFA voyait non pas son partenaire mais son rival principal. Et du degré d’influence que ces personnes se verront autorisées à exercer sur la politique allemande, dépendront les progrès de la coopération, en tout cas à l’étape initiale. Mais il ne fait déjà aucun doute que tendances ne seront pas prédominantes.
La solidité des fondations du partenariat russo-allemand s’explique par les réalités qui échappent à toute conjoncture politique sur le continent et dans le monde en ce début du XXIe siècle.
L’Europe ressent fortement la nécessité de surmonter les barrières héritées de la période de confrontation, barrières qui refusent de disparaître et qui se déplacent toujours plus à l’est vers les frontières russes. La décision de l’Union européenne et de la Russie de mettre en place des espaces communs est l’unique voie sûre vers la stabilité de l’avenir du continent.
Mais la Commission européenne se montre trop lente et indécise, ce qui est inadmissible. Cette institution représente plutôt la fosse commune des idées et des projets de construction de la Grande Europe que l’état-major du chantier continental, poussant les Etats qui, de fait, réfléchissent à l’européenne, à prendre l’initiative.
Dans la sphère politique, le rôle de « phare » est sans aucun doute dévolu à la « troïka » France-Allemagne-Russie, laquelle, pour la première fois depuis la fin de la « guerre froide » unit l’ouest, le centre et l’est du continent. La fin de la confrontation a donné à l’Europe une chance de rétablir dans une certaine mesure l’influence qu’elle avait pratiquement perdu à l’époque de la « guerre froide ».
Mais elle saura réaliser cette chance en se débarrassant définitivement des cloisons et des disputes intra-européennes. Dans le monde, la voix de l’Europe sera entendue uniquement si les voix de l’Union européenne et de la Russie fusionnent. La « troïka » poursuit justement cet objectif : elle apporte son soutien à tous les projets contribuant à la réunification du continent.
Bien que, de pure forme, l’accord sur le gazoduc nord-européen soit russo-allemand, il mène à la création d’une alliance énergétique européenne. Il est impossible de surestimer cet événement. Les besoins énergétiques augmenteront toujours. Et la demande de gaz augmentera particulièrement vite.
Il existe deux moyens seulement de garantir un approvisionnement régulier en énergie. Mettre main basse sur des gisements ou créer des rapports de partenariat avec les pays qui les possèdent.
La Russie est prête à garantir l’approvisionnement des pays d’Europe (et pas seulement d’Europe) en ressources énergétiques à des conditions mutuellement avantageuses. Les tentatives pour intimider nos partenaires par le risque de « dépendance énergétique » vis-à-vis de la Russie sont inconsistantes. Moscou n’est pas du tout contre la diversification des sources d’approvisionnement de l’Union européenne.
MOSCOU, 14 septembre - Igor Maksimytchev, maître de recherche à l’Institut de l’Europe de l’Académie des sciences de Russie, ambassadeur à la retraite. En exclusivité pour RIA-Novosti.
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