Le sommet de l’OTAN à Bucarest a laissé de nombreuses questions, entre autres, celle de l’avenir de la CEI (Communauté des Etats indépendants) après la future adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Alliance de l’Atlantique Nord.
Les propos des dirigeants de l’OTAN, rassurants pour ces deux pays, permettent d’affirmer que leur admission n’est qu’une question de temps. Par conséquent, l’avenir de ces pays au sein de la CEI suscite de sérieux doutes. Bref, il devient évident que les processus politiques en cours dans l’espace de la CEI, déjà complexes, risquent de conduire au moins à une réduction du nombre de ses membres.
Le fait que la CEI ne soit pas l’UE, loin de là, et qu’elle ne pourra jamais lui ressembler a été définitivement établi après la succession des conflits gaziers entre la Russie et un certain nombre de pays consommateurs (Ukraine, Biélorussie, Moldavie et Géorgie). Les « guerres du vin » avec la Moldavie et la Géorgie sont également une illustration éloquente de cette thèse. Mais d’autres exemples témoignent aussi de l’existence de problèmes sérieux entre les membres de la communauté. Alors que de plus en plus de pays de l’Europe unie entrent dans l’espace Schengen, dans la CEI, au contraire, le régime des visas a été réintroduit entre la Russie et la Géorgie, et la liaison aérienne directe entre ces pays n’a repris que dernièrement. Quant aux rapports entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, il est inutile d’en parler pour la simple et bonne raison qu’ils n’existent pas.
D’ailleurs, le rôle « d’OTAN eurasiatique » conviendrait plutôt à l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai) qu’à la CEI. A la différence de l’Alliance, la CEI comporte des groupements de pays dont l’activité n’est pas toujours cohérente, par exemple, l’OTSC (Organisation du Traité de sécurité collective) et le GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie), sans parler même de l’OCS ou de l’Union Russie-Biélorussie, qui méritent une analyse distincte. Faut-il s’étonner que les membres de la communauté ne parviennent à trouver une approche commune des problèmes examinés que lorsqu’il est question de la célébration de tel ou tel événement, et que les documents adoptés au sommet revêtent souvent un caractère formel ?
A présent, même cette situation déjà très instable risque de se détériorer encore plus.
Le report sine die de l’admission de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN ne lève pas les questions concernant leur avenir au sein de la CEI. Les conséquences de l’appartenance éventuelle de ces pays à l’OTAN font déjà l’objet de nombreuses analyses dans différents centres d’études, aussi bien dans les pays de la communauté qu’en Occident. Quels que soient les résultats de ces études, une chose est évidente : après l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Alliance, la CEI deviendra, de fait, un groupement régional panasiatique, avec toutes les conséquences géopolitiques qui en découlent.
Qui plus est, cela ne manquera pas de se répercuter sur la politique de deux autres Etats de la CEI : la Moldavie et l’Azerbaïdjan. La première, qui cessera d’avoir une frontière commune avec la communauté, et le second qui est étroitement lié à la Géorgie et à la Turquie, membre de l’OTAN, seront entraînés plus intensivement dans les processus d’intégration euro-atlantiques. C’est ce que préconisent souvent de nombreux hommes politiques de l’OTAN dans leurs déclarations. L’Arménie elle-aussi se retrouvera coupée du territoire principal de la CEI (en plus de son conflit avec l’Azerbaïdjan), ce qui risque de créer une tension politique supplémentaire dans la région.
D’ailleurs, compte tenu de la perspective d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN, le GUAM peut également changer radicalement, en devenant une association selon la formule 2+2 : deux membres possibles de l’OTAN plus deux candidats possibles à l’adhésion à l’Alliance. Cela risque, également, de compliquer sérieusement la situation militaire et politique, du moins, on ne pourra plus guère compter sur un règlement en douceur des conflits gelés dans certains pays du GUAM.
Quoi qu’il en soit, l’orientation future de la politique étrangère de l’Ukraine et de la Géorgie est bel et bien définie. La CEI aborde une période plus difficile que jamais. Il est évident que cette organisation doit élaborer un mécanisme de coopération entre tous ses membres qui permettrait de réagir efficacement à tous les défis actuels.
Bien entendu, les préparatifs de la célébration du 65e anniversaire de la Victoire remportée dans la Grande Guerre patriotique (Seconde guerre mondiale) sont une chose très importante, cependant, il serait présomptueux d’espérer qu’ils puissent influer positivement sur la situation réelle au sein de la CEI.
Lors de sa dernière rencontre avec les chefs d’Etat de la communauté en qualité de président, Vladimir Poutine a mis l’accent sur l’élaboration d’une stratégie de développement de la CEI jusqu’à 2020. Cette stratégie, a-t-il souligné, doit viser à étendre la coopération, à accroître la compétitivité des pays de la CEI et à accélérer leur développement économique et social. Il reste un espoir que cette stratégie soit proposée et approuvée par les dirigeants de la CEI avant que les processus de désintégration qui s’y développent rapidement ne provoquent des changements irréversibles. Comme on le sait, l’espoir meurt toujours en dernier.
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