Japon 2° guerre mondiale : les expériences de l’unité 731

Les expériences de l’unité 731

Par Anthony Legrand pour Armees.com

Mengele, Hirt sont les noms de scientifiques nazis qui se consacrèrent à de pseudo recherches sur des cobayes humains dans certains camps de concentration. Si ces noms sont connus en occident, celui d’Ishii l’est en revanche nettement moins eu Europe. L’Allemagne nazie ne fut pas la seule à pratiquer des expériences sur des humains, témoin l’unité 731 de l’armée impériale japonaise.

L’unité 731 servit aux essais et à la mise au point d’armes bactériologiques, lesquelles furent testées sur une variété d’hommes de différentes races et même sur des populations entières. A la différence de Mengele, Hirt ou d’autres pseudos scientifiques nazis, les savants japonais ne furent jamais jugés pour crimes de guerre par contumace et décédèrent tranquillement.

Depuis quelques temps maintenant les pays voisins du Japon font ressurgir un passé que les nippons se refusent à reconnaître. Le dernier épisode en date est celui des femmes de confort coréennes, qui furent violées par les troupes japonaises, avant d’être mises dans une maison close. Moins connu mais tout autant égal à ce que pratiqua l’Allemagne nazie dans ses camps de concentration, l’unité 731 se caractérisa pendant la seconde guerre mondiale par ses expériences réalisées sur des hommes, voir même des populations entières.

Dès la déclaration de guerre du Japon aux Etats-Unis, le clairvoyant amiral Yamamoto précisa à ses supérieurs qu’il faudrait écraser l’Amérique rapidement, sans quoi l’empire du soleil levant finirait inévitablement par être vaincu, grâce à la puissance industrielle des Usa. En décembre 1941, le Japon menait une guerre sur plusieurs fronts, laquelle avait commencée dès 1931 par l’invasion de la Chine. L’armée impériale se battait ainsi sur plusieurs fronts et ses réserves en troupes n’étaient pas inépuisables, aussi fut-il admis d’avoir recours à certains types d’armes spécifiques. D’autre part, les visées expansionnistes et les convictions racistes des japonais furent en tous points égales à celles d’Adolf Hitler. Les japonais n’hésitèrent pas à avoir recours à des armes chimiques ou bactériologiques lors de certaines opérations.

L’ypérite, également employée au Moyen-Orient

La première de ses armes utilisée ne fut autre que l’ypérite, un gaz de combat qui avait été naguère utilisé sur les champs de bataille au cours de la première guerre mondiale. Le japon importa dès 1933 les équipements destinés à la production de ce gaz, lequel fut utilisé dans les montagnes de la province de Sanshi, en Chine. Mais l’ypérite n’offrait que des résultats médiocres, aussi fut-il décidé de créer une unité spéciale dédiée aux recherches relatives à la guerre bactériologique. Baptisée unité 731, cette troupe établit ses quartiers dans la banlieue de Harbin, en Mandchourie, et procéda à ses expériences sous le couvert d’unité de prévention épidémique et d’approvisionnement en eau potable. Le lieutenant général Shiro Ishii fut nommé à la tête de l’unité 731.

Ishii avait suivi des études de médecine à l’université impériale de Kyoto, avant d’intégrer la garde impériale ou il fut nommé chirurgien militaire. En 1924, il se spécialisa dans la recherche bactériologique, la médecine préventive et la pathologie. Après un voyage en Europe au cours de l’année 1930, il fut promu commandant et fit partie du service de prévention des épidémies de l’école de médecine de l’armée qui venait d’être construite à Tokyo. Environ un an plus tard, Ishii créa un filtre à eau novateur, qui avait la particularité de débarrasser une eau stagnante de toutes ses bactéries. Quelques années plus tard, le fameux dispositif fut adopté aussi bien par l’armée impériale que par la marine. Ishii s’était fait remarquer par ses supérieurs qui lui conseillèrent alors de tourner ses travaux vers l’étude de bacilles nettement plus dangereux, toujours sous le couvert du service de prévention des épidémies et de la filtration de l’eau. Afin de garder le secret sur ses expériences, il établit son laboratoire en Mandchourie.

Le but des travaux entamés était de mettre au point une arme bactériologique, pour ce faire, les meilleurs chercheurs du laboratoire de prévention des épidémies de Tokyo lui furent affectés. Le nombre de scientifiques croissant régulièrement, il fut décidé de déménager le laboratoire de banlieue pour le réaffecter en ville. Le service bactériologique de l’unité 731 fut alors divisé en une douzaine de sections dont chacune étudiait les possibilités de transformer toute une variété de maladies contagieuses en arme bactériologique. La peste, l’anthrax, la dysenterie, le typhus, la typhoïde, le choléra, la gangrène gazeuse, la grippe, la variole, le tétanos, la tuberculose, la fièvre hémorragique furent parmi les maladies étudiées ainsi que les vecteurs possibles de propagation, ainsi que de nouveaux produits chimiques toxiques et, les effets de différentes blessures, mutilations ou brûlures sur les hommes.

La peste est inoculée aux prisonniers

Ishii était notamment intéressé par la peste, qu’il inocula à plusieurs prisonniers servant de cobayes dès 1933. Ces derniers étaient au départ des prisonniers condamnés à mort et détenus à la prison de Harbin. Lorsque ceux-ci vinrent à manquer, Ishii se tourna vers les soldats chinois, des russes (car Harbin avait un nombre élevé de résidants russes), des intellectuels, des ouvriers ou tout autre personne opposée de près ou de loin à l’occupation japonaise. Lorsque le Japon déclara la guerre aux Etats-Unis, ce furent également des prisonniers américains, britanniques ou néo-zélandais qui furent employés. Quant à la population civile, elle ne fut pas épargnée puisque certaines « recherches » furent aussi bien menées sur des femmes enceintes que des enfants en bas âge, voir même des foetus. Les témoignages de certains vétérans de l’unité 731 font part également de « curiosité » au sens ou certaines expérimentations ont été menées sans réelle recherche, notamment les dissections de détenus encore en vie. Au total, ce ne sont pas moins de 3 000 personnes qui furent sacrifiées.

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