L’attaque terroriste qui a récemment frappé le nord-ouest du Pakistan et les événements autour de la Mosquée rouge où des extrémistes ont une nouvelle fois voulu tester la solidité du pouvoir du président Pervez Musharraf donnent matière à réfléchir sur le statut nucléaire de ce pays.
On peut discuter à l’envi des intentions de Téhéran qui développe envers et contre tout son programme d’enrichissement de l’uranium, mais il reste un fait : l’Iran ne possède pas l’arme nucléaire, et il ne parviendra pas à la concevoir d’ici six ans au plus tôt. On peut pointer du doigt la Corée du Nord, mais les ambitions nucléaires de celle-ci ont peu de chances de se réaliser même à long terme. En revanche, le Pakistan est déjà une puissance nucléaire qui dispose d’un arsenal impressionnant (jusqu’à 40 charges) et dont les essais nucléaires (en 1998) ont été couronnés de succès. Ce pays dispose également d’un parc de vecteurs de l’arme nucléaire (missiles balistiques).
La grande question qui se pose pour la Russie est de savoir si le Pakistan sera son adversaire dans un conflit nucléaire hypothétique. La réponse à cette question est négative par définition : un tel scénario sera catastrophique pour le Pakistan dans tous les cas de figure, et les assertions selon lesquelles la Russie pourrait être la cible de missiles pakistanais sont de la pure théorie. On se demande aussi si la Russie pourrait subir des dégâts écologiques ou autres dans le cas d’un conflit nucléaire entre le Pakistan et l’Inde, son vieil adversaire. Or, la probabilité d’un tel conflit est minime. Entre ces deux antagonistes régionaux qui partagent une frontière commune et disposent d’arsenaux nucléaires comparables, seul un « pat nucléaire » est possible. Toute tentative de faire « mat » conduira infailliblement à la disparition des deux Etats à la fois, et leurs élites dirigeantes ne peuvent l’ignorer.
Une autre question intéressante et naturelle qui se pose est de savoir si un régime extrémiste dont les leaders préféreraient l’autodestruction sous la forme d’un « djihad nucléaire » à une politique raisonnable peut arriver au pouvoir au Pakistan. Là aussi, la réponse est négative pour au moins deux raisons. D’abord, les leaders de ce type sont très prudents sur le plan personnel : en faisant la publicité des ceintures d’explosifs, ils ne sont jamais pressés de s’en servir eux-mêmes. Ensuite, on ne voit pas bien comment ils pourront profiter d’un tel « djihad ».
Enfin, il y a au Pakistan une force influente et puissante, l’armée, qui verrouille de manière fiable l’accès des extrémistes au pouvoir. Bien entraînée et organisée à l’occidentale, l’armée pakistanaise ne permettra pas que le clergé radical intervienne dans la grande politique, voire dans la politique nucléaire. En témoignent clairement les événements autour de la Mosquée rouge où les autorités ont fait preuve de rigueur.
D’autres questions s’imposent logiquement. Les Pakistanais peuvent-ils transmettre en secret ou vendre des armes nucléaires à d’autres pays ou à des structures non étatiques ? Très probablement non, car le risque politique serait énorme pour le « vendeur ». En outre, cela implique un risque sérieux d’intervention armée de la part des grandes puissances qui sont la cible privilégiée des attentats terroristes.
Les charges nucléaires pakistanaises peuvent-elles être détournées ? Leur activation spontanée ou non autorisée, suivie d’une explosion nucléaire, est-elle possible ? Et c’est là que les choses ne sont pas claires, car on manque jusqu’à présent de données fiables sur le système de stockage et d’entretien des armes nucléaires au Pakistan, si ce n’est les assurances données par les dirigeants pakistanais.
Exclure la possibilité d’activation spontanée ou non autorisée des arsenaux nucléaires est une condition indispensable sans laquelle l’arme nucléaire devient un moyen d’autodestruction national, et qui attire des terroristes. Dans les puissances nucléaires avancées, cet aspect fait l’objet d’une attention exceptionnelle : l’arsenal nucléaire est entouré de systèmes de sécurité, y compris de codes d’activation très compliqués et de moyens de blocage irréversibles qui empêchent d’activer l’arsenal en cas d’intervention extérieure, etc. Tout cela exclut la possibilité d’utiliser l’arme nucléaire détournée ou de la démonter pour en extraire des matières fissiles. Un système unique de sécurité contrôle chaque seconde de temps et chaque centimètre de surface dans la production, le déplacement et l’entretien des armes nucléaires ainsi que dans le mécanisme de prise de décision.
Qu’en est-il au Pakistan ? La réponse à cette question est fondamentale dans l’évaluation de la menace nucléaire potentielle. Il ne faut pas oublier que les pays développés ont mis des décennies entières et ont consenti d’énormes efforts financiers pour créer un système de sécurité global en vue de protéger leurs arsenaux nucléaires. En outre, un système de sécurité nécessite l’usage de technologies sophistiquées dans les différents domaines de la recherche et de la production. Le Pakistan ne peut pas garantir que ses infrastructures ont le niveau scientifique et technique requis.
Nul ne peut exclure que la structure relativement simple d’une charge nucléaire pakistanaise (sur la base de l’uranium hautement enrichi) puisse, en cas de détournement, ouvrir des possibilités réelles pour recycler l’uranium dans un engin explosif artisanal.
Les solutions sont à rechercher non seulement dans le contexte des risques formulés plus haut, mais aussi compte tenu des questions sensibles relevant de la sécurité nationale du Pakistan, des normes du droit international et des particularités politiques de la région, sans oublier la position de l’Inde.
Et il faut commencer, bien entendu, là où les intérêts du Pakistan et de la communauté internationale coïncident, à savoir par améliorer la sécurité technique de l’arsenal nucléaire pakistanais.
Par Alexandre Koldobski, chercheur à l’Institut d’ingénierie et de physique de Moscou, pour RIA Novosti
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Le Pakistan teste un missile pouvant être équipé d’une tête nucléaire
Le Pakistan a affirmé aujourd’hui ( 26 juillet 2007) avoir testé avec succès un missile de croisière pouvant être équipé d’une tête nucléaire et atteindre l’intérieur de l’Inde voisine. Dans un communiqué, l’armée pakistanaise affirme que ce test consolide la capacité stratégique du Pakistan et renforce sa sécurité nationale.
La portée du missile Babur, ou Hatf VII, a été étendue à 700 kilomètres, assez pour atteindre la capitale indienne, New Delhi. Le Pakistan et l’Inde se sont livré trois guerres depuis leur indépendance de la Grande-Bretagne en 1947 mais ont entamé des négociations de paix en 2004
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