Interview du général Shékdi, cdt en chef de l’aviation israélienne

publié le lundi 29 mai 2006

Le général Eliézer Shékdi, commandant en chef de l’armée de l’air israélienne : « Il ne serait pas judicieux de la part du régime des Mollahs de nous mettre au pied du mur. »

Le général Eliézer Shékdi est de ces hommes dont les rares interventions publiques sont autant d’événements. De fait, lorsque le commandant en chef de l’armée de l’air israélienne aborde dans la presse des sujets relevant de la sécurité nationale, tous, en Israël comme dans les chancelleries, tendent l’oreille. C’est dans les colonnes d’un grand quotidien du soir que celui-ci a choisi de s’exprimer sur la menace nucléaire iranienne, le Hezzbolah ou encore le processus de mutation de la force de frappe stratégique de l’Etat juif.

Interview.

Le programme nucléaire iranien et les appels du pouvoir de Téhéran à la destruction d’Israël est la question du jour. Que pouvez-vous en dire ?

Je dirais que, si Israël est effectivement la cible désignée du régime des Mollahs, le cas iranien est avant tout le problème de la Communauté internationale et que celle-ci se doit d’y faire face. Je rappellerais à ce propos que la portée des missiles balistiques de type « Shihab », selon les modèles, varie entre 1’300 et 3’500 km et qu’ils « couvrent » la Chine, la Russie, l’Inde ainsi que le centre de l’Europe.

Les engins que vous évoquez peuvent-ils être dotés d’ogives nucléaires ?

Les iraniens poursuivent, officiellement et secrètement, un programme d’armes de destruction massive au prix d’investissements financiers considérables. Il paraît donc logique d’imaginer que celles-ci soient, au final, destinées à être montés sur des vecteurs capables d’atteindre les buts fixés. Pour autant, les missiles sol-sol ne sont pas les seuls à pouvoir transporter une charge nucléaire. Les iraniens possèdent en effet des avions de chasse ainsi que des missiles de croisière achetés en Ukraine et non-conçus pour être armés de charges explosives conventionnelles.

Hasard ou choix délibéré, selon vous ? Comment l’Etat d’Israël se prépare t-il face à une telle menace, militairement et psychologiquement ?

Israël étudie tous les aspects de la crise telle qu’elle pourrait se produire et prend les mesures adéquates.

J’entends par là qu’elle perfectionne son programme de missile anti-missile « Arrow », dont les derniers tests effectués récemment se sont révélés très satisfaisants, tout en mettant au point une stratégie multiformes. A présent, plutôt que de parler psychologie, je vous donnerais ma conception du monde qui veut qu’un pays menacé dans son existence même a le devoir de développer ses propres capacités de défense, et donc de ne compter que sur lui-même. Ceci dit, soyez assuré que si la menace iranienne devait devenir effective, nous saurions y faire face. Il ne serait pas judicieux de la part des Mollahs de nous mettre au pied du mur. A bon entendeur...

Toujours dans le cadre de vos préparatifs pour le cas où surviendrait une crise, le bruit court que vous disposez d’un modèle d’entraînement, situé dans le désert du Néguev, reproduisant à l’identique une base aérienne ennemie, une escadrille au grand complet, des rampes de missiles, ... ?

C’est juste. Nos pilotes s’y entraînent aux tactiques de combat de l’adversaire, en vol et au sol.

De quels « adversaires » s’agit-il ?

De tous ceux qui, près ou loin de nous, représentent une menace pour Israël. Inutile d’en dire plus, si ce n’est qu’un tel modèle nécessite de posséder des renseignements particulièrement fiables...et que nous les avons.

Le Hezzbolah, au sud-Liban, fort de ses missiles à longue portée de type « Fajar 3 » et « Fajar 5 » fournis par l’Iran, menacent le nord d’Israël. Comment imaginez-vous régler le problème ?

Ce problème trouvera sa solution le moment venu. Nos dernières actions dans ce secteur - elles faisaient suite à l’attaque en règle menée par l’organisation terroriste libanaise contre nos positions sur la frontière - ont clairement indiqué au camp d’en face le prix à payer s’il lui prenait l’envie de revenir à la charge. Démonstration a été faite que nos appareils pouvaient désormais agir de manière intensive et précise contre n’importe quel objectif et dans n’importe quelles conditions météorologiques.

De manière plus générale, il n’est un secret pour personne que vous menez l’armée de l’air de Tsahal vers une profonde mutation. Laquelle et comment ?

L’armée de l’air dont j’assume le commandement est, il est vrai, en plein bouleversement. Hier, élément important du dispositif militaire de Tsahal, presque au même titre que les blindés, elle est, aujourd’hui, sur le point de devenir l’élément central de la force de frappe stratégique d’Israël.

C’est là une véritable révolution, tant en terme de structures que de mentalités. Cette dernière se mène au jour le jour grâce, notamment, à d’étroites collaborations avec nos homologues de pays amis. Nos équipages participent ainsi de manière régulière à de multiples entraînements de vols de longues distances - en Turquie, en Italie, en Roumanie, au Canada, aux Etats-Unis et en de bien autres endroits encore -, ouvrant la voie à une coopération potentielle dans le cadre d’une coalition internationale agissant face à un ennemi commun.

On dit que l’espace tient une place de choix dans ce processus ?

Absolument. J’ai personnellement œuvré pour que la conquête spatiale de l’Etat d’Israël soit du ressort exclusif de l’armée de l’air. C’est désormais chose faite. L’idée est que l’espace puisse être mis à disposition sur demande, ce qui signifie de pouvoir décider la mise sur orbite un micro-satellite - au moyen d’un lanceur, un F-15 par exemple - pour les besoins d’une opération bien précise. Nous n’en sommes plus très loin.

Pour conclure sur cette note futuriste, comment imaginez-vous l’armée de l’air israélienne de demain ?

Comme le résultat d’une « simple » recette de cuisine, mais terriblement efficace : prenez les aéronefs de combats et de transport, les hélicoptères ainsi que les différentes plates-formes de renseignements en vol, rajoutez-y les drones, les satellites et faites en sorte qu’ils communiquent, non seulement entre eux mais également avec les diverses installations de contrôle et de récolte de données au sol, le tout sur un seul et même canal. Mélangez le tout et vous aurez une image précise de ce que sera, très bientôt, l’armée de l’air israélienne.

Propos recueillis par A. F Traduction et adaptation par R.H pour armees.com

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