La Cour internationale de justice de l’ONU à La Haye a prononcé lundi son verdict sur la plainte déposée par la Bosnie-Herzégovine contre la République Fédérale de Yougoslavie (RFY) qui n’existe plus. Les autorités bosniaques rêvaient de condamner la Serbie pour génocide de la population musulmane, car cela aurait permis d’exiger d’elle, en tant que successeur de la RFY, plusieurs milliards de dollars d’indemnisations. Cependant, le verdict de la CIJ l’établit : la RFY n’est pas responsable du génocide en Bosnie-Herzégovine.
La Serbie a évité le triste sort de devenir le premier Etat dans l’histoire reconnu coupable de génocide. Des verdicts analogues ont été prononcés jusque-là à l’égard de dirigeants de pays, de certains partis et de leur idéologie. La Cour internationale de justice a ceci de particulier qu’elle juge non pas les dirigeants des Etats, mais les Etats eux-mêmes.
« Il reste beaucoup de points obscurs dans les événements de Srebrenica, personne ne veut les étudier sérieusement », a déclaré au quotidien Vremia novosteï Konstantin Nikiforov, docteur en histoire, directeur de l’Institut d’études slaves de l’Académie des sciences de Russie. Il a rappelé que les combats les plus cruels avaient eu lieu en Bosnie-Herzégovine au début de la guerre, en 1992. « A cette époque-là, des crimes avaient été commis par les Serbes, les Croates et les musulmans. Au milieu de 1995, il était déjà clair que la guerre prenait fin, et les leaders des Serbes bosniaques avaient déjà accepté d’entrer en pourparlers avec la médiation internationale ».
« Seul un maniaque aurait pu massacrer huit mille personnes en quelques jours. Les Serbes, malgré leur acharnement, ne l’étaient pas. Sur ordre du général Ratko Mladic, les Serbes bosniaques avaient laissé passer la population croate par leurs positions en vue de les éloigner des combats. On a l’impression que quelqu’un, à Srebrenica, avait sciemment donné l’ordre de tuer au cours des derniers mois de guerre, ce qui était certainement désavantageux pour les Serbes de Bosnie », estime Konstantin Nikiforov.
En Serbie, le verdict de la Cour internationale de justice a été considéré dans l’optique du rapport des forces autour du Kosovo. « Si la CIJ avait reconnu la Serbie, successeur de la RFY, coupable de génocide, ce stigmate aurait été tout de suite étendu aux événements du Kosovo. A présent, les partisans de l’indépendance du Kosovo sont privés de la possibilité de faire retomber sur les Serbes, à des fins de propagande, la responsabilité de tout ce qui s’est produit dans les Balkans », a expliqué au quotidien une source proche des milieux gouvernementaux serbes.
Andreï Chemiakine, vice-directeur de l’Institut d’études slaves de l’Académie des sciences de Russie, ne partage pas cet optimisme. Selon lui, il est peu probable que le verdict de la CIJ sur la plainte de la Bosnie, en faveur de Belgrade, puisse influer sur la décision sur le statut définitif du Kosovo. « L’Occident décida d’arracher cette province à la Serbie dès 1999 en lançant une opération militaire contre la Yougoslavie sous prétexte de défendre les Albanais kosovars contre les répressions serbes. Cette question sera soumise au Conseil de sécurité de l’ONU où Belgrade n’aura plus qu’à compter sur le soutien de la Russie qui jouit du droit de veto », affirme l’expert.
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