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RIA Novosti
Bien sûr, le danger d’une guerre nucléaire spontanée demeure. Il n’en est pas moins vrai que le système d’alerte stratégique russe n’a guère connu d’améliorations depuis l’effondrement de l’URSS.
Force est de constater que le danger d’une guerre nucléaire spontanée s’explique par le régime de dissuasion nucléaire réciproque que la Russie et les Etats-Unis ont hérité de la guerre froide. Et tant que les puissances nucléaires garderont leurs arsenaux, même en quantités minimes, une guerre nucléaire spontanée sera toujours possible, si fiables que soient leurs systèmes d’alerte stratégique.
Le principe classique de dissuasion nucléaire réciproque ne fonctionnait que dans les rapports entre deux grandes puissances antagonistes, l’URSS et les Etats-Unis. Aujourd’hui, la Russie n’est plus une grande puissance, elle est un partenaire de Washington. En réalité, toute dissuasion nucléaire réciproque contredit de manière flagrante le principe même de la sécurité internationale et peut, théoriquement, relancer la confrontation à tout moment, malgré tous les efforts déployés au plus haut niveau politique.
La doctrine de dissuasion suppose la présence d’un ennemi farouche, une politique d’intimidation mutuelle et la course aux armements nucléaires. Cette doctrine absorbe toute la méfiance et tous les clichés, faux et souvent caricaturés, accumulés au fil de longues années. Et ce n’est qu’en surmontant tous ces stéréotypes qu’on peut la remettre en cause et la transformer radicalement.
Au cours de ces dernières années, les Etats-Unis ont agi à l’inverse. Premièrement, les Etats-Unis ont de facto anéanti le régime de contrôle des armements nucléaires, censé garantir la prévisibilité de la situation militaro-politique et la suffisance des capacités d’alerte stratégique, ce qui empêchait une agression surprise. Les deux principaux traités russo-américains relatifs aux armements stratégiques expirent en 2009 (Traité sur la réduction et la limitation des armements stratégiques offensifs, ou Start-1) et en 2012 (Traité sur la réduction des potentiels stratégiques offensifs, ou Sort). Les inspections imposées par le Traité sur les forces nucléaires intermédiaires (INF) se sont achevées en mai 2001, à l’issue de la période obligatoire de 13 ans (même si l’interdiction de fabriquer des missiles de courte et moyenne portée reste en vigueur, le Traité ayant une durée illimitée). Mais rien ne montre que de nouveaux accords sérieux sont possibles dans ce domaine entre les Etats-Unis et l’OTAN. Malgré la ratification du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) par trois puissances nucléaires - la Russie, la Grande-Bretagne et la France -, la perspective de son entrée en vigueur reste floue (en raison de la position adoptée par les Etats-Unis, la Chine, Israël, l’Iran, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et plusieurs autres pays disposant de technologies nucléaires).
Tout porte à croire que le traité Sort est le dernier accord conclu entre la Russie et les Etats-Unis en matière de réduction des arsenaux nucléaires. Toute nouvelle réduction des armements nucléaires sera le résultat de démarches unilatérales parallèles, dans le meilleur des scénarios, ou bien de décisions prises pour des raisons d’utilité économique et technique et sans consultation.
Ainsi, dans les dix prochaines années, la Russie et le monde entier pourraient assister à la naissance de nouveaux foyers de crises nucléaires, à la prolifération accélérée d’arsenaux nucléaires dans d’autres pays, y compris ceux dont les régimes sont autoritaires et instables, alors que les conditions de stockage des armes nucléaires et les impératifs censés prévenir tout usage non autorisé de ces armes seront au plus bas niveau. En y ajoutant la possibilité réelle de terrorisme nucléaire, tout cela risque de créer des menaces pesant sur la sécurité régionale et mondiale par rapport auxquelles tous les autres défis - écologiques, énergétiques, etc. - seront relégués au second plan.
Depuis qu’elle est entrée dans "l’âge nucléaire", l’humanité a bien ajusté le mécanisme d’autodestruction qu’un simple concours de circonstances suffirait à mettre en marche. Le bon sens refuse d’admettre que tant de choses dépendent de si peu, que la nature entourant l’homme puisse disparaître en un rien de temps, tout comme la civilisation humaine qui a entraîné les miracles de l’évolution naturelle par ses propres miracles artistiques, scientifiques, sociaux et spirituels.
Par Sergueï Kortounov, chef du département de politique internationale du Haut collège d’économie de Moscou, pour RIA Novosti
Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l’auteur.
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