Vous êtes ici : Armees.Com Actualité Actualité

Kosovo : des négociations sans résultat, c’est déjà un résultat

publié le jeudi 6 septembre 2007

Les représentants de Belgrade et de Pristina ont convenu, lors de négociations séparées avec la « troïka » de médiateurs internationaux (Russie, Etats-Unis et Union européenne), de s’abstenir de faits et gestes qui puissent être évalués comme une provocation dans le cadre du processus de définition du futur statut du Kosovo. C’est là l’unique résultat des contacts qui viennent de s’achever à Vienne.


Par Marianna Belenkaïa, RIA Novosti


Quoi qu’il en soit, c’est déjà beaucoup. Nul, en effet, - ni les parties au conflit, ni les représentants de la « troïka », ni les observateurs - ne s’attendait à une percée spectaculaire lors de ces consultations viennoises. Et est-ce qu’un quelconque progrès est en général possible quand les deux délégations se rendent aux négociations avec la ferme intention de « ne pas reculer d’un pouce » ?

Mais si telles sont les positions des parties, à quoi bon entamer alors ce nouveau round des négociations sur le statut du Kosovo ?

Rappelons que cette nouvelle étape du processus de négociations a été pour beaucoup provoquée par Moscou qui a soutenu Belgrade, en refusant d’examiner le projet de résolution sur le règlement du problème kosovar reposant sur le plan de Martti Ahtisaari, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Kosovo. La Russie a insisté sur la recherche d’un compromis entre les Serbes et les Albanais du Kosovo, ainsi que sur le remplacement de M. Ahtisaari par quelqu’un qui soit prêt à poursuivre les négociations. C’est à l’Union européenne que revient l’initiative de la création de la « troïka » de médiateurs internationaux dont la tâche est de nouer un dialogue direct entre Belgrade et Pristina. Tant la Russie que les Etats-Unis ont accepté ce format.

Le lancement du processus de négociations est la tâche première de la « troïka ». Aussi personne n’a été trop déçu que ni la première visite de la « troïka » dans les Balkans début-août dernier, ni les négociations à Vienne n’aient donné de résultats tangibles dans la recherche d’un compromis entre les parties au conflit. Autrement dit, à l’heure qu’il est, il est déjà bien que Serbes et Albanais du Kosovo soient prêts à mener un dialogue, même indirect. Et après ?

Les divergences sont déjà parfaitement évidentes, tant entre les membres de la « troïka » qu’entre Pristina et Belgrade et ce, sur deux questions essentielles. Tout d’abord, sur la date de l’achèvement des négociations. Et ensuite, sur la question de garder ou non comme base du règlement le plan Ahtisaari, qui satisfait les Albanais kosovars, l’Union européenne et les Etats-Unis, mais est catégoriquement rejeté par les Serbes et la Russie.

En ce qui concerne la date de fin des négociations, les représentants des Albanais kosovars (qui sont soutenus en cela par les Etats-Unis) estiment que le point final doit être mis le 10 décembre prochain. Ce jour-là, la « troïka » de médiateurs internationaux devra soumettre son rapport à l’examen du Conseil de sécurité de l’ONU. Sur cette base, soit on décidera de proroger le mandat de la « troïka » pour négociations, soit on adoptera une autre décision en fonction de la situation concrète. Néanmoins, le ministre kosovar de la Justice Jonuz Salihaj a déjà averti que dès le 10 décembre 2007 le Kosovo se mettrait à « fonctionner en tant qu’Etat indépendant ». Cette même prise de position a été réaffirmée par le président de la province Fatmir Sejdiu. Selon lui, ces nouveaux 120 jours de négociations doivent être les derniers dans les efforts déployés en vue de définir le statut définitif de la province. D’ultérieurs atermoiements sur l’octroi de l’indépendance au Kosovo seraient tout simplement contreproductifs, a-t-il déclaré, se rendant à Vienne.

Dans le même temps, la Russie et Belgrade ne cessent de souligner que les limites temps ne sont pas de mise dans le processus de négociations. Ainsi, évoquant les pourparlers à Vienne, le premier ministre serbe Vojislav Kostunica a indiqué que ce n’était pas leur durée mais leur qualité qui comptait. Et ce, d’autant plus que le 10 décembre n’est que la date à laquelle la « troïka » doit présenter son rapport, alors qu’il n’est dit nulle part que d’ici là le processus de négociations doit s’achever. Moscou estime, pour sa part, que les négociations ne pourront s’achever que quand les parties arriveront enfin à un compromis.

Pourtant, on est encore bien loin de là. En effet, toutes les déclarations de la délégation kosovare tant à la veille qu’à l’issue des négociations à Vienne se résument comme suit : la question du statut de la province du Kosovo est résolue depuis longtemps pour Pristina de sorte que la délégation kosovare ne veut négocier avec Belgrade que sur l’établissement de relations de bon voisinage. Qui plus est, les Albanais du Kosovo entendent utiliser le temps réservé aux négociations pour gagner à leur cause les pays qui hésitent encore, notamment la Slovaquie, la Roumanie et la Grèce.

De son côté, Belgrade n’envisage aucunement de renoncer à une bonne partie du territoire qu’il considère comme lui appartenant et n’entend pas accepter l’indépendance du Kosovo. M. Kostunica a déjà déclaré que les autorités serbes étaient en train d’élaborer différents modèles de réaction à une éventuelle décision défavorable pour la Serbie sur le futur statut du Kosovo, que serait notamment une proclamation unilatérale par les leaders des Albanais kosovars de l’indépendance de la province.

Quoi qu’il en soit, M. Kostunica n’a pas précisé de quelles mesures concrètes il pouvait s’agir, indiquant que cela eût été incorrect au moment où les négociations démarraient à Vienne. Par conséquent, les négociations viennoises ont abouti à un résultat au moins : les parties essaient d’observer une certaine réserve, bien que de manière plutôt originale. Le travail de la « troïka » se poursuit. Sa prochaine rencontre avec les délégations de Belgrade et de Pristina aura lieu en septembre à New York, mais on ne pourra sans doute en dire quoi que ce soit de concret avant fin novembre prochain.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l’auteur.

rianovosti© RIA NOVOSTI. Droits de reproduction et de diffusion réservés.
Le droit de reproduction accordé à Armees.Com n'est pas cessible.
.
Réagir à cet article : poster un commentaire
:’-)):’-(:-)):-((;-):-):-(:->|-):o)B-):-P:-|:-/:-O

Chroniques Armees.Com

Liberté d’expression des militaires et déraillements sur les blogs et forums

La liberté d’expression, pour les militaires, est désormais reconnue depuis juillet 2005. Les forums et blogs divers fleurissent. Dans leur sillage, des hommes et des femmes, sous couvert de l’anonymat des pseudos, profitent de la Toile pour communiquer. Entre l’expert (...)

1 | 2 | 3 | 4 | ...Tous